Les protestations, qui ont éclaté le 28 décembre 2025, s’intensifient à travers l’Iran. Le régime des mollahs réprime les manifestants dans le sang, procède à des arrestations massives et coupe l’accès à Internet. La pression internationale sur Téhéran s’accroît également. La république islamique tiendra-t-elle encore longtemps ou réussira-t-elle à «enterrer», au propre et au figuré, cet énième mouvement de protestation ? (Ph. Les Pasdarans ou Gardiens de la révolution, bouclier du régime, viendront-ils à bout des manifestations qui prennent de l’ampleur dans tout l’Iran ?)
Nouredine Ben Mansour *

Ce qui a commencé comme une protestation économique du bazar, habituellement conservateur et favorable au régime, s’est transformé en mouvement de protestation politique générale. Initialement limitées à des commerçants mécontents de Téhéran, les manifestations ont gagné l’ensemble du pays et continué à prendre de l’ampleur, malgré la répression violente et le black-out imposé par les autorités.
L’État iranien réagit avec une grande violence : les organisations de défense des droits humains font état de centaines de morts, dont les corps jonchent les rues des grandes villes et remplissent les morgues des centres médico-légaux. L’expert iranien Ali Fathollah-Nejad craint que le bilan ne se chiffre en milliers.
Un black-out total
Selon Iran Human Rights, basée en Norvège, au moins neuf mineurs figurent parmi les personnes tuées. L’organisation fait également état de milliers de blessés. D’autres estimations, que l’ONG n’a pas pu vérifier auprès des hôpitaux locaux, évoquent un bilan nettement plus élevé, allant jusqu’à plus de 6 000 blessés. Idem pour le chiffre des personnes arrêtées, qui dépasserait 2 000 personnes. Certains d’entre eux ont même déjà été jugés de manière expéditive et condamnés à mort. La coupure d’Internet ne permet plus la communication intérieure et avec l’étranger, ce qui rend difficile la vérification des faits rapportés.
Là où en sont aujourd’hui les choses, bien malin celui qui se risquerait à faire des prévisions. Et rien ne permet d’affirmer que les jours de la République islamique d’Iran sont comptés, comme le font un peu hâtivement certains analystes occidentaux.
A l’extérieur, l’opposition s’agite, mais ne pèse pas encore sur la décision et ne semble pas disposer de véritables relais dans le pays. Même le prince Reza Pahlavi, le fils aîné de Mohammad Reza Pahlavi, dernier chah d’Iran, a du mal à apparaître comme une alternative crédible, y compris aux yeux de ses protecteurs américains.
Un régime aux aguets
Les Etats-Unis et Israël discutent encore de possibles frappes militaires contre des cibles du régime des mollahs à l’intérieur de l’Iran. Les gouvernements allemand, français et britannique se sont contentés d’appeler les dirigeants iraniens à renoncer à la violence. Ils attendent sans doute d’y voir plus clair dans les capacités du régime à venir à bout de la grogne populaire.
Certes, il s’agit des plus importantes manifestations qu’ait connues l’Iran depuis le mouvement ‘Femmes, Vie, Liberté’ de 2022-2023. Mais même si le régime est économiquement à genou et que le gouvernement semble impuissant face aux difficultés grandissantes de la population, rien ne permet encore d’affirmer que l’actuelle vague de protestation pourrait sonner le glas d’un régime très décrié à l’intérieur et à l’extérieur, mais qui ne recule devant rien pour survivre. Des jours sombres, très sombres, attendent les Iraniens…
* Conseiller en logistique et commerce international.



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