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Bloc-notes : Pour l’adhésion de la Tunisie à l’Union européenne!

Le désordre actuel en un monde globalisé impose l’adhésion de la Tunisie à l’Union européenne (UE) en issue de sa crise, des drames en Méditerranée et pour la paix du monde.

Par Farhat Othman *

Il n’est nulle issue sérieuse pour la Tunisie sinon osée. Or, le courage impose de tendre vers l’idéal en tenant compte du réel. Cela consiste à se décider de proposer, pour l’Europe, et réclamer, pour la Tunisie, la transformation de la dépendance tunisienne actuelle informelle de l’Occident, sans droits réels donc, mais des devoirs souvent léonins, en une dépendance formelle emportant en plus des devoirs actuels les droits tangibles d’État membre.

Aussi, et c’est fatal tôt ou tard, la Tunisie doit agir pour assurer au plus vite sa place dans une Union européenne devant se transformer pour renaître. Ce serait, à la fois, le salut de la démocratie en Tunisie ne pouvant réussir que par l’articulation à un système de droit et le renouveau de l’Europe qui ne viendrait que de son recentrage sur la Méditerranée.

L’intérêt de l’Europe

Dans un monde globalisé, on ne peut plus concevoir un développement maîtrisé des intérêts locaux s’il ne tient compte des réalités géostratégiques régionales et de ses impératifs internationaux.

La Tunisie est au coeur d’une Méditerranée devenue un centre névralgique du monde. Aussi, il ne sert à rien de nier le fait que son sort soit lié non seulement aux pays riverains et à leurs visées politiques et économiques dans ce bassin quasi fermé, mais aussi aux puissances du monde qui entendent ne rien laisser échapper à leur contrôle de nature à desservir leurs intérêts hégémoniques.

Or, malgré son poids économique, l’UE est un nain politique; et elle est en crise. Celle-ci, en grande partie, est issue du peu d’intérêt qu’elle manifeste encore, non pas pour la Méditerranée, mais pour ce qu’elle implique tant sur le plan interne qu’international. Déjà, les pays européens du sud se plaignent du manque d’intérêt pour leurs préoccupations.

La sortie de la Grande Bretagne de l’Union est une occasion en or à saisir par cette dernière pour rééquilibrer sa politique en se recentrant sur son axe qui doit être forcément méditerranéen. Bien mieux, elle se doit de renouer avec l’esprit de conquête qui a été le sien à sa naissance afin d’oser révolutionner les rapports internationaux en ce qui doit devenir un lac de paix, un rêve jamais guère plus menacé qu’aujourd’hui tout en étant le plus possible à réaliser. Comment?

Il s’agit d’avoir le courage de formaliser l’étendue de l’Union au Maghreb où l’Europe, outre sa présence économique et financière issue d’un passé qui y a laissé des traces indélébiles dans les mentalités, est déjà présente par le biais de ses présides au Maroc. Elle doit proposer l’adhésion à ce pays, mais aussi et surtout à la Tunisie qui est en transition démocratique. Ce serait la meilleure façon de relancer l’Europe selon sa devise et son esprit pionnier, la géographie transcendant les frontières terrestres qui n’ont de réalités que mentales. C’est un espace méditerranéen de démocratie que l’Europe doit envisager et se doit d’y travailler.

Libre circulation en espace de démocratie

L’Europe d’aujourd’hui est une sorte d’usine à gaz; sa lourde machinerie est rétive aux innovations par trop révolutionnaires, assimilées souvent à des soubresauts qui ne sont jamais bienvenus pour qui profite de la quiétude d’un état de choses somme toute profitable, même s’il est obsolète, relevant d’un monde fini dont le supposé ordre est désormais un désordre, injuste et même criminogène.

La fermeture des frontières est source de drames récurrents et de crimes, puisqu’elle encourage les organisations maffieuses, usant en commerce juteux de l’émigration clandestine, devenue un terreau pour le terrorisme. Le visa actuel n’est plus utile et ne le serait qu’en se transformant en un outil efficace contre l’encouragement actuel qu’il est à l’entrée en clandestinité. Or, on ne peut plus réprimer le besoin de bouger, contrer le droit à la libre circulation humaine, cette constante anthropologique qui plus est.

