18 Déc 2015 | 17:08 A LA UNE, TRIBUNE, Tunisie

Pour la paix sociale, le Quartet, Prix Nobel de la Paix 2015, doit déclarer la guerre à l’homophobie et militer pour la dépénalisation du cannabis.
Par Farhat Othman*
Madame, Messieurs du quartet,
Le Nobel qui a honoré la Tunisie à travers vous emporte une immense responsabilité : celle de servir la paix sociale.
Grâce à votre abnégation pour que triomphent la concertation et le dialogue national, notre pays a échappé aux plus graves périls; plus que jamais aujourd’hui, il besoin de votre talent pour le sauver de périls qui menacent sa paix sociale.
L’inertie caractérise les deux grands partis au pouvoir (Nidaa Tounes et Ennahdha) qui ont démontré n’être pas en mesure de faire adopter les réformes impératives de nature à faire avancer le pays vers plus d’acquis démocratiques. Il s’agit notamment de celles devant abolir les lois liberticides héritées de la dictature et du protectorat.
Car si la situation économique catastrophique est difficile à assainir dans l’immédiat, il est parfaitement possible – et même impératif – d’agir sans plus tarder sur le plan de la situation législative aussi catastrophique sinon plus du fait de cette législation de la dictature toujours en vigueur pourrissant la vie d’innocentes victimes.
Un jugement honteux
Au moment même de votre sacre, journée internationale de célébration des droits humains, un tribunal de Kairouan a rendu au nom du peuple qui n’en demandait pas tant, un jugement honteux, usant de pratiques moyenâgeuses brisant la vie de jeunes étudiants bien innocents.
Sur la base de violations indignes de leur vie privée, on les a flétris et livrés à une vindicte populaire exploitée par des voix irresponsables. Cela se s’est au nom de lois qui sont pourtant devenues caduques du fait des droits et libertés nouveaux consacrés par la Constitution.
Une surenchère politicienne indigne est venue même justifier l’injustifiable, au prétexte qu’un tel jugement serait conforme à la religion qui doit primer le droit positif, envenimant la confiance des jeunes dans leurs autorités, du peuple dans sa justice et des démocrates dans l’État de droit.
Un tel argument est doublement faux; car d’abord la religion ne prime pas le droit positif. Ensuite et surtout, car l’islam n’est pas homophobe et n’intervient pas dans la vie privée des gens qu’il protège tout au contraire.
C’est l’immixtion des autorités dans l’intimité des gens qui doit être punie et non le comportement de ces jeunes innocents qu’il faut libérer sans plus tarder. Le quartet devrait inviter le ministère public à faire appel de cet indigne et inique jugement.
L’islam n’est pas homophobe
L’homosexualité qui est une pratique sexuelle parfaitement naturelle chez certains n’a jamais été interdite en islam correctement lu. Ni le Coran ni la sunna ne comportent de prescriptions en la matière; or, il n’est nulle interdiction légale sans texte clair et précis.
Ce que nous avons hérité du «fiqh» est un effort d’interprétation des jurisconsultes inspirés par la tradition judéo-chrétienne, venu défigurer la tolérance islamique. L’article 230 du code pénal n’est ainsi qu’une survivance de la morale du colonisateur qui n’a aboli chez lui l’homophobie qu’en 1982.
Peut-on continuer à honorer en Tunisie une homophobie qui viole l’islam tout autant que la constitution et les engagements internationaux de la Tunisie ? Est-il tolérable dans une Tunisie nobélisée de continuer à pratiquer le teste anal et à violer l’intimité des gens sur la base de lois scélérates?
Le cannabis n’est pas plus nocif que la cigarette
Nulle avancée démocratique ne sera possible en Tunisie si l’on n’abolit pas les lois scélérates de la dictature. Outre une réforme en profondeur qui exigera du temps, il urge de prendre deux initiatives immédiates, à haute valeur symbolique au nom de la sauvegarde de la paix sociale.
Car il est inadmissible que des terroristes et des délinquants attentant à la paix publique soient moins sévèrement traités que des homosexuels ou des consommateurs du cannabis.
La loi 52 fait certes l’objet d’une réforme qui traîne en longueur et qui ne dépénalise pas la consommation. Or, celle-ci est désormais aussi fréquente chez les jeunes que le fait de fumer une cigarette. Fumer un joint est même moins nocif au vu des études scientifiques récentes le prouvant.
Alors, jusqu’à quand brimer la jeunesse en emprisonnant des innocents qu’on transforme en délinquant, et bien pis, en terroristes, révoltés contre un ordre social injuste ?
Si on devait réprimer l’acte de fumer, qu’on commence donc par le faire en interdisant la cigarette, bien plus nocive ! Comme on ne le fera pas, il importe de dépénaliser totalement la consommation du cannabis.
