Est-ce la dernière lubie d’un président qui se cherche encore ? Est-il le chef de l’exécutif de la première puissance mondiale ? Le gendarme du monde, comme les commentateurs se plaisent à désigner une Amérique belliqueuse ? Ou un petit plaisantin qui veut chausser le monde à son goût ? Déjà, le 18 février 2024, celui qui était encore ex-président des États-Unis, avait présenté sa ligne de chaussures, l’occasion du «Sneaker Con», à Philadelphie (Photo). Chez lui, la lubie des savates remonte loin…
Mohsen Redissi *

Après avoir été perturbateur de l’économie mondiale en taxant produits et pays, allumeur de feux au Moyen-Orient avec des conséquences très graves sur la sécurité de la planète, le voilà devenu un savetier d’un genre nouveau : sa toute dernière vocation.
D’après le Wall Street Journal, le président Trump aurait une préférence particulière pour une marque de chaussures à 145 dollars la paire, un prix dérisoire pour un président. Son tout dernier caprice serait de lancer une campagne de relooking interne, loin de la Fashion Week de Paris. Trump a considéré, d’un air hautain, que ses proches collaborateurs sont des ringards. Ils seraient tous appelés à porter les chaussures de sa marque préférée, et de la même couleur que lui. Un signe distinctif qu’il érigerait en stade suprême de l’élégance dans les hautes sphères du pouvoir. Imposer pour mieux régner : une forme de pouvoir acceptée ou tolérée dans d’autres contrées lointaines.
Grincement de semelles
Dans cette affaire, joue-t-il le rôle d’un influenceur ayant acquis secrètement, grâce à sa dernière paye, des actions dans une boîte de chaussures ? Ne dit-on pas : charité bien ordonnée commence par soi-même ? Ou s’agit-il d’un souci sincère pour l’apparat de ses proches lieutenants ?
Il y aurait eu un grincement de semelles en Europe pour pareille opération de marketing forcé. Aucun des heureux élus ne s’était plaint : ils ont sûrement ri entre eux, balancé quelques vannes et se sont taquinés les uns les autres. Une collaboratrice de la Maison-Blanche aurait expliqué au WSJ que personne n’a osé décliner l’offre du président, de peur des coups de pompes.
Des secrétaires, en cuir tendre très malléable ou en pâte à modeler, qu’un président serait capable de tanner, découper et polir à sa façon, selon son humeur, voire de tourner en ridicule. Trump s’est exalté en les voyant porter ses cadeaux.
Hélas, un look qui ne serait pas assorti à la rigueur de l’institution, la Maison-Blanche. Un arasement par le bas. Un revers pour la classe politique.
Le mieux serait de leur offrir des babouches pour ne pas se sentir mal à l’aise. Elles seraient plus pratiques pour marcher dans les dédales des ruelles étroites du grand bazar de Téhéran. Ils devraient s’y entraîner. L’armée américaine n’a-t-elle pas régulièrement évoqué dans ses scénarios une confrontation directe d’homme à homme avec l’Iran et son programme nucléaire, notamment autour de la question de l’uranium enrichi ?
Une telle opération de relooking marquerait sans aucun doute le retour du choix unique, celui du dirigeant. Toute différence serait rejetée ou condamnée. Pour un œil averti, cela évoquerait les pratiques de régimes autoritaires, celles de la Russie soviétique ou de la Chine maoïste. Une chemise à col arrondi sans revers porte encore le nom de «col Mao», en référence à la tenue qu’a constamment portée le Grand Timonier et les membres du Comité central. Une mode largement diffusée, adoptée par des générations de jeunes comme un signe d’appartenance, ou d’allégeance, à certains idéaux politiques.
Des écoles publiques et privées, partout dans le monde, ont érigé le port d’une tenue unique comme règle fondamentale pour tous les élèves, filles et garçons, au nom d’une meilleure intégration et d’une forme de pseudo égalité sociale. Les élèves sont censés être égaux et obéir aux mêmes règles dans l’enceinte de l’école.
Chez les adultes, la tenue vestimentaire est le reflet discret de la personne et du personnage, de son appartenance et, en même temps, de son moyen d’expression. Le mental et l’état d’âme se reflètent dans la tenue et dans la façon de s’habiller.

Soucis de tailles
Le WSJ affirme que le président Trump offrait des godasses à ses lieutenants depuis plusieurs mois. C’est fort possible. Mais pourquoi maintenant, et pourquoi, cette fois-ci, la machine se serait-elle enrayée ? Ni la présidence ni le fabricant fournisseur n’aurait reconduit la commande après les premières prises d’empreintes.
Seul Marco Rubio, secrétaire d’État, n’aurait pas trouvé sa paire. Il aurait reçu des chaussures trop larges : sa pointure serait nettement plus petite que la taille livrée. Trump compte-t-il lui jouer un mauvais tour ? Rubio aurait préféré s’exhiber en chaussures XXL et devenir la risée. C’est le pied !
Rubio serait pratiquement le grand gagnant de l’affaire : il est verni, ayant bénéficié accidentellement de chaussures d’un Schtroumpf. Il n’aurait besoin ni de languettes, ni de lacets, ni de chausse-pied pour se chausser ou se déchausser. C’est extra. Néanmoins, des chaussures inadaptées restent un handicap pour marcher.
Rubio serait mal à l’aise dans ses baskets. Grand par sa stature, mais Petit Poucet dans ses souliers. Donald Trump, son savetier en chef, considérerait-il que son secrétaire d’État n’est plus à la hauteur de la tâche ? Son département serait-il plus grand que sa stature, comme sa pointure ? Il serait peut-être temps pour lui de se retirer, s’il veut sauver la face avant d’être accusé d’avoir entraîné les États-Unis dans une guerre d’usure. Il serait plus judicieux d’aller chercher ailleurs un autre cordonnier et un autre modèle de pantoufle. Aurait-il besoin des bottes de sept lieues pour se retrouver, en quelques enjambées, hors de portée ?
* Fonctionnaire à la retraite.



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