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Radwan Masmoudi : Un activiste islamiste au service des Américains

Radwan-Masmoudi

Le récent revirement à 180° de l’activiste islamiste pro-américain Radwan Masmoudi n’est pas fortuit et mérite une explication.

Par Ridha Kéfi

La président du Center for the Study of Islam and Democratie (CSID) ou Centre d’études sur l’islam et la démocratie, qui dispose de deux bureaux, l’un à Washington DC et le second à Tunis, a été reçu, le 28 août, par le président de la république Béji Caïd Essebsi.

Cette rencontre en a surpris plus d’un. Et pour cause : ce lobbyiste proche du parti islamiste Ennahdha et de l’Organisation internationale des Frères musulmans a toujours été, jusque-là, très hostile à Béji Caïd Essebsi et au parti Nidaa Tounes, et il ne l’a d’ailleurs jamais caché. Les Tunisiens se souviennent de ses déclarations au vitriol où il accusait Béji Caïd Essebsi et Nidaa Tounes d’être la cause de tous les maux de la Tunisie.
Souvenons-nous : lors de la dernière présidentielle, il a pris le parti de Moncef Marzouki, qu’il a soutenu jusqu’au bout, n’hésitant pas à outrepasser les limites de l’indépendance intellectuelle, de la pondération voire de la décence que l’on est en droit d’exiger d’un soi-disant universitaire et académicien.

Une grande girouette devant l’Eternel

Qu’est-ce qui est donc passé, entretemps, pour que M. Masmoudi se résigne à forcer ses convictions les plus profondes en allant à la rencontre de son ennemi juré et en louant, au passage, avec une parfaite langue de bois, «ses positions équilibrées et sages» et «sa volonté d’être le président de tous les Tunisiens sans exception aucune».

Quelle mouche a donc piqué M. Masmoudi pour qu’il se mette ainsi à quatre pattes – une position qui semble bien lui convenir – devant son ennemi d’hier, d’aujourd’hui et sans doute de toujours?

L’opportunisme qu’on lui connait pourrait expliquer, en partie, ce changement de position digne d’une grande girouette devant l’Eternel.

La realpolitik aussi, puisque les dernières législatives et présidentielles ont remis les islamistes à leur réelle place sur l’échiquier politique tunisien et apporté la preuve que la Tunisie n’accepterait jamais de céder aux sirènes de l’obscurantisme et d’être gouvernée par des islamistes fussent-ils modérés.

M. Masmoudi, comme la plupart des islamistes tunisiens, a donc accusé le coup et pris note : les Tunisiens sont trop attachés à leur modèle de société ouverte, progressiste et libérale pour accepter de vendre leurs âmes à d’infâmes marchands de religion. D’où donc son revirement à 180 degrés.

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Masmoudi loue la sagesse de Caïd Essebsi, après l’avoir longtemps voué aux gémonies. 

Un coup de barre au centre

Il reste une autre explication : M. Masmoudi, qui s’est fourvoyé dans un soutien aveugle et inconsidéré à un pyromane impulsif et imprévisible, Moncef Marzouki pour ne pas le nommer, n’a pas tardé à être recadré par ses maîtres et… bailleurs de fonds.

D’abord, l’entrée d’Ennahdha, quoique sur la pointe des pieds, dans la coalition gouvernementale et sa coopération étroite avec les autres vainqueurs des dernières législatives (Nidaa Tounes, Union patriotique libre et Afek Tounes), ne lui a pas laissé de marge de manoeuvre. Car s’il continue de suivre M. Marzouki et le Congrès pour la république (CpR), désormais porte-voix des extrémistes de tous bords, dans leurs errements politiques, il risquerait de se retrouver marginalisé au sein de sa propre famille politique : les islamistes d’Ennahdha.

Un revirement spectaculaire et ce coup de barre au centre se sont donc imposés à lui comme une nécessité pour un repositionnement avantageux sur l’échiquier politique national. Et l’on peut affirmer, avec une très faible marge d’erreur, que ce revirement a été dicté à M. Masmoudi par ses maîtres nahdhaouis. Mais pas seulement…

Masmoudi au service des néo-conservateurs américains

Le président du CSID a d’autres maîtres et bailleurs de fonds: les Américains qui ont été, dans une large mesure, et grâce au «pressions amicales» exercées sur les acteurs politiques tunisiens, les principaux instigateurs du rapprochement entre Nidaa Tounes et Ennahdha.