Deux mesures hautement symboliques
Aujourd’hui, sans plus tarder, il importe de sauver l’honneur de la Tunisie sali devant le monde entier par une justice injuste qui ne fait cependant qu’appliquer des textes scélérats.
Que le prix Nobel appelle donc – y invitant l’Assemblée à le faire par une déclaration solennelle – à une abolition immédiate de l’article 230 du Code pénal ainsi qu’une décision immédiate de suspension de la loi 250 sur les stupéfiants annonçant la dépénalisation de la consommation à confirmer par la réforme en cours et qui doit être votée rapidement.
En effet, ces deux mesures ont une valeur symbolique éminente. Elles sont de nature à faire sauter les freins bloquant l’inconscient collectif et créant dans l’imaginaire populaire rejet et exclusion du différent, un terrorisme mental qui alimente le terrorisme physique.
Ces deux initiatives urgentes à concrétiser sans plus tarder préserveront la paix sociale sérieusement dégradée en ayant d’immenses retombées sur l’atmosphère mentale dans le pays, faisant renaître la confiance nécessaire du peuple en ses élites.
Religieuses comme profanes, celles-ci ne doivent pas se couper des masses qui n’ont jamais été homophobes ou contre le cannabis, sinon en apparence, du fait du milieu de contraintes légales et morales. Car le peuple tunisien dans sa majorité est tolérant dans l’âme.
Aussi, les élites dogmatiques doivent cesser de chercher à le tromper, les religieux sur sa religion en la présentant comme homophobe et opposée à une libre vie privée, et les laïcs en respectant sa spiritualité qui n’est pas religiosité, l’islam tunisien étant bien plus culturel que cultuel.
Rousseau a référé déjà à la parenté du fanatisme dévot avec le fanatisme athée. La complicité objective des deux est l’un des plus gros maux dont souffre la Tunisie d’aujourd’hui et qui menacent sa paix sociale.
Nobel oblige, il vous appartient, Madame, Messieurs, d’agir pour assainir cette situation. Le talent dont vous savez déjà fait montre et qui vous a valu votre distinction le mande et le commande.
Au sujet de l’homophobie, une réforme sociétale s’impose. Après tout le peuple est largement mature pour avancer sur ce sujet et arrêter ces humiliations gratuites est urgent. En ce qui me concerne, je suis tout à fait d’accord mais en ce qui concerne le sujet de la dépénalisation, je suis bien plus nuancé. Déjà la situation est par nature problématique. Je m’explique: le cannabis c’est bien quand c’est culturel, la société assimile et ça peut être gérable mais dans notre cas la société souffre de la pauvreté. Psychologiquement c’est très dur de faire entendre raison à la jeunesse. Il n’y a qu’à voir tous les jeunes tunisiens et tunisiennes qui sont en Syrie et tous les territoire en guerre. Donc je pense que cela aggraverait les cas de schizophrénie car de par la difficulté à surmonter la pauvreté, il serait plus enclin à décrocher de la réalité avec ces produit. Et vient aussi la dangerosité du cannabis lorsque les personnes conduisent je ne vous fait pas de dessin sur la conduite en Tunisie, elle est anarchique et la moindre vie n’a pas de prix. Le plaisir des uns ne doit pas être une conséquence pour les autre mais l’alcool lui aussi a de même type de travers oui mais on peut dire que c’est culturel. Je pense que nous les Tunisiens on aime la vie et les bonnes choses mais aujourd’hui faisons les choix de nos moyens et arrêtons de penser à vouloir faire des choix pour faire plaisir aux autres. Faisons des choix pour nous mêmes.
Nabil, ont ne parle pas de légaliser mais de dépénaliser le cannabis, ce n’est pas la même chose. C’est comme en Europe, le cannabis reste un produit illégal mais on ne met plus en prison de simples consommateurs. L’intérêt est énorme. Cela permettrait au policiers de ce concentrer sur autre chose comme le terrorisme par exemple. Cela permettrait aussi à la justice d’alléger leur dossier et de rendre cette justice plus rapide.Cela désengorgerait les prisons surpeuplées et laissera plus de place aux 6000 terroristes engagés en Syrie et en Libye. Etc…. On aura les mêmes bénéfices pour ce qui est des homosexuels. Je peux également parler des fattara du ramadan ou des jeunes couples dans les chambres d’hôtel, etc… Concentrons nous sur les individus qui sont un danger pour autrui et foutons la paix à ceux qui ne font de mal à personne et qui veulent vivre comme ils l’entendent.
Cette poursuite effrénée de l’homosexualité n’a aucune autorisation par la croyance. Aucune personne – même pas Mohammed – ne peut PROUVER qu’elle a parlé avec Dieu! C’est pourquoi les lois des religions ne résultent que de la croyance. Et chaque condamnation ou mépris n’est que hubris!!!