Aussi doit-il se transformer en visa biométrique de circulation, ce qui ne change à rien dans la pratique actuelle tout en initiant le passage rationnel et progressif à la libre circulation. Il s’agira juste d’un jeu d’écriture à faire, généralisant une catégorie de visa qui existe bel et bien, en transformant les différents types actuels, dont notamment la catégorie phare du visa touristique, en un visa de circulation devant être délivré gratuitement pour une période minimale d’un an à trois pour les ressortissants des pays qui le méritent du fait de leurs efforts de transition en démocratie. C’est le cas de la Tunisie.

Voilà comment l’Europe servira intelligemment ses intérêts tout en allant dans le sens de ceux de la Tunisie et de l’histoire qui est pour une plus grande solidarité dans le monde et en Méditerranée. Il ne suffit plus de parler en vain de soutien à la démocratisation du pays; cela suppose des actes concrets ! La libre circulation en est un bien éloquent, car elle satisfera les Tunisiens, notamment une jeunesse désespérée qui se laisse de plus en plus tenter par la mort, soit au fond de la mer commune soit sur les sentiers de la guerre et du terrorisme.

Ce serait bien la meilleure façon de concrétiser l’idée d’Espace méditerranéen de démocratie, à substituer à une Union pour la Méditerranée (UpM) fantôme, conformant enfin l’illégale pratique actuelle du relevé des empreintes digitales des Tunisiens au droit international, posant le premier jalon de l’intégration nécessaire et incontournable de la Tunisie à l’UE, condition sine qua non et seule garantie de la réussite de sa transition en un État de droit.

Le devoir de la Tunisie

Géostratégiquement, la Tunisie est tel un abacule en une mosaïque; elle est tout dans son ensemble méditerranéen et rien en dehors de cette aire. Au vu de ses spécificités intrinsèques et celles de son peuple largement mature, avec notamment son ouverture à l’altérité, la Tunisie doit agir pour une aire de civilisation occidentalo-orientale.

Et elle commencera bien avec la mise en oeuvre du l’espace précité avec sa réalisation majeure, immédiatement réalisable, qu’est la libre circulation humaine. C’est ce qui doit venir rééquilibrer les accords léonins actuels ouvrant le pays au capital étranger, un capital qui a tout du sauvage qu’était la capitalisme d’antan où la marchandise a plus de valeurs et de droits que son créateur, l’humain. Ne serait-ce qu’éthiquement, la Tunisie est en devoir de revendiquer et même d’exiger une telle évolution fatale.

Celle-ci doit même être, au plus tôt, insérée dans le cadre d’une démarche officielle d’adhésion à ce bloc de droit qu’est l’Union afin de donner à la démocratisation du pays ce qui lui manque : les repères juridiques nécessaires pour asseoir une démocratie qui ne soit pas un pur leurre, et un État de droit qui ne soit pas celui du simili droit.

Sans articulation à un système qui marche globalement, la Tunisie ne saurait être, au mieux, qu’une sous-démocratie au service des intérêts financiers internationaux qui ont toujours besoin d’espaces de non-droit ou d’un système de droit troué d’illégalités en vue de réaliser le maximum de plus-values. On le sait bien, c’est le péché mignon du libéralisme.

La diplomatie tunisienne est donc appelée, dans l’intérêt bien compris de tous, de déposer une demande officielle d’adhésion à l’Union en prolongement d’actions éminentes, à l’intérieur du pays, se manifestant par la réforme législative ambitieuse de son droit en matière de libertés publiques, et à l’extérieur, renouant avec l’esprit visionnaire de son fondateur, agissant pour la paix dans le monde.

Plus que jamais, une telle paix est tributaire de la résolution du conflit palestinien. Ce qui doit amener la Tunisie à y être la voix juste pour une voie de justesse et qui consiste, tout à la fois, de rappeler la nécessité du retour au droit international et d’en finir avec l’inepte et idéologique méconnaissance de la réalité de l’État d’Israël. Cela ne fera que conforter l’action devant être soutenue pour la paix en Méditerranée, devenue un espace de démocratie, base d’une future aire de civilisation entre l’Occident et l’Orient dont la Tunisie serait le parangon.

* Ancien diplomate, écrivain.

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