Le premier jour de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, une école de jeunes filles a été bombardée. Plus de 175 victimes. Des enfants, des adolescentes, des vies brisées avant même d’avoir commencé. Ce drame, à lui seul, dit beaucoup plus que de longs discours : lorsque l’école devient une cible, c’est que les règles censées limiter la guerre ont déjà cessé d’exister. (Photo : L’école primaire de filles à Minab (Iran) bombardée le 28 février 2026 par des frappes aériennes américaines).
Khemaïs Gharbi *

Il fut pourtant un temps où les nations prétendaient soumettre la guerre à des règles. Après les catastrophes du XXᵉ siècle, le monde avait tenté d’ériger un rempart juridique contre la barbarie. Avec la création de l’Organisation des Nations Unies et l’adoption des conventions de Genève, l’humanité avait voulu croire qu’il était possible d’imposer des limites à la violence des États. Même dans la guerre, disait-on, certaines lignes ne devaient jamais être franchies.
Certes, ce système n’a jamais été parfait. Les grandes puissances l’ont souvent contourné, et le droit de veto au Conseil de sécurité a régulièrement paralysé les institutions censées le défendre. Pourtant, malgré ses failles, il existait au moins un langage commun : celui du droit, qui permettait de nommer les crimes, de protéger les civils et de rappeler que la force ne devait pas être l’unique loi des relations internationales.
Un édifice qui vacille
Aujourd’hui, ce fragile édifice semble vaciller. Le véritable vaincu de cette guerre n’est pas seulement l’une des parties engagées sur le terrain : c’est le droit international lui-même. Non pas parce qu’il est violé — il l’a souvent été dans l’histoire — mais parce que sa violation se déroule désormais presque sans conséquence politique. Lorsque les règles sont bafouées sans que les institutions censées les défendre puissent agir, ce ne sont pas seulement des principes abstraits qui s’effondrent : c’est la crédibilité même de l’ordre international.
Tout cela survient à peine quelques mois après le génocide des Palestiniens de Gaza et la destruction barbare de leurs villes, de leurs villages et de leurs camps. Ceux qui s’attendaient à un réveil des consciences découvrent avec stupeur que, pour beaucoup de bien-pensants en Occident, les préoccupations du moment semblent ailleurs : le prix du pétrole, l’état des marchés ou l’organisation des prochaines vacances.
Le Moyen-Orient apparaît ainsi comme un véritable cimetière du droit international. Les principes élaborés au fil de décennies semblent y perdre leur force normative, comme si les tragédies du passé n’avaient rien appris au monde.
La responsabilité morale de cette faillite pèse particulièrement sur les puissances qui s’étaient proclamées gardiennes de cet ordre. La première puissance mondiale, longtemps présentée comme l’architecte et le garant de cet équilibre juridique, donne aujourd’hui le sentiment d’avoir failli à cette mission. Lorsque le défenseur proclamé des règles semble lui-même prêt à les relativiser, le message envoyé au reste du monde est redoutable : pourquoi respecter un droit que ceux qui l’ont façonné paraissent eux-mêmes disposés à contourner ?
La loi de la jungle
Le danger est immense. Si le droit international cesse d’être perçu comme une norme contraignante, il ne restera bientôt qu’un instrument politique, invoqué lorsque cela arrange et oublié lorsque cela gêne. Dans un tel monde, les États les plus puissants imposeront leur volonté, tandis que les plus faibles n’auront d’autre choix que l’alignement ou la résistance désespérée.
Ce serait alors le retour à ce que l’histoire a connu de plus sombre : un système international dominé par la force brute, où la diplomatie ne serait plus qu’un masque posé sur la loi de la jungle.
La question posée par cette guerre dépasse donc de loin le théâtre des combats. Elle engage l’avenir même de l’ordre mondial : le droit international peut-il encore limiter la violence des États, ou n’est-il déjà plus qu’une illusion fragile, survivant dans les discours mais vaincue dans les faits ?
* Ecrivain et traducteur.



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