L’enlèvement sans précédent dans les annales du monde, par la manière dont cela s’est produit, du président vénézuélien Nicolas Maduro, constitue non seulement une intervention militaire dans un pays souverain et indépendant en violation des principes du droit international, mais aussi un avertissement clair à la planète entière. Un avertissement à tout dirigeant insubordonné de chaque pays.
Isidoros Karderinis *

Lors d’une conférence de presse concernant l’opération militaire et l’«arrestation» de Maduro, le 3 janvier 2026, Donald Trump a proféré des menaces contre le président colombien Gustavo Petro, déclarant : «Il ferait bien d’être prudent».
Dans le même temps, le président américain a laissé entendre que Cuba pourrait être un sujet de discussion dans le cadre de la politique américaine plus large dans la région, soulignant ainsi la capacité de Washington à étendre son champ d’action au-delà du Venezuela.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui est originaire de Cuba, a même déclaré que le gouvernement cubain devrait s’inquiéter après l’arrestation de Maduro. Il a notamment affirmé : «Si je vivais à La Havane et que j’étais membre du gouvernement, je serais au moins inquiet», ajoutant que «Cuba est un désastre» et que le pays est «dirigé par des hommes incompétents et dépravés».
400 interventions à l’étranger depuis 1776
L’histoire des États-Unis est par ailleurs marquée par de nombreuses interventions impérialistes. Plus précisément, on dénombre environ 400 interventions depuis 1776, date à laquelle le Second Congrès continental adopta la Déclaration du 4 juillet, proclamant l’indépendance des treize colonies américaines vis-à-vis de l’Empire britannique, un événement qui marqua la fondation officielle des États-Unis d’Amérique.
Qui pourrait oublier que, du 15 au 19 avril 1961, 1 400 combattants anticastristes, entraînés et financés par la CIA, tentèrent de débarquer à la baie des Cochons, à 250 kilomètres de La Havane, sans parvenir à renverser le régime communiste cubain. Ces combats firent une centaine de morts de chaque côté.
«Avec la victoire de Salvador Allende aux élections du 4 septembre 1970 au Chili et la présence déjà de Fidel Castro à Cuba, nous allons nous retrouver avec un sandwich rouge en Amérique latine qui deviendra inévitablement entièrement rouge», craignait Richard Nixon, et sa crainte fut bientôt confirmée par les résultats des élections.
Face à cette réalité déplaisante pour les États-Unis, une solution s’était imposée. Elle fut trouvée le matin du 11 septembre 1973, lorsqu’un coup d’État militaire fut fomenté sous la direction du général Augusto Pinochet, avec le soutien des États-Unis, mais aussi du Brésil, dont le régime militaire était parfaitement ami et coopératif avec les États-Unis. Les putschistes ont encerclé, bombardé et pris d’assaut le palais présidentiel. Allende et ses proches collaborateurs furent tués après une résistance acharnée.
Les États-Unis ont également envahi le Panama à la mi-décembre 1989, sous la présidence de George Bush père. L’objectif de cette invasion militaire était de destituer le dirigeant de facto du Panama, le général Manuel Noriega, accusé par les autorités américaines d’extorsion et de trafic de drogue.
Ainsi, si l’on cherche un parallèle historique où les Américains ont arrêté le dirigeant de facto d’un pays et l’ont extradé vers les États-Unis pour y être jugé, l’affaire Noriega est la plus caractéristique. Et cela s’est produit après une véritable invasion militaire, c’est-à-dire dans le contexte d’une intervention armée coordonnée.
Noriega parvint à s’échapper et se réfugia à l’ambassade du Vatican à Panama, la capitale du pays, où il resta onze jours. Il y subit une intense guerre psychologique pour le contraindre à se rendre. L’armée américaine installa un mur de son assourdissant devant l’ambassade. Une flotte de Humvees équipés de haut-parleurs diffusait en permanence du hard rock et, parfois, du heavy metal. On y passait notamment le titre ‘‘Panama’’ du groupe Van Halen.
Le Saint-Siège s’en est plaint à juste titre auprès du président Bush, et la guerre musicale prit fin après trois jours. Le 3 janvier 1990, le général accepta de se rendre.
Les vraies raisons d’une intervention militaire
Mais quelles sont les raisons profondes de l’intervention militaire américaine au Venezuela et du renversement du régime insubordonné en place ?
Le Venezuela possède, on le sait, les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à environ 303,8 milliards de barils en 2021. À titre de comparaison, les principaux pays producteurs de pétrole disposent de réserves plus modestes. L’Arabie saoudite, par exemple, en possède environ 267 milliards de barils et le Koweït 101,5 milliards.
Dans le même temps, les réserves prouvées de gaz naturel du pays ont dépassé 5,6 billions de mètres cubes en 2021. Il convient de noter, par ailleurs, que dans l’hémisphère occidental, seuls les États-Unis disposaient de réserves plus importantes.
Les réserves totales de minerai de fer du Venezuela sont estimées à 4,5 milliards de tonnes et le pays se classe deuxième dans la région après le Brésil pour ses réserves en ce métal.
Enfin, le Venezuela possède certaines des plus importantes réserves mondiales de bauxite, un minerai utilisé pour la production d’aluminium. Ses réserves totales de ce minerai s’élèvent à 950 millions de tonnes.
Il est donc clair pour tout observateur objectif que les États-Unis convoitent les ressources naturelles du Venezuela. Des ressources qu’ils ne peuvent obtenir avec le régime actuel, partenaire politique et militaire et allié de Moscou, Pékin et Téhéran, mais aussi principal fournisseur de pétrole de la Chine.
Pour les États-Unis, la solution pour asseoir leur suprématie dans la compétition internationale impitoyable réside dans le renversement du régime vénézuélien actuel et l’installation d’un président et d’un gouvernement parfaitement complaisants et à leur service. Le reste – à savoir la légalité d’une intervention militaire – leur importe peu.
Que conclure de cette affaire sinon que les dirigeants d’un pays ne doivent être renversés que par leur peuple, c’est-à-dire par des soulèvements populaires et des révolutions, comme cela s’est produit dans divers pays par le passé. Ils ne doivent pas être renversés par l’intervention militaire d’une puissance étrangère.
Par conséquent, l’invasion militaire américaine du Venezuela et l’enlèvement de son président sont absolument condamnables pour tout citoyen du monde attaché à la démocratie et à la liberté de pensée.
* Journaliste grec.



Donnez votre avis