Du rectangle au carré. Du vert du terrain à la brillance des médailles du dernier carré. Les demi-finales correspondent toujours à la distribution des récompenses suprêmes. Avec un podium particulier puisque, contrairement à d’autres disciplines, terminer quatrième d’une compétition en football s’assimile à remporter un succès d’estime auprès de la critique. Puis une finale rythmée ou non, prévisible ou imprévisible, est le summum de l’événementiel. Le deuxième week-end du mois de janvier a rassemblé les supposées quatre meilleures équipes de la CAN Maroc. Pourtant l’animation n’a pas aidé à fournir du très beau spectacle. Peut-on vraiment parler d’élite africaine ? Quel bilan général peut-on tirer de cette Coupe d’Afrique des Nations ?
Jean-Guillaume Lozato *

Éliminés respectivement par le Sénégal et le Maroc, l’Égypte et le Nigeria se sont retrouvés pour le match de classement du samedi. Pour un piètre 0-0. Non que la partie fût totalement endormante. Loin de là : en première mi-temps, les Égyptiens ont assuré un semblant de domination.
Deux derniers matches déconcertants
Cependant, et au fur et à mesure de la décompression en seconde période, un faux rythme s’est emparé des vingt-deux acteurs disposés sur la pelouse.
Dans les grandes lignes, les approximations se sont succédées. Le box to box a été le mot d’ordre, comme avec cette action du Nigeria de la douzième minute, envoyant son avant-centre puissant (1,90 m et 92 kg…) Akor Adams faire un tir cadré. Lorsque le rond central ne faisait pas office de ring pour une bataille stérile avec déchets techniques et fautes à retardement. Et l’Égypte, pourtant plus prometteuse aux matches précédents, est retombée dans ses travers anciens alors que son sélectionneur Hossam Hassan était parvenu à insuffler un instinct tactique à sa défense si bénéfique au reste de son onze. Tout ceci pour un 0-0 à la fin du temps réglementaire. Avec le bronze pour les Super Eagles vainqueurs aux tirs aux buts devant les Pharaons dont la star Mohamed Salah a raté son penalty.
Nous avons donc pu comprendre comment ces deux nations ne sont pas arrivées en finale ! Toutefois, le soulagement ne fut que temporaire, si on se réfère à ce qui allait se passer le lendemain.
Le dimanche soir a vu se confronter le Maroc et le Sénégal. Le pays hôte demi-finaliste de la dernière Coupe du Monde au Qatar contre le détenteur du titre africain. Ce qui était pressenti comme une fête ne l’a été que partiellement. Une grande partie des 90 premières minutes de cette opposition a été une succession d’actions, avec le stress côté marocain et la tension côté sénégalais. La grande nervosité est intervenue vers les dix dernières minutes du temps réglementaire, pour s’installer durablement dans les prolongations et la confirmation d’un 0-0. Après des scènes de violence et le ridicule atteint à cause des enfantillages incessants des footballeurs sénégalais et de leurs supporters.
Avec une équipe sénégalaise qui termine première suite à une séance de penalties marqué par la contre-performance de Brahim Diaz, jusque-là excellent depuis le début de cette Coupe.
Une guerre froide version africaine
Africanité. Africanisme. Panafricanisme. Afrocentrisme. Panarabisme… Toutes ces théories ne se posent que comme des gadgets masquant et non palliant les incohérences d’un continent qui ressent soit les stigmates d’une post-colonisation, soit un retard structurel intrinsèque. Le Maroc l’a appris à ses dépens à travers certains comportements. Le monde l’a redécouvert.
Avant, lorsqu’une équipe africaine creusait davantage le canal menant au développement du foot de son continent d’affiliation, la population africaine dans son ensemble regardait ça avec bienveillance.
À présent, un vent de jalousie souffle avec rage vers les Lions de l’Atlas. Leur patrie est la cible de critiques non constructives, qui fusent comme un ballon dégagé grossièrement en touche sous une pluie battante. Et de la grossièreté nous sommes, hélas, passés à la vulgarité. Le concert de klaxons par des citoyens algériens à Alger en liesse a été lamentable. Comme en France, avec le comportement de supporters «DZ» en parfaite symbiose avec les injonctions formulées par l’influenceuse Sofia Benlemmane. Également les exactions de pseudo supporters et autres influenceurs feignant d’uriner dans des gradins.
L’ancien international algérien Ali Bencheikh, non content d’avoir relancé le débat quant à un supposé lobby «kabyliste», a accentué l’esprit de discorde. Le footballeur retraité reconverti en consultant télé a critiqué vertement le Maroc en tant que nation organisatrice dès que l’équipe nationale algérienne a été éliminée par son homologue nigériane. Quant aux médias sénégalais…
La principale chose à retenir de cette CAN c’est l’organisation marocaine. Avec des stades grandioses, des pelouses magnifiques et un accueil excellent vis-à-vis des supporters étrangers.
Si l’on tient compte de l’ensemble du tournoi, le Maroc méritait de gagner cette Coupe d’Afrique.
Le bilan que l’on peut tirer de cette CAN est une harmonisation des forces maghrébines et subsahariennes sur le terrain. Avec une Afrique du Nord dont les quatre représentants ont dépassé le premier tour.
L’Afrique du football a beaucoup démontré, mais il reste encore des choses à parfaire. Parmi ces choses, la gestion des contingences émotionnelles. Nous pourrons parler de réelle élite sur le plan du jeu, mais pas encore sur le plan comportemental. La confrontation maroco-sénégalaise a dépassé le cadre du terrain de jeu. Puis les excès médiatiques, venant notamment de l’Algérie, sont à bannir d’un contexte où doit primer l’esprit sportif exemplaire à destination des plus jeunes. Que ferait-on dans le cas d’une opposition hypothétique algéro-marocaine l’été prochain en Amérique du Nord ou bien à la prochaine CAN ? Sans parler du sélectionneur égyptien qui a présenté un argumentaire chancelant à propos de l’hôtellerie marocaine.
La meilleure réponse du Maroc est à venir. Sur les terrains de la prochaine Coupe du Monde, en cette année 2026. Et sur ses propres terres en 2030.
* Enseignant universitaire et analyste de football.



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