Le sociologue Sofiane Bouhdiba, professeur de Démographie à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, auteur de nombreuses études sur la population et la mortalité, vient de publier un ouvrage sur un sujet assez original et inattendu ‘‘La mort vient du ciel. La mortalité des accidents aériens’’.
Aujourd’hui, l’avion est considéré comme l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde, grâce aux avancées technologiques, aux protocoles de sécurité très stricts et aux réglementations rigoureuses imposées par les autorités aéronautiques de l’ensemble des pays, sous l’égide d’organisations internationales telles que l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci).
Statistiquement, un voyageur devrait attendre 6 500 années pour finir par être victime d’un accident d’avion commercial. Pourtant, les crashs aériens frappent l’opinion publique, non pas tant par leur fréquence, qui est négligeable, mais par le fait que les pertes humaines sont massives et sont à chaque fois surmédiatisées, éclipsant des évènements bien plus tragiques, tels que des famines, des guerres, des épidémies…
C’est à la suite d’un grave incident aérien, au cours duquel son vol pour l’Afrique du Sud a évité un crash de justesse, que l’auteur a décidé de rédiger ce livre. Il nous rappelle que paradoxalement, la mort de quelques dizaines de passagers émeut davantage que le génocide de dizaines de milliers d’innocents. C’est peut-être aussi parce que nous avons tous pris l’avion au moins une fois dans notre vie, et nous avons donc bien plus de facilité à nous identifier avec la victime d’un crash, qu’avec un paysan mort de faim à l’autre bout de la terre.
Par ailleurs, chaque catastrophe aérienne soulève irrémédiablement des questions, sur la fiabilité des appareils d’abord. L’auteur démontre dans son ouvrage qu’il est toujours dangereux de monter trop haut, la tour de Babel nous le rappelle constamment. Le crash d’un avion est finalement le prix payé pour avoir défié la pesanteur, ce qui nous ramène à la tragédie d’Icare. Chaque passager, chaque hôtesse de l’air, chaque pilote, ne sont finalement que des Icare, des Dédale potentiels.
Les compétences des équipages, la maintenance technique, la qualité de l’infrastructure aéroportuaire, soulèvent également des questions souvent sans réponses, et qui débouchent systématiquement sur la recherche d’un coupable : le pilote, la compagnie aérienne, la tour de contrôle, le flamant rose qui a eu la malchance de survoler le tarmac au mauvais moment.
De fait, les causes des crashs aériens sont nombreuses : facteurs humains, techniques, environnementaux, organisationnels, parfois géopolitiques. Pour y faire face, les réponses sont de plus en plus complexes, faisant massivement appel aux nouvelles technologies, et tentent de s’adapter à un environnement de plus en plus imprévisible.



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