Les Etats du monde sont tombés d’accord sur les droits de l’homme qui sont universels, chaque Etat doit les respecter et les ancrer dans sa constitution.
Ils comptent plus qu’aucune demande d’une religion – parce que c’est seulement une chose privée!
Désolé mais c’est du n’importe quoi. L’homosexualité est contre-nature et le saint CORAN interdit ce genre de pratique… Je suis d’accord pour ne pas agresser gratuitement les personnes suspectes d’homosexualité, mais en aucun cas ceci ne doit devenir une norme… La Tunisie qui tombe sous la tutelle américaine va-t-elle légaliser le mariage gay? Ceci est hélas une dégénérescence et est destiné à détruire toute morale publique et croyance !
De grâce, ne vendez pas votre âme au diable, comme il est indiqué dans le saint CORAN. Il s’agit d’un ennemi déclaré de l’humanité.
@ Karim
Non, l’homosensualité (mon terme pour homosexualité, trop connoté sexe) n’est pas contre nature, c’est même dans la nature, où la règle est le sexe indifférent.
De plus, ce n’est point contre l’islam qui ne l’a point interdit, contrairement à la Bible. Ceux qui condamnent l’homosensualité au nom de l’islam font du tort à l’islam, car ils y étendent la tradition judéo-chrétienne. Au surplus, ils se montrent injustes à l’égard d’innocents qui ne font que vivre selon la nature mise en eux par Dieu.
On ne peut plus dire que l’islam est homophobe, il ne l’est pas et cela a été démontré par nombre d’articles et par au moins trois essais en vente en Tunisie et ailleurs. Pourquoi une telle injustice ?
Enfin, on n’a plus le droit de ressasser l’argument inepte d’éviter de rendre norme une telle pratique qui est par définition même minoritaire. Car les gens ne vont pas changer de nature, tout simplement, en interdisant l’homophobie qui est un crime en pays démocratique.
Il est vrai, le sexe est total chez nous, ce qui veut dire qu’il n’y existe ni homosexualité ni hétérosexualité, plutôt une bisexualité, selon ces catégorisations créées par l’Occident.
C’est ce qui a existé avant la colonisation et cela n’a pas transformé le peuple tunisien en pédéraste que je sache! D’ailleurs, la pratique des rapports entre mêmes sexes existe toujours dans notre société, mais se fait en cachette. Un peu d’honnêteté et moins d’hypocrisie s’imposent !
Soyez éthique ! Documentez-vous et cessez de singer l’Occident qui dénonçait la liberté sexuelle de l’islam quand il était encore pudibond ! Car nulle culture n’a chanté l’amour grec ou masculin que la culture arabe; ce fut le cas des poètes, mais aussi d’éminents jurisconsultes, dont le juge suprême abbasside.
Et n’oubliez surtout pas que l’article 230 du Code pénal a été introduit en Tunisie par la morale du protectorat qui n’a aboli un article similaire datant de Vichy qu’en 1982.
Sachez également que l’islam interdit de violer l’intimité et de préjuger; or, on le fait avec l’homophobie. Le test anal en est une manifestation flagrante. Comment l’accepter pour prouver une culpabilité quand Dieu interdit de sonder les coeurs allant jusqu’à accepter les hypocrites en religion? Dieu interdisant de sonder les coeurs, il interdit forcément de sonder l’anus!
Faisons donc acte d’un peu plus de morale islamique à défaut de respect de la légalité et des valeurs humanistes, voyons!
Ceci est une parole de vérité pour qui se veut véridique conformément à l’esprit islamique authentique. Car tout homophobe aujourd’hui n’est plus musulman, mais judéo-chrétien à l’antique, ou bien pis : daéchien. Qu’on se le dise !
Ouicem je suis complètement d’accord avec vous. Je voulais juste mettre en lumière les côtés néfastes que le cannabis apporte à la société. Par contre il serait temps que le ministère de l’Intérieur prenne des directives contre les délinquants pas contre ceux que les politiques ne veulent pas représenter: être homo fumeur de pétard ou en couple cela n’a rien de suspect dans une société.
@ Nabil,
On doit effectivement se concentrer sur les vrais délinquants qui sont les trafiquants et nos sur les victimes innocentes.
Aussi doit-on dépénaliser totalement la consommation.
C’est la seule réponse sérieuse et crédible, conseillée par tous les organismes spécialisés, y compris par le plus récent rapport des Nations-Unies.
Là encore, en dépénalisant la consommation du cannabis, on ne créera pas une consommation accrue plus que ce qui existe déjà, mais on la diminuera en éliminant l’effet attractif de l’interdit.
Aussi, un peu d’éthique et d’honnêteté s’impose ici également !
Stop donc à la désinformation et à la violation de notre religion qui est d’abord juste, s’interdisant de brimer l’innocence. Or, avec la pénalisation du cannabis, on rend coupables des innocents tout en laissant libres les vrais coupables !