L’ambassadeur Jacob Walles, en poste à Tunis depuis 2012 et qui s’apprête à nous quitter, en sait, lui, quelque chose, pour avoir longtemps chuchoté dans les oreilles de Rached Ghannouchi et de Béji Caïd Essebsi. Et sans doute aussi dans ceux de Radwan Masmoudi, l’«agent double» (qu’il nous pardonne cette expression): l’homme des Etats-Unis en Tunisie et des Nahdhaouis auprès des cercles de décision américains.

Pour comprendre les liens qu’entretient Radwan Masmoudi avec les Etats-Unis, d’un côté, et la mouvance islamiste internationale de l’autre, il convient d’examiner les missions pour lesquelles se destine son Centre d’études sur l’islam et la démocratie (CSID) et les sources de financement de ce think-thank sur lesquelles la Cour des comptes devrait se pencher un jour.

L’idée de promouvoir la démocratie dans le monde arabe et islamique est louable en soi. Elle est, surtout, porteuse… financièrement. Surtout au lendemain des attentats de New-York en 2001, qui a vu les néo-conservateurs aux Etats-Unis agiter l’idée d’un Grand Moyen-Orient démocratique qui naitrait du magma d’un «désordre créateur» (dixit Condoleeza Rice, secrétaire d’Etat sous George W. Bush).

Futé et doué d’un sens aigu des affaires, M. Masmoudi n’a pas tardé à s’engouffrer dans la brèche et il n’a pas eu de mal à «vendre» aux Américains la perspective, du reste très douteuse, d’un monde musulman converti à la démocratie… par les islamistes. Et c’est ainsi que le CSID s’est imposé, en peu de temps, au regard des Américains, comme l’un des instruments de cette mutation. Le fait qu’il soit dirigé par un musulman et un islamiste de surcroît le rendait d’autant plus utile à leurs yeux que leurs interférences flagrantes dans les affaires intérieures des pays souverains ont souvent été dénoncées, car elles contribuaient davantage à déstabiliser ces pays qu’à les faire accéder à la démocratie (voir la situation en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs).

Des financements douteux

Le CSID est financé, comme tout le monde sait et comme M. Masmoudi lui-même ne s’en cache plus, par le National Endowment for Democracy (NED).

La NED est une organisation financée par le gouvernement des Etats-Unis. Elle a été  créée en 1983 pour faire ce que la Central Intelligence Agency (CIA) faisait auparavant, c’est-à-dire fournir des financements et des subventions à certaines organisations de pays cibles, afin d’y défendre les intérêts des Etats-Unis et, si nécessaire, contribuer à y opérer des changements de régimes.

Pour l’ancien président Ronald Reagan et l’ancien directeur de la CIA, William J. Casey, il s’agissait de créer un mécanisme de financement pour soutenir les groupes à l’intérieur des pays étrangers qui se livreraient à des activités de propagande et de nature politique en faveur des intérêts américains, activités que la CIA avait historiquement organisé et payé secrètement. C’est ainsi que le NED a émergé comme une entité financée par le Congrès des Etats-Unis et qui financerait des organisations comme le CSID de M. Masmoudi, sous couvert d’activités académiques ou de formation au leadership, à la citoyenneté et à la démocratie.

On comprend dès lors pourquoi les Etats-Unis financent un think-tank dirigé par un Tunisien comme le CSID, mais ne consent aucune aide pour un autre think-tank, The Maghreb Center, fondé par un autre Tunisien, Nejib Ayachi, et basé également à Washington.

L’explication est simple: le premier est proche des milieux néo-conservateurs et du renseignement américains et défend directement les intérêts des Etats-Unis et leurs politiques dans le monde arabo-musulman, alors que le second est indépendant et se donne une mission purement académique.

Pour conclure cet article, nous avancerons une dernière explication au revirement de M. Masmoudi. Le président du CSID a été fermement recadré par ses bailleurs de fonds américains, car, pour contenter Washington, il ne suffit pas de s’attaquer à Hamma Hammami, l’ex-communiste, anticapitaliste et viscéralement hostile aux Yankees, en colportant à son sujet – de façon grossière indigne d’un soi-disant universitaire – des rumeurs infondées, comme l’a fait récemment M. Masmoudi. Ce dernier devait aussi soutenir l’alliance Nidaa-Ennahdha et la coalition libérale actuellement au pouvoir, considérée, à Washington, comme la meilleure garantie pour ses intérêts en Tunisie et dans la région d’Afrique du Nord.

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