Né en 1923 à Fundao, Eugenio de Andrade, a vécu à Lisbonne, à Coimbra, puis s’est installé jusqu’à la fin de sa vie à Porto où il était inspecteur dans les Services de santé.
Il publie à l’âge de seize ans et sa poésie est saluée par la critique. Auteur prolifique, il touche à tous les thèmes, presque. La critique note qu’il a échappé à l’emprise de Fernando Pessoa comme bon nombre de poètes. Son œuvre cherche de nouveaux rythmes et une originalité esthétique. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des poètes majeurs de langue portugaise. Il meurt en 2005.
Tahar Bekri
J’écoute le silence : en avril
les jours sont
fragiles, impatients et amers,
les pas
légers de tes seize ans
se perdent dans les rues, reviennent
avec des traces de soleil et de pluie
dans tes souliers,
envahissent mon domaine de sables
effacés,
et tout commence à être oiseau
ou lèvres, et veut voler.
Une rumeur croît lentement,
oh, lentement
ne cesse de croître,
une rumeur de paupières
ou pétales
monte de terrasse en terrasse,
découvre un jour
de cendres avec vertiges de baisers.
Une seule rumeur de sang
Jeune ;
seize lunes
hautes, sauvages, innocentes et joyeuses,
férocement attendries :
seize poulains blancs
dans la colline sur les eaux.
.
Comme un fleuve monte, monte une rumeur,
je veux dire
ainsi croît un corps
ainsi des pruniers sauvages
du jardin,
ainsi les mains,
si pleines de joie,
oh si pleines d’abandon !:
Une rumeur de semence,
de cheveux
ou d’herbes fraîchement coupées,
une irréelle aurore de coqs
grandit avec toi,
dans ma nuit de quatre murs,
sur le seuil de ma bouche
où tu t’attardes pour me dire adieu.
J’écoute une rumeur ; le silence.
(Traduit du portugais par Isabel Meyrelles)
‘‘Osinato rigore’’, Isabel Meyrelles, Anthologie de la poésie portugaise (du XIIe au XXe siècle)’’, Gallimard, 1971.



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