Les dessous de la crise du lait en Tunisie

La Tunisie fait face actuellement à une crise du lait, marquée par la stagnation des prix de production, le coût élevé de l’alimentation animale et la diminution du cheptel. Ce qui n’est pas sans conséquences économiques et sociales pour le pays, qui fait face à de graves problèmes de financement de ses importations.

Parmi les conséquences de cette situation : la pénurie de beurre qui refait surface. Dans de nombreuses régions du pays, supermarchés et commerces de détail affichent des rayons vides, tandis que le gouvernement tente d’endiguer la crise en distribuant des quantités exceptionnelles, qui restent insuffisantes.

La situation reste marquée par des tensions sur l’approvisionnement, que les acteurs du secteur associent directement à la crise plus générale de la filière laitière.

Pour une révision du prix à la production

Selon Ali Klabi, vice-président de la Chambre nationale du lait et des produits laitiers, relevant de l’Utica, la centrale patronale, la disparition du beurre des magasins est liée au déclin structurel de la production laitière et, surtout, à la baisse de la teneur en matières grasses du lait.

À l’origine du problème, explique M. Klabi, se trouve le déséquilibre entre les coûts de production et les prix du lait à la production, qui sont restés inchangés depuis novembre 2022.

La pression sur les marges a contraint de nombreux éleveurs à réduire leurs dépenses en alimentation animale, ce qui impacte directement la qualité du lait et, par conséquent, la disponibilité de la crème nécessaire à la production de beurre. M. Klabi réclame une révision du prix à la production, avec une augmentation progressive de 300 millimes.

Cette crise s’inscrit dans un contexte de détérioration plus générale du secteur.

Le ministre de l’Agriculture, Ezzedine Ben Cheikh, a indiqué fin novembre 2025 que la Tunisie avait perdu environ 20 % de son cheptel bovin, attribuant ce déclin à des sécheresses successives, à des pénuries d’eau et à la hausse des prix mondiaux des aliments pour animaux.

Sur le plan structurel, l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP) indique que le secteur de l’élevage bovin emploie environ 112 000 éleveurs, confirmant ainsi son importance socio-économique.

La souveraineté alimentaire remise en question

Des signes de contraction sont apparus également au niveau régional. Dans la région de Mahdia, l’un des principaux centres de production laitière, les ventes de beurre ont chuté de 3 à 4 tonnes par jour en 2020 et 2021 à environ 2 tonnes par jour cette année.

Parallèlement, la production laitière dans les régions du Sahel et du Centre-Est a diminué de 35 % ces quatre ou cinq dernières années, selon le Centre laitier de Mahdia.

À court terme, le ministère du Commerce a annoncé la mise sur le marché de quantités supplémentaires de beurre et de farine afin d’apaiser les tensions sur le marché apparues lors des fêtes de l’Aïd El-Fitr.

Toutefois, sans ajustements plus profonds des prix à la production et du coût de l’élevage, cette pénurie risque de rester le symptôme d’une crise plus générale de la souveraineté alimentaire, avec des répercussions possibles sur d’autres produits laitiers.

I. B.

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