Les Émirats investissent 1400 milliards de dollars aux États-Unis !

Les Émirats arabes unis réaffirment leur engagement à investir 1 400 milliards de dollars aux États-Unis et critiquent l’Union européenne (UE) concernant les négociations commerciales qui se sont étalées sur sept cycles mais n’ont toujours pas abouti à un accord de libre-échange. Les investissements massifs aux États-Unis vont permettre d’assouplir les restrictions sur l’exportation de technologies de pointe vers les Émirats notamment les puces d’intelligence artificielle.

Imed Bahri

Selon Bloomberg, les Émirats ont confirmé progresser plus rapidement que prévu dans la réalisation de leur engagement d’investir 1 400 milliards de dollars aux États-Unis au cours des dix prochaines années. 

«Les choses avancent très bien», a déclaré le ministre du Commerce extérieur Thani bin Ahmed Al Zeyoudi lors d’une interview cette semaine, ajoutant, en référence à l’engagement annoncé lors de la visite du président américain Donald Trump aux Émirats en mai dernier : «Le plan était prévu sur dix ans, mais je pense que nous le réaliserons beaucoup plus rapidement».

Un message de confiance malgré la guerre

Les propos d’Al Zeyoudi témoignent de l’engagement continu des Émirats à investir massivement dans l’économie américaine par le biais de leurs fonds souverains et ce, malgré la guerre qui a éclaté suite aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran en février dernier et les troubles régionaux qui s’en sont suivis.

Il a souligné que les Émirats avaient été la cible de milliers de missiles et de drones iraniens au plus fort du conflit et que ces dernières semaines ont été marquées par une recrudescence des activités militaires, renforçant encore les inquiétudes des États du Golfe.

Puces d’intelligence artificielle

Al Zeyoudi a expliqué que la réalisation de cet objectif d’investissement sera facilitée par la décision de l’administration Trump d’assouplir les restrictions sur l’exportation de technologies de pointe vers les Émirats.

Cette décision, annoncée ce mois-ci, autorise Abou Dhabi à acquérir les puces d’intelligence artificielle les plus récentes produites par des entreprises américaines telles que Nvidia et AMD. «Ceci illustre la réalité du partenariat qui nous unit à l’administration actuelle, un partenariat fondé sur la transparence, la confiance et un engagement ferme quant à la sensibilité des chaînes d’approvisionnement», a-t-il déclaré, en balayant les critiques de certains responsables américains qui craignent que l’exportation de puces de pointe vers les Émirats ne permette à la Chine de s’emparer de cette technologie.

«Nous comprenons ces inquiétudes mais nous nous engageons à respecter toutes les exigences», a précisé Al Zeyoudi, en confirmant que les Émirats commenceront bientôt à importer ces puces pour leurs projets, notamment le projet Stargate, un immense complexe de centres de données à Abou Dhabi qui devrait accueillir des entreprises comme OpenAI. 

Critiques de l’Union européenne

En revanche, Al Zeyoudi a critiqué la performance de l’UE dans les négociations de l’Accord de partenariat économique global. Il a déclaré que les deux parties avaient tenu environ sept cycles de négociations sans parvenir à un accord alors que les Émirats avaient signé près de 40 accords de ce type avec divers pays du monde ces dernières années. «Les négociations avec l’Union européenne n’avancent pas au même rythme», a-t-il indiqué, attribuant cela à l’insistance de Bruxelles à inclure des questions non commerciales dans les négociations. «Cette approche ne fonctionnera pas avec nous», a-t-il lancé, en soulignant que l’UE conditionne souvent les accords commerciaux à des questions environnementales, de gouvernance et de normes du travail, ce qui a suscité des critiques de la part de plusieurs pays dont les États-Unis. «Nous considérons toujours l’Union européenne comme un partenaire mais les capitaux n’attendront pas», a prévenu Al Zeyoudi.

Nouveaux accords

Le ministre émirati a anticipé l’annonce prochaine de plusieurs nouveaux accords de partenariat économique dont un avec le Canada cette semaine. Il a décrit cet accord comme étant potentiellement l’un des plus rapides jamais conclus par les Émirats, les négociations ayant duré moins de 90 jours.

Les Émirats ont annoncé l’année dernière leur intention d’investir 50 milliards de dollars au Canada. Il a également révélé que les négociations avec le Rwanda sont en voie d’achèvement et que ceux avec l’Égypte, le Ghana, le Mozambique et la Zambie progressent bien.

Il a exprimé l’espoir de finaliser des accords avec le Brésil après les élections qui s’y tiendront cette année ainsi qu’avec le Pérou, le Sri Lanka et le Bangladesh.

Commerce malgré la guerre

Al Zeyoudi a déclaré que les accords de partenariat économique ont contribué à une forte croissance du commerce des Émirats au cours du premier semestre, notamment grâce aux échanges avec la Chine et l’Inde, soulignant que cette croissance a été réalisée malgré la guerre et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, principale voie de navigation pour les exportations de pétrole des Émirats. Le conflit avait entraîné une baisse des exportations de pétrole, de gaz naturel liquéfié et d’aluminium et compliqué les opérations d’importation via des ports comme Jebel Ali.

«Dès le début des attaques cette année, les Émirats arabes unis se sont concentrés sur les chaînes d’approvisionnement et la garantie de la continuité des flux de marchandises. La croissance de nos échanges commerciaux témoigne de la grande résilience des Émirats arabes unis», a déclaré le ministre émirati.

Stratégie «Zéro Ormuz»

Al Zeyoudi a révélé que les Émirats avaient intensifié leur recours au fret aérien et accru leurs investissements dans leurs ports de la côte hors du détroit d’Ormuz et ce, dans le cadre de la stratégie «Zéro Ormuz» visant à réduire la dépendance au détroit.

Ce plan se poursuivra même si le détroit d’Ormuz est rouvert à la libre navigation, une option préconisée par Abou Dhabi et rejetée jusqu’à présent par Téhéran.

Dans ce contexte, DP World a annoncé mardi la construction de deux nouveaux terminaux en eaux profondes à Fujairah et Dibba.

Les Émirats construisent également un deuxième oléoduc vers Fujairah. Selon Al Zeyoudi, sa mise en service est prévue début 2027, permettant ainsi au pays d’acheminer près de 4 millions de barils par jour, soit la majeure partie de sa production pétrolière, directement vers le port de Fujairah, sans passer par le détroit d’Ormuz.

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