Tunisie | Appel à la création d’un ministère des Antiquités

Un groupe d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes ont publié, le 27 janvier 2026, une «Déclaration de souveraineté sur la mémoire», dont nous reproduisons ci-dessous, la traduction, où ils appellent à la création d’un «ministère des Antiquités et du Patrimoine» pour mieux préserver la mémoire nationale des pillages et des destructions. (Photo: site archéologique de Carthage).

Nous, soussignés, intellectuels, créateurs et gardiens de l’histoire, lançons cet appel urgent et souverain, fort de notre profonde conviction que la Tunisie, ce territoire géographique héritier d’une longue histoire, est en réalité un musée universel enfoui.

Car dans chaque ville, dans chaque village, dans chacune de nos cités, des civilisations gisent enfouies sous le sol, attendant qu’un État leur rende leur dignité.

La grandeur de la Tunisie réside dans la diversité, la richesse et l’étendue de son patrimoine, qui gît sous nos pieds à chaque coin de rue. Ici, l’histoire ne se limite pas aux sites de Carthage, El Jem, Sbeitla, Chemtou, Bulla Regia ou Kerkouane… ou d’autres sites connus ou découverts, elle coule dans les veines de la terre, depuis le quai du port punique englouti de Ras Salakta, jusqu’aux ruines de Kairouan révélées par les inondations, et depuis les côtes de Mahdia, Nabeul et Monastir qui recèlent des trésors révélés à chaque tempête, jusqu’aux forteresses du nord et aux plaines du sud. Car la Tunisie dans son ensemble représente un réservoir de mémoire humaine, et cette «exception civilisationnelle» – si l’on peut dire – ne peut rester otage d’une dépendance administrative déficiente vis-à-vis du ministère des Affaires culturelles.

La subordination de ce patrimoine à des structures administratives secondaires constitue un lent assassinat de l’identité. La politique d’«urgence culturelle» et les alertes lancés après chaque évènement climatique, un pillage ou une destruction systématique, ne sont que des palliatifs sans effet.

Aujourd’hui, notre patrimoine oscille entre la fragilité de la protection juridique et des carences structurelles, laissant nos trésors dans chaque village et chaque ville exposés à un pillage silencieux et à une destruction publique, une situation qui n’est plus acceptable dans un pays qui comprend que la réappropriation de l’histoire est le premier pas vers la libération de l’avenir.

Nous renouvelons notre appel à la création immédiate et sans délai d’un ministère des Antiquités et du Patrimoine, une structure souveraine indépendante dotée d’une autonomie financière et d’une volonté politique claire et inébranlable, disposant d’équipes de terrain permanentes dans tout le pays et d’un budget à la hauteur du patrimoine menacé, œuvrant à la fouille, à la protection et à la valorisation des antiquités.

Transformer les sites historiques, d’un «fardeau de préservation» en un «levier de développement» et de croissance économique, grâce à la recherche scientifique, la numérisation et le tourisme culturel, est essentiel pour restaurer la dignité historique de la Tunisie et le rayonnement international qu’elle mérite.

La Tunisie, ensevelie sous les décombres de la négligence, attend un acte de souveraineté qui sauvera son patrimoine de l’oubli.

Nous appelons le Parlement, le gouvernement et la société civile et politique à assumer leur responsabilité historique avant que la confiance des générations ne soit perdue.

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