La guerre américaine actuelle contre l’Iran décidée sans consultation du Congrès, à l’instigation de Netanyahu, réalise d’autres objectifs que ceux proclamés par ses auteurs, en particulier l’interdiction de tout approvisionnement chinois en pétrole dans le Golfe hors de tout contrôle américain, ainsi que le renforcement de la supériorité militaire d’Israël sur les pays de la région, à même de lui permettre d’annexer sans opposition notable les territoires arabes de l’Euphrate au Nil ainsi que le dit la Bible, selon ses seuls intérêts et besoins, en s’assurant les conditions économiques adéquates à son développement au détriment des peuples de la région.
Dr Mounir Hanablia *
Les férus de la seconde guerre mondiale se souviendront du célèbre passage du discours du Président Roosevelt, qualifiant le 7 décembre 1941, date de l’attaque japonaise contre Pearl Harbour, de «jour d’infamie».
En effet des discussions avaient lieu entre des représentants des deux nations au moment où l’attaque s’était produite. Les Iraniens et les Américains s’étaient séparés à l’issue de discussions difficiles sans conclure, et pourtant ces derniers n’ont pas hésité à déclencher les hostilités, en arguant d’une «fenêtre d’opportunité».
Il y a des normes dans les relations internationales que l’on pensait définitivement établies. Depuis la paix de Westphalie de 1648, les rapports entre États obéissent à certaines règles dans le but d’éviter les conflits armés, et lorsqu’ils sont inévitables, d’atténuer les horreurs semblables à celles dont la Guerre de Trente Ans a été le théâtre.
Le droit international ignoré par les puissants
Ainsi un protocole a été établi visant à épargner l’intégrité physique des rois, afin que les réalités issues des conflits armés qui sont l’exception se traduisent par des accords perpétuant la paix. Ce ne fut pas là une nouveauté.
Si on en revient aux guerres féodales en Europe, les seigneurs et les rois, faits prisonniers, étaient épargnés puis libérés contre rançons conséquentes.
Or depuis le génocide de Gaza perpétré par l’armée israélienne utilisant les armes américaines les plus sophistiquées, ces normes que l’on qualifie depuis la création de l’Onu de droit international sont ignorées non par les instances chargées de les établir et de les contrôler, mais par les belligérants les plus puissants.
Il y a eu l’enlèvement du président vénézuélien en exercice par l’armée américaine agissant sous les ordres du président Trump.
On se souvient qu’en juin dernier à l’issue de la guerre des 12 jours menée par Israël contre l’Iran, l’armée américaine avait effectué un bombardement massif sur les installations nucléaires de Ferdaous et Natanz alors que des discussions se poursuivaient pour obtenir l’abandon du programme iranien d’enrichissement de l’uranium.
Il y a trois jours une opération militaire américaine de grande envergure a débuté par l’assassinat des plus hauts dirigeants iraniens, et particulièrement Ali Khameneï, l’autorité ultime de l’Etat dans son pays, dans un bombardement massif de son domicile où pas moins de trente bombes de grande puissance ont été utilisées. Qu’ils aient été qualifiés de «clique de voyous» par le commanditaire de leur exécution importe peu.
Un vengeur tombé de la Bible
Le fait notable est la mort de l’ancien président Ahmadinejad dans les mêmes circonstances à son domicile dans un bombardement. Il était devenu la bête noire des sionistes lorsqu’il avait appelé à la destruction de l’État d’Israël.
Ainsi et dans une guerre du XXIe siècle menée grâce à la collaboration d’Amazon, Google, Elon Musk et l’intelligence artificielle, Netanyahu s’adjugeait-il l’aura d’un vengeur tombé de la Bible. Or le droit divin ne s’accorde que peu avec les conventions de Genève protégeant les populations civiles contre les méfaits de la guerre, en particulier lorsqu’il s’agit d’usurpation de territoire et de nettoyage ethnique. Et on peut donc comprendre l’insistance du Président Trump à créer ce fameux Conseil de la Paix réservé aux milliardaires, et à liquider les instances internationales issues de l’Onu qui ont inculpé son sbire et mentor de génocide.
Dans ces conditions il paraît douteux qu’il y eût eu préalablement à cela une quelconque volonté de résoudre pacifiquement le conflit.
Il faut en effet noter que les discussions engagées pour obtenir la dénucléarisation de l’Iran avaient abouti à des concessions substantielles par ce pays. Elles auraient donc pu se poursuivre pour en obtenir davantage. Mais selon de nombreux commentateurs, la guerre avait déjà été décidée depuis le 29 janvier dernier, date de la visite effectuée par Netanyahu à Mar-a-Lago, lieu de résidence de Donald Trump.
Il faut donc convenir que tout cela n’avait été qu’une mise en scène destinée à permettre à l’armée américaine de parfaire ses préparatifs. Une fois achevés, la mise en branle de la machine de guerre devenait inévitable.
