Dans la zone industrielle d’El Mghira 3, en périphérie sud de Tunis, les huiles de cuisson usagées, habituellement jetées dans les égouts ou dispersées dans l’environnement, connaissent une seconde vie. Collectées principalement auprès des restaurants et des hôtels, ces huiles sont transformées en biodiesel et en glycérine pure.
Cette expérience est rendue possible grâce à la collaboration entre les services publics de gestion des déchets et le promoteur du projet Biodex. Elle illustre l’engagement de la Tunisie en faveur d’une économie circulaire.
Des journalistes formés aux questions environnementales dans le cadre des initiatives européennes Pampt2 et allemandes Pagecte ont visité l’usine Biodex et ont pu constater l’essor de ce secteur, crucial face aux pressions croissantes sur les ressources énergétiques et environnementales.
La Tunisie produit environ 88 000 tonnes d’huiles de cuisson usagées par an, dont près de 60 % proviennent des ménages, selon l’Agence nationale de gestion des déchets (Anged), partenaire de Biodex, citée par l’agence de presse Tap. L’agence souligne toutefois que moins de 20 % de ces huiles sont collectées, un taux bien inférieur à la moyenne européenne (plus de 50 %).
Fondée en 2009 avec le soutien d’Anged, l’usine Biodex d’El Mghira est pionnière en Afrique. Sur son site industriel sécurisé et bien équipé, les huiles usagées sont transformées par un procédé délicat en biodiesel, un carburant renouvelable, et en glycérine, utilisée dans les industries chimique et cosmétique, ainsi que dans l’alimentation animale.
Le biodiesel produit est exporté vers l’Europe
«Notre rôle est avant tout environnemental. Ces huiles étaient autrefois rejetées dans les égouts ; aujourd’hui, elles constituent une ressource», explique Mounir Bezzarga, directeur de Biodex.
L’entreprise produit jusqu’à 24 millions de litres de biodiesel par an, principalement destinés à l’exportation vers l’Europe, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre de 60 à 90 % par rapport au diesel traditionnel.
Cependant, le secteur est confronté à d’importants défis, notamment en ce qui concerne la collecte des huiles domestiques, notamment l’absence de législation locale spécifique relative à la distribution et à la consommation du biogaz, souligne Bezzarga. Actuellement, environ 40 000 tonnes sont collectées auprès des entreprises (restaurants et hôtels), dont une partie est exportée vers l’Europe après une première filtration.
6 000 tonnes transformées chaque année
Chez Biodex, 6 000 tonnes d’huiles usagées sont transformées chaque année en biocarburant et 2 000 tonnes en glycérine.
Afin d’améliorer les performances, les autorités environnementales et Anged misent sur la sensibilisation et l’innovation. Des campagnes nationales, telles que Valozit, ciblent les écoles, les municipalités et les médias, tandis que des supports d’information expliquent la transformation des huiles usagées en biocarburant, en glycérine et en autres produits. Une application mobile, «UCO.tn» (Huile de Cuisson Usagée), encourage les citoyens à échanger leurs huiles usagées contre des produits du quotidien comme des détergents.
Au-delà de son impact environnemental, le secteur offre des opportunités économiques. Biodex génère actuellement environ 260 emplois directs et indirects, employant des ingénieurs, des chimistes, des techniciens et des partenaires de projet pour valoriser cette ressource abondante grâce à l’innovation technologique et à la protection de l’environnement.
Le développement de ce secteur d’économie circulaire pourrait créer des emplois supplémentaires dans la collecte et le traitement, tout en réduisant la dépendance énergétique nationale grâce au biodiesel comme carburant alternatif.
Avec environ 220 000 tonnes d’huiles de cuisson arrivant chaque année sur le marché tunisien, le potentiel reste considérable. «Si nous pouvions recycler ne serait-ce que 40 % de cette ressource, ce serait un véritable succès», affirme Bezzarga.
Alors que la Tunisie cherche à concilier croissance et transition écologique, le recyclage des huiles de cuisson usagées apparaît comme une option prometteuse, à condition de surmonter les difficultés liées à la collecte à grande échelle.



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