Que nous apprend l’agression américaine contre le Venezuela ?

Ce qu’ont fait les Etats-Unis au Venezuela, hier, samedi 3 janvier 2026, en enlevant et en exfiltrant le président Nicolas Maduro, ils n’oseront jamais le faire à la Corée du Nord qui possède une arme nucléaire qui pourrait raser Los Angeles et Chicago. Cela s’appelle la dissuasion. Il y a aujourd’hui neuf pays possédant l’arme nucléaire, et il est à craindre que dans vingt ans, il y en aura 30, dont le Venezuela.

Lahouari Addi *

L’homme entretient un rapport avec la réalité qu’il veut modifier pour qu’elle soit conforme à ses intérêts. Cela est vrai pour les individus, mais aussi pour les Etats. Même si nous avons un pouvoir, direct ou indirect, sur la réalité comme l’atteste l’histoire, elle échappe le plus souvent à notre volonté pour prendre une direction souvent imprévue.

La sociologie nous apprend que nous ne sommes pas des acteurs omniscients et omnipuissants. Nous sommes des agents de structures dont les configurations se dessinent à travers les actions antagoniques de tous les agents. Ceci est vrai au niveau microsociologique, mais aussi au niveau macrosociologique de la scène mondiale où les Etats croient être des acteurs alors qu’ils ne sont que des agents. A terme, la structure limitera la puissance des plus puissants.

Volonté de puissance et besoin de sécurité

La théorie réaliste des relations Internationales, qui remonte à Hans Morgenthau, et aujourd’hui représentée par John Mearsheimer, enseigne que les rapports entre Etats sont alimentés par une dynamique contradictoire opposant la volonté de puissance des uns et le désir de sécurité des autres.

Les théoriciens du courant réaliste expliquent que la scène mondiale est anarchique et est régulée par le rapport de force. Ceci est encore attesté par le rocambolesque kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro par les Etats-Unis.

Cet événement, rare dans l’histoire des relations internationales, est l’expression de tendances hégémoniques d’un voisin puissant qui veut soumettre un pays qui possède l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde. Pour les théoriciens du courant réaliste, cette politique agressive relève de la stratégie à court terme, car elle aura des conséquences.

Reposant sur un pessimisme anthropologique foncier, qui remonte à Thomas Hobbes, la théorie réaliste suggère de tenir compte des besoins respectifs de sécurité de tous les Etats pour éviter les conflits militaires. Contrairement aux apparences, elle est contre la guerre qui ne se justifie que par la légitime défense. Morgenthau n’a-t-il pas été un fervent opposant à la guerre du Vietnam que son étudiant, un certain Henry Kissinger, devenu Secrétaire d’Etat de l’administration Nixon, justifiait ?

Le réalisme encourage la mise en place d’un droit international dont la vocation est de prévenir les guerres en tenant compte des intérêts nationaux de chacun.

La militarisation de la scène mondiale

Le droit international, qui a interdit la guerre entre Etats depuis la création de l’Onu, est l’expression même du refus de la militarisation de la scène mondiale. Mais les Etats militairement forts, notamment les Etats-Unis, considèrent le droit international comme une entrave à leur puissance, et ils le violent régulièrement : outre les guerres coloniales menées par la France et la Grande Bretagne, il y a eu la Corée, le Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak, sans oublier les multiples interventions des Etats-Unis en Amérique latine dont le destin a été décidé par la doctrine Monroe.

Les dirigeants américains croient pouvoir faire correspondre la réalité à leurs intérêts, mais celle-ci évoluera vers une situation imprévisible. L’histoire étant un enchaînement de causes, certains pays militairement faibles, qui se sentent menacés, vont arriver à la conclusion que s’ils possédaient l’arme nucléaire, ils ne seront pas attaqués par un Etat militairement plus fort. Ce qu’ont fait, en effet, les Etats-Unis au Vénézuéla, ils n’oseront jamais le faire à la Corée du Nord qui possède une arme qui pourrait raser Los Angeles et Chicago. Cela s’appelle la dissuasion.

La sécurité est un besoin aussi fort que l’alimentation. Pour exister, tout en ayant le sentiment d’être en sécurité, les Etats chercheront un moyen pour se protéger, et ce moyen sera l’arme nucléaire.

Hegel disait que la réalité est rationnelle, et c’est en effet vers la rationalité de la dissuasion que la réalité de la scène mondiale se dirige, c’est-à-dire celle de la prolifération nucléaire.

Il y a aujourd’hui neuf pays possédant l’arme nucléaire, et il est à craindre que dans vingt ans, il y en aura 30, dont le Vénézuéla.

* Chercheur à l’Institut d’études politiques de Lyon.

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