Né en 1949 à Hajeb El Ayoun (Kairouan, Tunisie), Moncef Louhaïbi est poète, romancier et professeur de littérature arabe.
Voix importante de la poésie tunisienne et arabe, sa vision ancrée solidement dans l’héritage culturel arabo-musulman classique qu’il revisite avec des élans parfois soufis, est installée dans la modernité et l’une des plus ouvertes sur la poésie internationale. Son œuvre est récompensée de nombreuses distinctions.
Quelques titres (en arabe): Les filles de l’arc-en-ciel, 2015; Avec l’avant-dernier verre, 2019; La vie d’Al-Aghani, essai sur Aboulkacem Chebbi, Nihed, 2024 ; Qu’est-ce qui manque au bleu pour être ciel ?, autobiographie, Nihed, 2025.
En français : Que toute chose se taise, Bruno Doucey, 2012.
Tahar Bekri
Elle est comme la pierre…Ne nous doit rien
Toute stèle est un livre…ou une histoire de mort vivant…
Nous en avons le nom
ton témoin Elle
Blanche jaune rouge ou couleur de poussière
Dans l’écume des soleils et son flottement
Eclaire notre vide et le sien
Garde-t-elle les morts ou les vivants ?
Ou est-elle monument de pierre comme cette tristesse rassemblée ?
Je t’aperçois aux seuils de mars. A travers les fenêtres
Dans la pluie du printemps et sa lumière mi-aveugle
Sans Norouz pour moi ni pour elle
Nulle ombre sauf la tienne transparente par-dessus mes rideaux
…dans leur nuit et jour
qu flotte…par-dessus la soie de son velours
qui se noie puis flotte puis se noie
Ni poupées ni jouets pour jouer avec leur ombre
Et m’y fondre comme elle s’en va
Peut-être suis-je… Peut-être est-elle
Nul héritage sauf celui des poètes J’accorde les mots comme eux
Je les arrondis à leur rythme …les dirige
Et tourne autour de leur langue
J’attache mes cordes aux leurs
Si j’oubliais comme elle…
J’aurais desserré la ceinture de sa glace et de ses fers
Mais elle est un miroir aux prismes cette pierre
Plutôt un mirage salé
Ne nous doit rien
Et nous lui sommes redevables
Te conduit comme un menhir
dans l’écume des soleils nos yeux des diamants déformants
se pointant dans son flottement
Isole-t-elle les morts ?
Ou les vivants ?
Ou est-elle une promesse de mort prochaine ?
Si j’oubliais comme elle
Et mon poème ma tombe
Et ma stèle
Al-Qods al-‘arabi, 17 octobre 2025
(Remerciements à l’auteur)



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