La Tunisie face au casse-tête de l’immigration subsaharienne

Alors que des voix s’élèvent sur les réseaux sociaux pour dénoncer la mauvaise gestion des flux d’immigration subsaharienne qui prend des proportions inquiétantes en Tunisie, où certaines zones sont devenues quasiment inaccessibles aux autochtones, les autorités annoncent une accélération des vols de retour volontaires pour les migrants en situation irrégulière en provenance d’Afrique subsaharienne.

Un point de rassemblement central a été mis en place dans un camp d’accueil à El Amra, dans le gouvernorat de Sfax, l’une des zones devenues l’épicentre de la pression migratoire vers la route de la Méditerranée centrale ces dernières années.

C4est ce que rapporte l’agence de presse publique Tap, ajoutant que le dispositif, mis en œuvre par les autorités, vise à rassembler, assister et enregistrer les migrants souhaitant retourner dans leur pays d’origine.

Le camp, situé au milieu des oliveraies d’El Amra et géré avec le concours de la Garde nationale et du Croissant-Rouge tunisien, accueille actuellement environ 400 migrants, tous déjà enregistrés pour un départ. Selon Tap, ils proviennent principalement de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Cameroun, du Mali, du Nigeria, du Burkina Faso, du Sénégal et de Sierra Leone.

Selon des sources locales citées par l’agence, le centre reçoit chaque jour de nouvelles demandes d’enregistrement et a déjà permis à la Tunisie de répondre à plus de 4 000 demandes.

Le recours croissant à ce canal s’explique également par les délais d’attente signalés par certains migrants à Tap : jusqu’à neuf mois, voire un an, pour le programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), contre environ deux semaines pour le système tunisien.

Cette information fait suite à une rencontre à Tunis entre le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, et le chef de mission de l’OIM en Tunisie, Azzouz Samri, au cours de laquelle M. Nafti a appelé à une accélération du rythme des vols de retour volontaires, en garantissant un soutien social, logistique et sanitaire.

Le renforcement des retours volontaires s’inscrit dans une stratégie plus large de Tunis visant à réduire la présence de camps informels dans la région de Sfax, notamment dans les zones d’El Amra et de Jebeniana, où des milliers de migrants subsahariens se sont retrouvés bloqués ces dernières années suite au durcissement des contrôles aux départs vers l’Italie. Selon Tap, le nouveau camp a contribué au démantèlement progressif des camps spontanés dans la région de Sfax, tout en fournissant des services essentiels et des soins de santé.

La question demeure toutefois sensible. Les autorités présentent ces retours comme volontaires et ordonnés, s’inscrivant dans une démarche de lutte contre les réseaux de trafic et de respect de la dignité des migrants.

Les organisations de défense des droits humains et les observateurs indépendants ont maintes fois souligné la précarité des conditions de vie des migrants subsahariens bloqués aux alentours de Sfax et le climat alimenté par les campagnes anti-migrants sur les réseaux sociaux.

Une question mérite aussi d’être posée : sur les milliers de migrants qui sont rapatriés chaque année, en bénéficiant de l’aide au retour, combien reprennent le chemin de la migration vers le nord ? Il n’y a pas d’enquête ni de chiffres sur le sujet…

I. B.   

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