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Quand la Tunisie se tournera-t-elle vers l’Asie?

Chine-Asie

La Tunisie doit consolider ses relations économiques et commerciales avec les pays asiatiques, le centre de gravité du monde en ce 21e siècle.

Par Dr Mohamed Sahbi Basly*

J’ai été invité, en ma qualité de président du Conseil de coopération tuniso-chinois, à participer au Forum annuel sur l’investissement extérieur, qui s’est déroulé le 3 juillet 2015 à Pékin, dans le cadre de l’initiative «one Belt, one Road», mieux connue sous le nom de «Route maritime de la soie», lancée par le président chinois, au moment où la Chine a pris la tête du classement de l’économie mondiale, en janvier 2015.

Le rôle planétaire de l’économie chinoise

La portée de cette nouvelle démarche économique chinoise est hautement symbolique, puisque nul ne peut ignorer l’impact de la croissance économique chinoise sur l’économie mondiale. Dans un document récent du FMI, il est précisé que si le taux de croissance économique de la Chine chute de deux points, l’Europe et les États Unis perdraient respectivement 1,5 et 1 point de leur taux de croissance économique, ce qui mettrait à mal l’économie européenne déjà en difficulté et dont le taux de croissance en moyenne ne dépasse guère les 2 à 3% annuellement.

En somme, quand la Chine éternue c’est le monde entier qui prend froid.

C’est dans ce cadre que cette nouvelle initiative à été lancée pour renforcer le rôle planétaire de l’économie chinoise qui devient la ceinture de sécurité («one Belt») avec un rôle de balisage de l’économie mondiale, désignée pour la circonstance de «one Road».

Appelé à intervenir dans ces assises importantes pour les entreprises chinoises en quête de nouveaux horizons pour l’investissement extérieur, il m’a été demandé de présenter les atouts de la Tunisie, notamment après les événements du 14 janvier 2011, et la consolidation du processus démocratique et politique, après les élections de novembre-décembre 2014.
C’est bien entendu un exercice auquel je me suis habitué depuis près de 10 ans dans ce pays ami de la Tunisie, où j’étais en poste comme ambassadeur. Et auquel je me suis également adonné lors d’un autre colloque international, tenu quelques jours auparavant, à Dalian, une très belle ville du nord de la Chine, dans le cadre du Forum de Davos Chine, que Klaus Schwab, président exécutif du Forum, et mon ami Victor Chu ont pris l’habitude d’organiser annuellement depuis 2006. Lors de ce colloque, précisément, la Tunisie a été plébiscitée comme le pays le plus stable de la région et celui qui a passé honorablement son examen de passage vers la démocratie et la bonne gouvernance.

Ce plébiscite, qui a précédé mon arrivée à Pékin de quelques jours, a encouragé mes amis chinois au sein du ministère du Commerce et du Parti communiste chinois à me donner la parole pour parler des opportunités d’investissement en Tunisie.

Sahbi-Basly

Sahbi Basly, au milieu (capture d’écran).

L’impact de cette catastrophe de Sousse

Seulement, entre les deux événements, celui de Dalian et celui de Pékin, il y a eu l’attentat terroriste de Sousse! Je ne saurais décrire dans quelle situation je me suis trouvé. J’avais beau prétendre que ce fléau est mondialisé, que personne ni aucun Etat n’en est à l’abri… En vain. L’attentat de Sousse était à la une de toutes les éditions d’information radiophonique et télévisuelle et dans les réseaux sociaux en Chine. Le départ précipité des touristes le premier jour de l’attentat l’était aussi.

Cela n’était pas possible en Chine, il y a à peine 5 ans. Je me souviens, alors que je quittais ce pays en décembre 2010, et que je suis rentré pour la dernière fois de Chine le 9 janvier 2011, aucune ligne dans la presse ni aucun média en Chine n’a fait état de ce qui se passait en Tunisie, alors que tout un régime était sur le point de s’effondrer pour disparaître quelques jours après.

La Chine, dans ses relations avec tous les pays du monde, s’est toujours gardée de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Etat souverain… Inutile de dire l’impact de cette catastrophe de Sousse sur l’investissement extérieur direct dont notre pays a, plus que jamais, besoin .

Pourtant la Chine est le pays qui peut aider la Tunisie en ces circonstances particulières, mais je ne vois hélas guère de gestes louables envers ce pays ami, qui a toujours considéré la Tunisie, grâce à sa stabilité politique et économique, comme une plateforme pour les pays arabes, africains et européens.

Plus que jamais nous devons consolider nos relations économiques et commerciales avec les pays asiatiques et notamment la Chine et l’Inde, deux pays avec lesquels nous avions toujours entretenu des relations traditionnelles d’amitié et de coopération.

Le centre de gravité du monde en ce 21e siècle se trouve désormais en Asie, tout le monde le sait. Même la Grèce européenne a décidé de faire prévaloir l’intérêt des Grecs avant celui de l’Europe, alors que la Tunisie continue à courtiser ce vieux monde encombré par son histoire et accablé par la crise économique.

Depuis l’avènement du «printemps arabe», qui était fortement encouragé sinon initié par les puissances occidentales, force est de constater que ces puissances ne pouvaient nous offrir que de belles paroles ou bien des satisfécits, parce que nous aurions réussi, semble-t-il, l’examen de passage démocratique…

Cependant, et nous l’avons appris à nos dépens, si la démocratie est une valeur importante pour une nation, elle n’améliore pas, à elle seule, le vécu quotidien du citoyen, ni ne lui permet pas de manger à sa faim.
Seul le travail, la discipline et l’Etat de droit sont les garants d’une prospérité économique et sociale d’un peuple.

On constatera aussi que, depuis 5 longues années, les Tunisiens travaillent moins ou ne travaillent plus, l’exigence de discipline est rejetée comme une forme de dictature et a presque disparu du baromètre social et politique de notre pays. Quant à l’Etat de droit, on continue de le rechercher encore…

*Diplomate.

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