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Le nettoyage ethnique bat son plein en Cisjordanie

Le nettoyage ethnique bat son plein en Cisjordanie

Alors que les foyers de tension, les conflits armés et les crises ne se comptent plus dans le monde et pendant que les yeux sont rivés sur le Groenland que Donald Trump veut annexer et sur l’Iran sur laquelle il maintient une pression maximale, le gouvernement israélien qui fait subir aux Gazaouis l’enfer est simultanément en train de laisser les colons déchaînés se livrer au nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie. (Photo : Des Colons armés israéliens chassent des Palestiniens de leurs leurs maisons à Ras Ein al-Auja, Cisjordanie.)

Imed Bahri

Le journal israélien Haaretz a publié une enquête documentant l’accélération sans précédent de la colonisation et du déplacement forcé dont sont victimes les Palestiniens de Cisjordanie.

Cette enquête est le fruit d’une visite de terrain organisée par l’organisation israélienne de défense des droits humains Peace Now (La Paix Maintenant) pour un groupe de journalistes de Haaretz. L’objectif était de les informer sur la situation dans des zones de Cisjordanie souvent négligées par les médias.

Le journaliste Moshe Gilad présente des témoignages directs de la Cisjordanie occupée révélant une réalité faite de déplacements forcés de Palestiniens, de l’expansion des colonies israéliennes et ce que les organisations israéliennes opposées à l’occupation qualifient d’annexion de facto de terres sans déclaration officielle.

Une interminable Nakba

L’enquête s’ouvre sur une scène humanitaire déchirante dans la région de Ras Ein al-Auja, au nord d’Ariha (Jéricho), où des familles palestiniennes démantelaient leurs maisons et emportaient leurs maigres possessions en prévision de leur départ, une scène que Gilad a comparée à la Nakba de 1948.

Les images de sa visite sur place dépeignent une réalité amère. Des familles palestiniennes sont contraintes de rassembler leurs maigres biens et de partir vers un avenir incertain, sous la menace constante des attaques quotidiennes des colons.

«La scène à notre arrivée était horrible. Des gens rassemblaient leurs quelques affaires et partaient ailleurs. Des hommes peinaient à charger un grand four lourd et deux autres démontaient des murs blancs apparemment destinés à la construction d’une maison dans un lieu inconnu», a décrit le journaliste, ajoutant que ce qu’il avait vu lui avait donné des frissons.

Si Gilad reconnaît que le déplacement est toujours douloureux, il décrit l’atmosphère à Ras Ein al-Auja comme empreinte de désespoir car personne ne savait avec certitude où aller. «Peut-être dans la zone (A) en Cisjordanie», ont dit certains.

L’enquête indique que les déplacements de population ne sont pas seulement le fait de l’armée mais aussi d’une stratégie d’étranglement économique et d’intimidation pratiquée par des colons souvent mineurs et des groupes organisés bénéficiant d’une couverture politique officielle.

«Le pire nettoyage ethnique de l’histoire»

Gilad a noté que la seule personne à s’être exprimée auprès des journalistes de Haaretz était le militant israélien Amir Pansky qui a décrit la situation dans la zone C comme «le pire nettoyage ethnique de l’histoire», filmé en direct. Des crimes sont commis contre des bergers appauvris et privés de ressources essentielles comme les pâturages et l’eau.

Pansky a révélé la présence de centaines de colons dans la zone qui agissent comme une armée. Il a ajouté que tout est planifié et organisé sans aucune improvisation, soulignant que des actes de violence quotidiens et des attaques documentées restent impunis.

Plus tôt ce mois-ci, des informations ont indiqué que plus de 20 familles palestiniennes du village bédouin de Ras Ein al-Auja, dans le centre de la Cisjordanie occupée, ont été contraintes de partir en raison des attaques continues des colons.

Des organisations de défense des droits humains ont signalé que 26 familles ont quitté le village qui abritait depuis des décennies environ 700 personnes issues de plus de 100 familles.

Elles ont expliqué que les familles contraintes de partir jeudi dernier se sont dispersées dans la région à la recherche de refuges plus sûrs, tandis que plusieurs autres familles se préparaient pour quitter le village dimanche.

Les «routes de l’apartheid»

Parallèlement, un mouvement de colonisation s’intensifie, qualifié par les observateurs du mouvement Peace Now d’annexion renforcée. Ces trois dernières années, la Cisjordanie a vu la création d’une centaine de nouvelles fermes de colons dont l’objectif n’est pas tant d’accroître le nombre de colons que de s’accaparer des milliers de dounams (unité de mesure de surface agraire couramment utilisée au Moyen-Orient, équivalant à 1 000 mètres carrés, soit 0,1 hectare) de terre.

Cette prédation, selon Haaretz, s’accompagne de budgets colossaux consacrés à la construction d’un réseau routier distinct, désormais appelé «routes de l’apartheid», destiné à relier les colonies et à faciliter les déplacements des Israéliens, tout en isolant complètement les communautés palestiniennes et en restreignant leurs mouvements derrière des grilles et de longs détours.

Gilad cite deux militants de Peace Now, Hagit Ofran et Yoni Mizrahi, qui affirment avoir du mal à suivre le rythme des changements survenus en Cisjordanie ces derniers mois. Ils confirment que presque chaque semaine, un ou deux nouveaux avant-postes sont établis.

D’après Ofran et Mizrahi, ces trois dernières années ont été marquées par une accélération des expulsions de résidents palestiniens, la construction de centaines de kilomètres de routes et un afflux massif de fonds dans les colonies.

Les données présentées dans l’enquête révèlent l’ampleur de l’expansion des colonies. On compte aujourd’hui 147 colonies et 191 avant-postes non autorisés, abritant quelque 478 000 colons qui cherchent à imposer leur souveraineté sur 2,8 millions de Palestiniens.

Sous le gouvernement actuel, et notamment sous l’impulsion du ministre des Finances Bezalel Smotrich, la construction de 40 000 nouveaux logements a été approuvée rendant plus que jamais impossible la concrétisation de la solution à deux États.

Fin 2018, Smotrich a annoncé l’allocation de plus de 1,1 milliard de shekels (375 millions de dollars) à un nouveau plan de colonisation visant à consolider les colonies existantes ou à en créer de nouvelles. Ce budget comprend 660 millions de shekels (296 millions de dollars) pour la création de 17 nouvelles colonies et 338 millions de shekels (106 millions de dollars) pour le développement de 36 avant-postes agricoles et de colonies.

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