Tunisie : Cessons les polémiques stériles !

Mise au point concernant la remise en circulation de la vidéo de la journaliste Jeannette Ben Abdallah qui dénonce un pseudo complot pour la mise sous tutelle financière de la Tunisie. Toute la rhétorique avancée dans la vidéo par Mme Ben Abdallah est fausse et ne cherche qu’à faire le buzz.

Par Sémia Zouari *

Désolée pour mon ancienne camarade de promotion à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Tunis qui se proclame aujourd’hui experte économique alors qu’elle n’a jamais eu à gérer les affaires de l’Etat au sein d’une quelconque structure économique ou administrative.

Je précise que la Tunisie a déjà procédé à des opérations de recyclage en investissements de sa dette publique auprès de pays partenaires tels que la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suède, et ce depuis les années 90 à 2000 suite au Plan d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale et afin d’alléger les pressions sur sa balance des paiements, lors du remboursement du service de la dette.

Il s’agit d’une opération de remboursement de la dette publique tunisienne, en dinars tunisiens, au lieu d’un remboursement en devises. Ce montant remboursé est déposé auprès du Trésor Public, au ministère des Finances, qui convient avec le pays partenaire du co-ordonnancement des fonds, dans des projets de développement sélectionnés de commun accord, et conformes aux choix stratégiques de la Tunisie, dans les secteurs éligibles à l’aide au développement tels que définis dans le Traité d’Amsterdam de l’Union européenne (UE) : la réduction des inégalités sociales, l’éducation de base et la formation professionnelle, la protection de l’environnement, l’agriculture vivrière et la mobilisation des ressources en eau, la promotion de la femme et de l’égalité des chances, la protection maternelle et infantile, la santé de base.

La théorie du complot

Pour assurer la gestion de cette opération, il est nécessaire de réactiver la Commission nationale de gestion de la dette publique, une structure qui existe depuis 1992, qui siégeait au sein de l’ex-ministère du Développement et de la Coopération internationale (MDCI), aujourd’hui ministère de l’Economie et de la Planification. La cogestion des fonds provenant du recyclage de la dette publique se fait via des comités mixtes d’experts dits Comités mixtes de suivi, chargés du choix des projets, des imputations des financements, des déboursements en co-ordonnancement avec double signature et du suivi de la bonne exécution du projet.

La Commission nationale de gestion de la dette publique regroupe le ministère des Affaires étrangères, le MDCI, la Banque centrale de Tunisie (BCT), le ministère des Finances avec ses différentes structures.

Enfin, je voudrais appeler Mme Ben Abdallah à raison garder dans ses envolées lyriques qui sont très largement partagées par un public toujours tenté par la théorie du complot.

Être journaliste c’est une mission respectable quand on garde à l’esprit que l’administration tunisienne est dirigée par de grands commis de l’Etat qui cherchent avant tout à trouver des solutions patriotes pour la Tunisie et non à vendre le pays comme s’ils étaient des traîtres à la nation.

Des solutions intelligentes ont été pensées et mises en œuvre par des responsables patriotes. Lorsqu’il y a eu de mauvaises décisions, elles ont émané de dirigeants politiques au plus haut niveau et contre les recommandations de l’administration qui s’est trouvée court-circuitée.

Cessons les polémiques stériles ! La dette publique tunisienne auprès d’États comme la France, l’Allemagne et l’Italie (nos trois principaux partenaires) aujourd’hui disposés à recycler notre dette publique en investissements, ne représente pas un montant très élevé comparativement aux montants dus à des institutions financières non étatiques notamment des banques privées auprès desquelles nous avons dû clore les schémas de financement relatifs à diverses opérations.

Les réformes s’imposent

Aujourd’hui, le risque de cessation de paiement de la Tunisie est réel et ce n’est pas un scoop de le signaler car sans la garantie des États-Unis, la Tunisie n’aurait pas pu contracter d’autres crédits depuis plusieurs années.

Les réformes vont s’imposer à nous d’elles-mêmes même si Kaïs Saïed refuse de procéder à la réévaluation des prix des matières de bases et de réformer le système de la caisse de compensation dont les processus vertueux ont été massivement détournés par les trafics mafieux jusqu’à en faire perdre tous les bénéfices aux populations cibles et jusqu’à ruiner les finances de l’Etat.

De l’abondance des produits subventionnés nous sommes passés à la gestion de la pénurie et aux sabotages systématiques de la nébuleuse islamo-mafieuse contre Kaïs Saïed.

C’est une réalité, niée chaque jour par les adversaires de Kaïs Saïed mais qui se juxtapose aux tensions sur le marché mondial des céréales résultant de la guerre en Ukraine, de la sécheresse en rapport avec les changements climatiques et de la politique agricole calamiteuse de la Tunisie telle que décidée par Bourguiba qui a ruiné le Nord-Ouest céréalier via la braderie des prix des céréales. Mais l’enfer d’aujourd’hui est pavé des bonnes intentions du passé…

Cette politique céréalière doit faire l’objet d’une refonte totale en s’inspirant des expériences de pays comme l’Espagne qui procède à l’irrigation ponctuelle de ses cultures céréalières. Un pays désertique comme l’Arabie Saoudite est aujourd’hui exportateur net de blé grâce aux subventions accordées aux agriculteurs de ce secteur et à l’introduction de technologies novatrices bien intégrées.

Des choix stratégiques courageux doivent être engagés avec de véritables réformes économiques structurelles pour arriver à une économie plus autonome en termes de balance alimentaire et moins extravertie comme c’est le cas de l’huile d’olive aujourd’hui produite pour l’exportation.

De même les finances publiques ne peuvent continuer d’être massivement sollicitées pour financer une caisse de compensation détournée par les opérations spéculatives et la contrebande de masse ou pour le paiement d’une masse salariale obérée par les emplois fictifs de la «bastana» (pseudo sociétés de jardinage, Ndlr)) et autres arnaques islamistes et syndicalistes, les recrutements de complaisance et les faux diplômes… la réalité de la nécessaire vérité des prix a rattrapé toute la matrice socio-économique tunisienne qui a perdu sa viabilité et qui s’est effondrée d’elle-même nonobstant les déclarations politiques lénifiantes qui ne pourront pas être honorées.

A bon entendeur!

* Diplomate.

Vidéo.

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