Un groupe d’hommes divorcés et de pères a manifesté, le 15 janvier 2026, devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), au Bardo, pour exiger une révision de la législation tunisienne sur la pension alimentaire, un sujet qui est revenu au premier plan du débat public et parlementaire en Tunisie ces derniers mois, dans un contexte socioéconomique difficile où le nombre de divorces prononcés par les tribunaux explose : entre 14 000 et 16 000 par an, soit environ 40 à 46 par jour, marquant une tendance à la hausse significative au cours des dernières années.
Les manifestants ont dénoncé un système qu’ils jugent déséquilibré et ont affirmé vouloir «faire entendre la voix des personnes marginalisées» dans un conflit qui affecte directement la vie familiale
Lors du sit-in, les participants ont réitéré deux revendications principales : une forme de garde partagée qui reconnaît une responsabilité parentale plus équilibrée, et la fin des peines de prison comme sanction automatique pour non-paiement de la pension alimentaire.
Selon les manifestants, la détention «punit la précarité» sans apporter de solution durable au problème de la pension alimentaire, en particulier dans un contexte économique marqué par les difficultés d’emploi et l’instabilité des revenus.
En Tunisie, la pension alimentaire pour enfants est régie par le Code du statut personnel (CSP) et vise principalement à assurer l’entretien des enfants, notamment, conformément à la définition légale, les dépenses telles que l’alimentation, l’habillement, le logement et l’éducation.
La compétence procédurale relève du tribunal cantonal du domicile du créancier ou du débiteur, tandis que le juge aux affaires familiales peut ordonner des mesures provisoires lors d’une procédure de divorce.
L’une des questions les plus controversées demeure le caractère répressif du non-paiement : l’article 53 bis du CSP prévoit des sanctions pénales, notamment une peine d’emprisonnement de trois mois à un an et une amende, en cas de non-paiement délibéré.
En parallèle, le Fonds de garantie des pensions alimentaires et des rentes de divorce, créé en 1993, intervient pour protéger les femmes divorcées et leurs enfants lorsque les décisions de justice ne sont pas exécutées, en se procurant ensuite le droit de recouvrer les sommes dues auprès du débiteur.
Cette mobilisation s’inscrit dans un débat plus large qui se dessine déjà au Parlement, avec des propositions et des positions favorables à une réforme explorant des alternatives à la détention, notamment la possibilité d’amnisties ou de régularisations pour les dettes liées aux pensions alimentaires.
À ce jour, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des autorités ou du Parlement, tandis que les organisateurs affirment vouloir poursuivre la mobilisation afin d’ouvrir un dialogue institutionnel sur la réforme.
I. B.



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