Il est inutile de rappeler toutes les péripéties qui ont jalonné le cours des relations irano-américaines, en 1953 avec le renversement de Mossadegh, ou depuis 1979, date de la révolution islamique, la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, la mort des 250 marines dans une attaque suicide à Beyrouth en 1983, en passant par le soutien américain apporté à Saddam Hussein pour envahir l’Iran durant une guerre de huit ans.
Néanmoins, lorsque ses ambitions nucléaires eurent été avérées, ce pays a été soumis à un embargo international visant à asphyxier son économie.
De fausses négociations pour préparer une vraie agression
Le Plan d’action global commun établi sur un programme nucléaire contrôlé par les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique en 2015 et avalisé par le président Obama, dont on pensait qu’il marquerait la fin du contentieux, a été dénoncé par son successeur Trump immédiatement après son élection, à l’instigation du premier ministre israélien Netanyahu. L’embargo contre l’Iran a donc été renforcé. Jusqu’à ce que l’annonce par Netanyahu du projet de normalisation politique avec l’Arabie Saoudite et du programme de corridor économique depuis les rives de l’Océan Indien jusqu’à Israël, à travers la péninsule arabique, les Emirats arabes unis et la Jordanie, constitue le facteur décisif à l’origine du 7 octobre 2023, et de l’irruption du Hamas, du Hezbollah, et des Houthis du Yémen, sur le théâtre des opérations.
Le programme envisagé ferait d’Israël la plaque tournante économique et financière du Moyen Orient au même titre que Singapour en Asie, tout en marginalisant le Canal de Suez et le détroit d’Ormuz, une perspective que nul régime politique en Iran ne peut accepter, pour ne pas dire l’un quelconque déjà soumis à un embargo sévère et ayant d’autant plus de raisons de miser sur l’énergie nucléaire.
On n’en finira pas de sitôt avec la question iranienne
La question iranienne peut donc être momentanément écrasée sous les bombes, mais elle n’en continuera pas moins à l’avenir à se poser avec acuité, même après le départ des mollahs. Il ne faut pas oublier que l’ambition du Shah d’Iran était déjà de doter son pays de la technologie nucléaire et on peut se demander si cela n’avait pas été la véritable raison pour laquelle il avait été délaissé par ses parrains américains.
D’autre part, la question de la légitimité de l’usage de la violence par les grandes puissances, en dehors des lois internationales, reste posée. Le gouvernement israélien renvoie l’origine de la guerre au 7 octobre et à la pluie de missiles qui s’est abattue sur son territoire depuis Gaza, le Sud Liban, et le Yémen.
En réalité, sa gestion génocidaire de la guerre à Gaza n’a eu dès le départ qu’un but, créer les conditions politiques et militaires adéquates nécessitant l’intervention américaine pour frapper l’Iran et abattre son régime. Or, des raisons propres, l’Amérique en avait: l’’interdiction aux Chinois de l’accès au pétrole iranien; le rétablissement de son prestige, terni par son incapacité à assurer la liberté de navigation à l’entrée de la mer Rouge, sérieusement entravée par les Houthis; le solde définitif des comptes avec ceux jugés responsables de la prise d’otage de l’ambassade en 1979, des enlèvements et des attentats de Beyrouth dans les années 80 qui constituaient pourtant des réponses à l’invasion israélienne du Liban et à la destruction de Beyrouth en 1982.
De tout ceci on peut conclure plusieurs choses. La guerre américaine actuelle décidée sans consultation du Congrès, à l’instigation de Netanyahu, réalise d’autres objectifs que ceux proclamés par ses auteurs, en particulier l’interdiction de tout approvisionnement chinois en pétrole dans le Golfe hors de tout contrôle américain, ainsi que le renforcement de la supériorité militaire d’Israël sur les pays de la région, à même de lui permettre d’annexer sans opposition notable les territoires arabes de l’Euphrate au Nil ainsi que le dit la Bible, selon ses seuls intérêts et besoins, en s’assurant les conditions économiques adéquates à son développement au détriment des peuples de la région. Que le colonialisme israélien et l’impérialisme américain aient trouvé là une occasion de plus de réaliser leurs objectifs ne peut être nié.
Cependant, les liquidations bibliques des dirigeants et des présidents risquent de ne pas s’avérer suffisantes au Moyen-Orient ou ailleurs pour dissuader les peuples de lutter pour recouvrer leurs droits nationaux et s’assurer les moyens de défendre leurs pays contre les agresseurs. Et l’intelligence artificielle est une arme à double tranchant. Si le président américain et le Premier ministre israélien forts d’une supériorité technologique qui ne peut être qu’éphémère, continuent d’assassiner ainsi leurs ennemis, il faut s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ils soient eux-mêmes liquidés. Cela s’était déjà produit à Dallas en novembre 1963. L’Amérique continuera sans doute à mener des guerres d’agression. Mais si les peuples de la terre n’ont plus foi en sa parole, comment pourra-t-elle s’assurer sans s’épuiser les collaborations nécessaires à sa paix et à sa sécurité ?
* Médecin de libre pratique.



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