Fergie Chambers et le Club Africain | Une affaire qui sent mauvais  

L’affaire de l’arrestation de Fergie Chambers — entrepreneur américain, héritier de la famille propriétaire de Cox Enterprises — suscite des interrogations en Tunisie, et pas seulement parmi les responsables et les supporters du Club Africain, l’un des clubs les plus populaires du pays, dont il est un important sponsor. Une affaire qui sent le roussi à mille lieux à la ronde…      

Latif Belhedi

Certains médias tunisiens évoquent les nombreuses initiatives de solidarité de l’Américain avec le peuple palestinien pour laisser entendre un lien entre ses déboires judiciaires aux Etats-Unis et ses positions politiques. Vue sous cet angle, cette affaire met en lumière les contradictions du débat en Tunisie à propos de la souveraineté nationale, du soutien de principe à la Palestine et des relations privilégiés avec les États-Unis, partenaire historique avec l’Union européenne.

Au cours des deux dernières années, Fergie Chambers s’est imposé comme le principal financier du club de Bab Jedid, apportant des millions de dollars pour assainir les finances du club et jouant un rôle clé dans sa gouvernance.

Un sponsor qui tombe du ciel

Son soutien financier a également alimenté des tensions internes concernant la gestion du club, faisant de lui une figure centrale de la récente restructuration de la direction.

Installé en Tunisie, et marié à la talentueuse volleyeuse du Club Africain Emna Khallfa depuis juin 2025, il expliquait souvent avoir choisi notre pays en raison de sa convergence culturelle et politique avec la cause palestinienne, finançant divers médias, initiatives et campagnes de soutien à Gaza.

Son arrestation cette semaine en Espagne — effectuée à la demande des autorités américaines pour des accusations de blanchiment d’argent international (des charges que ses partisans jugent motivées par des considérations politiques) — a immédiatement suscité de vives réactions parmi les supporters, les militants et les observateurs chez nous.

Sur le plan sportif, les conséquences de cette arrestation pour le Club Africain demeurent incertaines. Une éventuelle interruption du soutien financier de Chambers pourrait fragiliser la stabilité économique du club et compromettre les projets lancés ces derniers mois — des initiatives qui avaient permis d’atténuer les difficultés financières et de favoriser le renouveau de l’équipe. Des signes d’un possible désengagement financier étaient d’ailleurs apparus ces dernières semaines. Pendant ce temps, l’affaire continue d’alimenter le débat public en Tunisie, mêlant sport, politique internationale et solidarité avec la Palestine, le tout dans un contexte où le Club Africain incarne, pour une partie de ses supporters, un symbole d’engagement envers la cause palestinienne.

Fergie Chambers est-il blanc comme neige ?

Il reste, cependant, un autre aspect de l’affaire qui semble négligé par les médias et l’opinion en Tunisie : Fergie Chambers est-il blanc comme neige, comme on s’évertue à vouloir le faire accréditer dans l’opinion ? Son attachement à la Tunisie, au Club Africain et à la Palestine est-il aussi sincère comme on semble vouloir le croire ? Les circonstances dans lesquelles il est venu en Tunisie, sans crier gare, en mettant de l’argent frais dans les caisses d’un club populaire aux finances chancelantes, restent mystérieuses. S’il a vraiment un attachement particulier à la Tunisie, au Club Africain et, accessoirement aussi, à la Palestine, il semble bien tardif pour ne pas susciter quelques doutes sur sa sincérité. Car on voit mal la justice américaine, même sous l’inénarrable Donald Trump, poursuivre un citoyen américain résidant à l’étranger pour… ses idées politiques. D’ailleurs, quel poids politique aurait le soutien du sponsor providentiel du Club Africain au regard des autorités de Washington ?

Ne soyons pas trop naïfs ! Et souvenons-nous, surtout, de la vidéo postée par l’activiste tuniso-américaine Olfa Hamdi, incarcérée, elle, en Tunisie, dans une affaire réellement politique, lorsqu’elle a appris l’arrivée de Fergie Chambers au Parc A, fief du Club Africain. Mme Hamdi avait évoqué les démêlées de l’«investisseur» américain avec la justice de son pays et sa condamnation dans des affaires de trafic de drogue, d’escroquerie et de blanchiment d’argent.

A notre niveau, nous n’avons pas de preuves pour étayer de telles accusations, mais la nouvelle de l’arrestation de Fergie Sanders en Espagne en application d’un mandat d’arrêt international émis par la justice américaine devrait nous inciter à plus de retenue dans le traitement de cette affaire et, surtout, à ne pas mêler le concerné, qui a toute notre sympathie, à la cause palestinienne, comme pour le valoriser ou le blanchir (et c’est le cas de le dire) à nos yeux.

Attendons donc pour voir ce qui sera décidé à propos de Fergie Chambers par la justice espagnole. S’il est finalement extradé vers les Etats-Unis, ce que nous ne souhaitons pas, nous devrions revoir totalement notre appréciation du personnage et le Club Africain devrait se montrer plus prudent à l’avenir et ne pas offrir les clés de la maison à tout «bienfaiteur» qui vient frapper à sa porte sans crier gare.  

Donnez votre avis

Votre adresse email ne sera pas publique.

error: Contenu protégé !!