Mesures pour sauver le secteur laitier tunisien | Trop peu, trop tard ?

La Tunisie disposait auparavant d’un stock de 80 millions de litres de lait, dont une partie était exportée vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Aujourd’hui, la filière laitière fait face à des difficultés structurelles que les autorités ont laissées s’aggraver, et ce, malgré l’apparition de signes avant-coureurs, notamment une forte baisse du cheptel bovin. Des mesures sont prises pour tenter de remonter la pente… Mais est-ce suffisant ?  

Dans ce contexte, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a récemment annoncé l’élaboration d’un programme national de reconstitution du cheptel bovin, dans le cadre des efforts visant à soutenir la filière laitière et à reconstituer les effectifs du bétail. Plusieurs mesures ont été adoptées pour soutenir le secteur, notamment le relèvement du prix minimum garanti du lait à 1 340 millimes le litre, l’augmentation de la prime de collecte à 115 millimes et le plafonnement des prix de l’aliment du bétail, parallèlement à l’élaboration d’un plan national pour stimuler la production d’aliments pour bétail avec la participation des différents acteurs de la filière.

Un secteur qui lutte pour sa survie

Réagissant à l’annonce de ces mesures, Fathi Ben Khalifa, conseiller économique auprès de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), a déclaré à Mosaïque, le lundi 3 août 2026, que cette décision intervenait bien trop tard pour un secteur qui s’épuise et lutte pour sa survie, malgré les avertissements lancés dès 2016.

La Tunisie a atteint un stade regrettable où elle dépend de l’importation de lait en poudre pour la fabrication de fromages, de yaourts et d’autres produits, alors qu’elle disposait autrefois d’un excédent stratégique de 60 à 80 millions de litres — dont des quantités importantes étaient exportées vers la Libye, d’autres pays africains et moyen-orientaux.

M. Ben Khalifa a ajouté que le secteur de l’élevage laitier a été mis en place et structuré il y a une quarantaine d’années, sous l’impulsion du Groupement professionnel des viandes rouges et du lait et de l’Office national de l’élevage. Cette initiative a impliqué la création de systèmes de collecte et de refroidissement du lait au niveau des centres et des exploitations, ainsi que la formation et la qualification des éleveurs.

Ces efforts ont favorisé la diversification des produits laitiers et conduit à l’ouverture de nombreux centres dans l’attente de la réouverture du complexe de Sidi Bouali.

Le déclin de ce secteur est l’une des principales causes de la hausse des prix de la viande rouge, a estimé le responsable syndical, ajoutant que le déclin du secteur laitier — aggravé par la vente massive de veaux et de vaches — a pesé sur les prix de la viande rouge ; le prix de l’agneau a grimpé de 15 à 70 dinars le kilogramme, tandis que celui du bœuf oscille désormais entre 40 et 60 dinars le kilogramme.

Si le cheptel constituait autrefois un facteur clé de stabilisation des prix du marché, la réduction de 30 % des effectifs a eu des répercussions néfastes tant pour le marché que pour le consommateur, a affirmé M. Ben Khalifa, en insistant sur le fait que la relance du secteur laitier ne saurait se limiter à la reconstitution du cheptel.

Le responsable syndical a évoqué ce qu’il a qualifié d’échec lié à la loi de finances : bien que des fonds issus du Fonds de développement de la compétitivité aient été alloués au secteur, leur mise en œuvre a achoppé aux lenteurs décisionnelles et à l’incapacité de l’État à concrétiser le plan qu’il a lui-même mis en oeuvre.

I. B.

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