L’Association Les Amis des Oiseaux en Tunisie et le Centre pour les Oiseaux de Proie Menacés (CERM) en Italie entretiennent un partenariat de longue date. C’est donc tout naturellement qu’après la disparition d’une cigogne noire née et équipée d’un émetteur en Italie, le président du CERM, Guido Ceccolini, a contacté son interlocutrice au sein de notre association, Claudia Feltrup-Azafzaf, et qu’une équipe de quatre personnes s’est rapidement mise en route pour retrouver l’oiseau.
Mais commençons par le commencement… La Cigogne noire (Ciconia nigra), avec la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), est l’une des deux espèces de cigognes qui se reproduisent en Eurasie. Contrairement à la Cigogne blanche, qui vit principalement à proximité des humains et profite de leurs activités (recherche de nourriture, emplacement de nidification, etc.), la Cigogne noire mène une vie plus discrète dans de vastes zones forestières, et rares sont ceux qui s’enaperçoivent.
Ces deux espèces sont migratrices et traversent l’Afrique du Nord lors de leurs migrations annuelles entre leurs aires de reproduction en Eurasie et leurs quartiers d’hiver en Afrique. Contrairement à la Cigogne blanche, dont la population nicheuse est en croissance en Tunisie, la cigogne noire ne s’y reproduit pas et est considérée comme un oiseau migrateur de passage, bien que des indices de plus en plus nombreux suggèrent que quelques individus hivernent partiellement en Tunisie. De manière générale, les périodes de migration des deux espèces sont décalées dans le temps mais elles utilisent les mêmes routes migratoires : tandis que la Cigogne blanche migre généralement en grands groupes, la Cigogne noire apparaît solitaire ou en petits groupes de 2 à 4 individus.
La Cigogne noire disparue en Tunisie fin mai 2026 est née dans le Parco Regionale Gallipoli Cognato Piccole Dolomiti Lucane, en Basilicate (Italie du Sud) en 2025. Elle a été appelée « Cipriana » et équipée d’une balise GPS. Elle appartient à une petite population de cette espèce d’oiseaux menacée et relativement rare, établie dans le sud de l’Italie depuis 2000.
Cette population est suivie par caméras vidéo depuis plusieurs années, fournissant de précieuses données sur la reproduction et l’élevage des jeunes. En juillet 2025, trois jeunes oiseaux ont été équipés d’émetteurs afin d’étudier le comportement et les routes migratoires exactes de cette population, restant jusqu’alors inconnues. Ce projet a été mené en collaboration par le Parco Regionale Gallipoli Cognato Piccole Dolomiti Lucane, la région Basilicate et l’Institut supérieur pour la protection et la recherche environnementale (ISPRA).
Les données recueillies ont malheureusement mis en lumière les énormes difficultés rencontrées par les jeunes cigognes lors de leur première migration. Deux d’entre elles sont mortes sur le sol italien avant d’atteindre le continent africain. La troisième a été la seule à traverser la Méditerranée avec succès, mais son voyage a été tragiquement interrompu lors de sa migration de retour en mai 2026. Afin de déterminer la cause du décès de « Cipriana », le Conseil régional de l’environnement de Basilicate a sollicité l’aide du CERM pour localiser l’oiseau. Cette aide a été apportée par notre association, qui a déjà acquis une solide réputation grâce à des années de collaboration sur le terrain dans le cadre du projet CERM Capovaccaio.
Le 1er juin, grâce aux données de déplacement fournies par nos collègues italiens et aux précieuses informations reçues de la population locale, notre équipe a pu localiser les restes de la jeune cigogne noire et récupérer son émetteur. Les restes de l’oiseau ont été découverts près d’une ligne à haute tension. Les dernières données de déplacement et les observations de la population locale suggèrent que « Cipriana » est entrée en collision avec une ligne électrique à haute tension près du poste de transformation d’Oueslatia et que sa carcasse a ensuite été emportée par des prédateurs ou des charognards.
Cet incident souligne le danger que représentent les infrastructures électriques pour les grands oiseaux migrateurs. Il est donc crucial de planifier soigneusement le tracé de ces lignes et de minimiser les risques de collision, notamment en rendant les câbles plus visibles pour les oiseaux. Des solutions existent, et les données recueillies grâce à cette jeune cigogne noire devraient contribuer à une mise en œuvre plus efficace afin de prévenir de nouvelles pertes d’oiseaux menacés.
Nous remercions Guido Ceccolini et le CERM pour la confiance, Claudia Feltrup-Azafzaf pour la coordination, ainsi que Hichem Azafzaf, Anis Ben Brahim et Hedi Aissa pour la participation aux recherches.
Communiqué
Ph. Nid avec jeunes cigogneaux noirs nés en 2025, parmi lesquels « Cipriana » décédée en Tunisie en mai 2026.
Photo: Parco Regionale Gallipoli Cognato Piccole Dolomiti Lucane



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