La réussite du Plan de développement 2026‑2030 repose sur un levier stratégique souvent sous-estimé : le rôle central de l’investissement privé. L’auteur propose une analyse factuelle des freins actuels, des opportunités régionales et sectorielles, et des mesures concrètes pour transformer l’investissement en moteur d’une croissance inclusive et durable. Il s’appuie sur des données 2025‑2026, inclut les positions récentes de l’Utica sur le climat des affaires, et anticipe les critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité public-privé. Son objectif : nourrir le débat économique et stimuler la réflexion des décideurs et acteurs économiques.
Abdelwahab Ben Moussa *

Relancer l’investissement privé est essentiel pour transformer le Plan 2026‑2030 en une croissance tunisienne durable et inclusive. Cette tribune propose une analyse des freins actuels et des pistes concrètes pour mobiliser le secteur privé sur tout le territoire.
La réussite du Plan de développement 2026‑2030 dépend largement d’un facteur central : la capacité à relancer l’investissement privé. Sans mesures ciblées, le plan risque de consolider le statu quo plutôt que d’impulser une croissance durable et inclusive. Cette relance doit se faire en complément des investissements publics, via des partenariats stratégiques qui optimisent les ressources et maximisent l’impact économique et régional.
L’investissement privé, un moteur sous-exploité
Le secteur privé est essentiel pour créer des emplois qualifiés et durables ; accroître la valeur ajoutée nationale ; et stimuler le développement régional.
Pourtant, plusieurs freins limitent son expansion, notamment :
– des procédures administratives lourdes et une instabilité réglementaire, qui compliquent la création et le développement d’entreprises ;
– la fragilité macroéconomique et le coût élevé du financement, qui réduisent la prise de risque ;
– la concentration géographique des investissements, qui laissent certaines régions marginalisées ;
– la coordination insuffisante entre acteurs publics et privés ;
– des incitations peu liées aux résultats, ce qui limite l’efficacité des dispositifs existants.
Comme l’a souligné récemment l’Utica, dénonçant la «diabolisation» des chefs d’entreprise, le climat d’incertitude et la lourdeur administrative freinent considérablement l’investissement privé.
Selon l’organisation patronale, la simplification des procédures, des incitations fiscales ciblées et un meilleur accès au financement pour les PME et les jeunes entrepreneurs sont indispensables pour capter les opportunités économiques et relancer une croissance durable sur l’ensemble du territoire.
Cette analyse rejoint l’objectif du Plan 2026‑2030 : remettre le secteur privé au cœur de la stratégie de développement national.
Priorités stratégiques pour relancer l’investissement privé
Pour être efficace, la relance doit viser la qualité et l’impact des investissements, notamment :
– la prévisibilité juridique et la stabilité réglementaire, pour restaurer la confiance des investisseurs ;
– des incitations ciblées favorisant l’emploi et le développement régional, afin que les investissements ne restent pas concentrés dans les grandes villes ;
– des partenariats public-privé stratégiques, mobilisant efficacement les ressources disponibles et complétant l’action de l’État ;
– l’orientation vers les secteurs à forte valeur ajoutée : industrie, numérique, services exportables, tout en incluant les secteurs traditionnels comme l’agriculture, l’artisanat et le tourisme là où le potentiel régional est fort.
Simplicité et transparence pour rétablir la confiance
Simplifier les procédures, clarifier les règles et suivre systématiquement l’impact économique et régional des projets sont des conditions indispensables pour rétablir la confiance et orienter les investissements vers les priorités nationales. Cette approche répond aux critiques légitimes sur le rôle de l’État, la stabilité macroéconomique et la répartition régionale des investissements.
Repères économiques (2026) :
- Investissement global : près de 16 % du PIB, soit +12 % par rapport à 2025.
- Investissements déclarés 2025 : ~8 356 millions de dinars, +39 % vs 2024, générant plus de 100 000 emplois.
- Objectif IDE 2026 : ~4 milliards de dinars par an pour renforcer l’attractivité du pays.
La mobilisation du secteur privé sur l’ensemble du territoire est cruciale pour transformer la croissance en un processus inclusif et régionalisé. Le Plan 2026‑2030 offre une opportunité unique d’aligner politiques publiques et initiatives privées afin de créer une dynamique économique durable pour la Tunisie, tout en répondant aux critiques sur la gouvernance, l’équité régionale et la complémentarité entre acteurs publics et privés.
* Ingénieur en informatique.



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