L’attaque militaire israélo-américaine contre l’Iran, qui entre dans son troisième jour ce lundi 2 mars 2026, a ouvert une boîte de Pandore qu’il va être difficile de fermer avec un élargissement du champ de bataille à toute la région du Moyen-Orient et même au-delà, ce qui fait craindre de graves débordements et des conséquences géopolitiques et économiques graves. Car l’inquiétude gagne désormais des Etats censés être situés loin du champ de bataille, notamment la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie, où les ondes de choc se font sentir et les inquiétudes grossissent.
Au troisième jour de l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran, l’armée israélienne continue de mener lundi des frappes «à grande échelle» sur Téhéran et vise également le Hezbollah, qui a pour la première fois dans le conflit attaqué Israël depuis le Liban.
Des attaques de missiles ont frappé des immeubles résidentiels dans l’ouest de l’Iran lundi, ont rapporté les médias locaux.
«La ville de Sanandaj a été la cible de tirs de missiles ennemis et plusieurs immeubles résidentiels proches du commissariat de Sanandaj ont été détruits», a rapporté l’agence de presse Fars. L’agence de presse Tasnim a publié une dépêche similaire, sans mentionner de bilan.
Des explosions ont aussi été entendues à Jérusalem, ainsi que dans la région de Tel-Aviv, dans le centre d’Israël, où les sirènes ont retenti après l’annonce par l’armée de tirs de missiles iraniens.
«Il y a peu de temps, les forces armées israéliennes ont identifié des missiles lancés depuis l’Iran vers le territoire de l’État d’Israël», a indiqué l’armée, ajoutant que la défense antiaérienne avait été activée pour les intercepter, et appelant la population à gagner les abris.
L’armée israélienne a averti lundi qu’elle comptait «intensifier» ses frappes au Liban visant le Hezbollah en représailles de tirs de roquettes du mouvement chiite vers son territoire.
«Les frappes se poursuivent et leur intensité va augmenter», a écrit le général Rafi Milo, chef du commandement nord, dans un communiqué de l’armée sur Telegram, assurant que le mouvement allait «payer le prix fort» pour son soutien à Téhéran.
«Nous avons lancé une offensive contre le Hezbollah», a expliqué le chef d’état-major israélien, le général de division Eyal Zamir. Le mouvement chiite libanais avait lancé des roquettes contre Israël dimanche, entraînant donc une riposte militaire de Tsahal.
Les frappes israéliennes ont fait plus de 30 morts et près de 150 blessés au Liban, a rapporté lundi le ministère libanais de la Santé, au moment où l’armée israélienne menace d’intensifier ses raids contre le Hezbollah après des tirs.
Par ailleurs, de fortes explosions ont été entendues à Doha (Qatar), à Dubaï (Émirats arabes unis) et à Manama (Bahreïn). Des journalistes de l’AFP ont indiqué avoir entendu plusieurs fortes détonations dans les capitales qatarie et bahreïnie, ainsi que dans la ville la plus peuplée des Émirats arabes unis.
Bahreïn a annoncé lundi qu’une personne avait été tuée dans les frappes iraniennes, la première dans le pays, portant à cinq le nombre de morts dans les États du Golfe depuis samedi.
«Un incendie s’est déclaré à bord d’un navire étranger dans la ville industrielle de Salman, à la suite de la chute de débris provenant d’un missile intercepté. L’incendie a causé la mort d’un travailleur asiatique et de graves blessures à deux autres», a indiqué le ministère de l’Intérieur en ajoutant que le feu avait été «maîtrisé et éteint».
Une épaisse fumée noire s’élève lundi de l’ambassade des États-Unis au Koweït, a rapporté un journaliste de l’AFP dans l’émirat du Golfe.
Des sirènes avaient retenti plus tôt dans la capitale koweïtienne tandis que les autorités ont dit avoir intercepté un nombre indéterminé de drones visant le pays.
«Ne venez pas à l’ambassade», a invité l’ambassade américaine dans un communiqué, faisant état d’une «menace persistante d’attaques de missiles et de drones» et précisant que le personnel de l’ambassade était «confiné sur place».
Le Koweït a déclaré que sa défense aérienne avait intercepté lundi un nombre indéterminé de drones visant le pays, mais qu’aucun blessé n’était à déplorer, selon l’agence de presse officielle de cet émirat du Golfe riche en pétrole.
Selon le directeur général de la défense civile au ministère koweïtien de l’Intérieur, Mohammed Almansouri, cité par l’agence Kuna, la défense aérienne koweïtienne a intercepté «un certain nombre de cibles aériennes hostiles à l’aube aujourd’hui».
«Il a également affirmé que la situation dans le pays était stable et qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter», a ajouté l’agence. Au moins une personne a été tuée et 32 autres blessées au Koweït, toutes de nationalité étrangère, depuis le début des frappes de représailles iraniennes, a déclaré dimanche le ministère de la Santé.
Au moins deux drones ont été abattus tôt lundi près d’une base à l’aéroport d’Erbil en Irak, a constaté un photographe de l’AFP.
Depuis le lancement des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, des drones ont été interceptés à plusieurs reprises au-dessus d’Erbil, qui abrite un consulat américain et des troupes américaines.
Le groupe armé pro-iranien Kataeb Hezbollah, pris pour cible à plusieurs reprises depuis le début de la campagne israélo-américaine contre l’Iran, a annoncé lundi que de nouvelles frappes avaient touché une base militaire où il est présent en Irak.
«Trois frappes ont touché Jurf al-Nasr», a déclaré à l’AFP une source du Kataeb Hezbollah, faisant référence à une base militaire qui sert de bastion principal au groupe armé.
L’Iran a préparé l’après Khamenei
L’ayatollah Ali Khamenei a été tué samedi par les bombardements israéliens et américains en Iran, ainsi qu’un certain nombre de responsables. Est-ce que cela suffira à renverser la République islamique et provoquer un changement de régime ? «Non, pas du tout», estime le Général (2S) Dominique Trinquand, expert en relations internationales. «Les Iraniens avaient prévenu qu’ils avaient préparé la suite. Il y a un triumvirat qui s’est mis en place. Il y a à chaque fois un second ou un troisième ou un quatrième qui prend place», explique-t-il ce lundi matin au micro de France 2. «D’où l’importance d’avoir des frappes importantes pendant longtemps pour arriver à détruire progressivement toute cette hiérarchie.»
Israël et les États-Unis espèrent désormais que le peuple iranien saisisse cette occasion pour renverser les mollahs de l’intérieur. Mais là encore, «c’est un peu une incertitude», rappelle Dominique Trinquand. «Quarante jours après les massacres du mois de janvier, on disait que personne n’allait sortir dans la rue. Pas du tout ! Des manifestations ont continué. J’ai vu des images de villes iraniennes où des jeunes arrachaient les portraits du guide suprême. Il y a un peu d’espoir derrière cela. Mais on le saura d’ici 15 jours à peu près», poursuit l’ancien chef de la mission militaire française auprès de l’Onu.
Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, a rejeté lundi toute négociation avec les États-Unis, dont il a accusé le président Donald Trump d’avoir semé «le chaos» au Moyen-Orient avec l’offensive lancée avec Israël.
«Nous ne négocierons pas avec les États-Unis», a déclaré M. Larijani sur X. «Trump a plongé la région dans le chaos avec ses ’rêves illusoires’ et s’inquiète désormais de nouvelles pertes parmi les forces américaines», a-t-il ajouté.
I. B. (avec agences).



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