Au Salon de la création artisanale du Kram  

Du 27 mars au 5 avril 2026, la 42ᵉ édition du Salon de la création artisanale s’installe au Parc des expositions du Kram à Tunis, fidèle à elle-même. Ouverte de 10h à 19h, elle attire, comme chaque année, une foule dense, parfois lente, parfois pressée, mais toujours présente. On y vient souvent sans trop réfléchir, par habitude, par curiosité, par envie de «faire un tour». Et puis, une fois à l’intérieur, quelque chose opère.

Manel Albouchi

Rien de spectaculaire au premier regard : des stands alignés, des objets exposés, des voix qui se croisent. Et pourtant, une impression de cohérence. On retrouve : des tapis aux motifs connus, presque hérités, de la poterie, du cuivre, du bois travaillé, des vêtements traditionnels revisités, des bijoux qui oscillent entre passé et modernité, des objets de décoration, parfois simples, parfois audacieux et des produits cosmétiques artisanaux : savons, huiles, soins naturels.

Tout cela semble déjà vu. Et c’est précisément ce qui rassure. La foire ne surprend pas ; elle confirme.

Contrairement aux espaces commerciaux modernes, ici, rien ne presse vraiment. On s’arrête. On regarde sans obligation d’acheter. On parle, parfois longtemps, avec des inconnus. Les artisans expliquent, répètent, sourient. Le client écoute, hésite, revient. Dans l’air, circule une lenteur inhabituelle, presque anachronique. Et dans cette lenteur, quelque chose se recompose : une forme de relation simple, sans interface, sans filtre.

Le monde d’avant, dans le monde d’après

On pourrait croire que ce type d’événement appartient au passé. Que le digital a déjà gagné. Et pourtant, la foule est là. Peut-être parce que le numérique, malgré son efficacité, a introduit une fatigue : trop de choix, trop d’images, trop de distance.

Ici, au contraire, le réel impose une limite. On ne peut voir qu’un nombre restreint d’objets. On ne peut parler qu’à une personne à la fois. Cela simplifie. Cela apaise.

Il y a aussi ce phénomène discret : la présence des autres. On observe ce que regardent les gens. On ralentit là où il y a du monde. On accorde plus de valeur à ce qui attire déjà. Personne ne le formule, mais tout le monde y participe. La foule devient un indicateur silencieux. Une sorte de guide implicite.

Et puis, progressivement, autre chose apparaît. C’est souvent à ce moment-là que le visiteur commence à changer de regard. Un objet retient plus longtemps que les autres. Sans raison évidente. Un tissu, une couleur, une forme. Quelque chose insiste. On le prend. On le repose. On y revient. Et là, sans le dire clairement, quelque chose se joue ailleurs que dans l’objet.

Ce que l’on choisit… nous choisit aussi Il serait réducteur de dire que l’on achète un tapis, un bijou ou un savon. Ce que l’on observe, plus discrètement, c’est un phénomène de reconnaissance. Un objet attire parce qu’il correspond à quelque chose de déjà présent : un souvenir diffus, une image de soi, une émotion ancienne, une appartenance silencieuse. L’objet agit comme un révélateur.

L’artisan, témoin plus que vendeur

Face à cela, l’artisan occupe une place particulière. Il parle du produit, bien sûr. Mais il assiste aussi, sans forcément le savoir, à ce moment de bascule. Il voit le regard changer. Il perçoit l’hésitation devenir décision. Son rôle dépasse la vente. Il devient le témoin d’un choix qui le dépasse.

La Foire du Kram ne s’oppose pas au monde moderne. Elle le complète. Elle rappelle simplement que certaines choses ne disparaissent pas : le besoin de voir, le besoin de toucher, le besoin de parler, le besoin de se reconnaître dans ce que l’on choisit. Dans un environnement saturé de virtualité, cette expérience prend une valeur particulière.

Rien n’est immédiatement visible. Tout se dévoile progressivement. D’abord les objets. Puis les échanges. Puis les impressions. Et enfin, quelque chose de plus intime. Ce que l’on vient chercher ici n’est pas toujours clair au départ. Mais cela finit, presque toujours, par apparaître. Doucement. En spirale…

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