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L’UGTT doit se prémunir contre la tentation politique

UGTT-Houcine-Abassi

L’UGTT, qui est censée défendre les intérêts des travailleurs, ne doit pas devenir un instrument entre les mains de personnes sectaires pour réaliser leurs ambitions.

Par Salah El-Gharbi

Cette année, la journée du 1er mai a été marquée par le discours du secrétaire de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Tout en célébrant la fête des travailleurs, Houcine Abassi a renouvelé, dans ce laïus de circonstance, l’attachement de la centrale syndicale à continuer à jouer un rôle national en faveur, disait-il, des «couches sociales et des régions défavorisées».

L’UGTT n’est pas «intouchable»

Malgré le ton globalement apaisant du discours, M. Abassi a profité de l’occasion pour s’adresser à tous ceux qui seraient tentés, selon lui, de «porter atteinte à l’organisation de la Place Mohamed Ali», une manière d’intimider les voix qui s’étaient élevées pour dénoncer la dérive de certaines pratiques qui, sous couvert de défendre les intérêts des travailleurs, ne faisaient que servir des ambitions personnelles, engageant ainsi le syndicalisme dans une voie dangereuse pour l’ordre public.

Si l’on devrait se réjouir de voir l’UGTT jouer un rôle actif en contribuant au progrès économique et social du pays, il est aussi de notre devoir, en tant que citoyen, de fustiger toute action arbitraire, illégitime…, menée en son nom.

Il est temps que les dirigeants de cette vieille organisation sachent que le pays connait une mutation démocratique irréversible et que nul n’est à l’abri de la critique surtout quand elle est justifiée. Ainsi, le discours, selon lequel l’UGTT serait «intouchable, une institution supranationale», appartient à un autre temps, ne correspondant en rien à l’idéal démocratique auquel aspirent les Tunisiens.

Des choix tactiques discutables

Cette grande centrale syndicale est, en tant qu’organisation, dirigée par des hommes (uniquement et on ne peut que le relever qu’avec regret, surtout de la part de «démocrates») et ces hommes pourraient à un moment ou à un autre faillir. Et ce n’est pas l’histoire de l’UGTT de ces trente dernières années qui pourrait le démentir. Sous la direction d’Habib Achour, comme sous celle de certains de ses successeurs, la Centrale n’avait-elle pas dérapé en optant pour certains choix tactiques (émeutes violentes de Janvier 78, par exemple)…? Quant à la gestion des deniers des travailleurs, n’en parlons pas…

Quoi qu’on dise, il serait de l’intérêt de l’UGTT qu’il y ait une opinion publique libre et vigilante, une sorte de conscience morale, qui l’empêche de se complaire dans une autosatisfaction qui frise l’arrogance et d’être réduite à un instrument entre les mains de personnes sectaires, refoulés par les scrutins nationaux, et qui chercheraient à faire une OPA sur une grande organisation créée pour défendre les intérêts des travailleurs.

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