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Pourquoi la délégation du FMI a-t-elle annulé sa visite en Tunisie ?

Rencontre entre Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, et le président Caïd Essebsi, en septembre 2015. 

Le retard mis dans la mise en œuvre des réformes structurelles va priver la Tunisie des prêts et aides convenus avec ses bailleurs de fonds traditionnels.

Par Abderrazek Krimi

Une délégation du Fond monétaire international (FMI) était attendue, fin mars 2017, à Tunis, pour examiner l’état d’avancement des réformes que la Tunisie s’était engagée à mettre en route.

En attendant les réformes

Un accord de crédit de 2,8 milliards de dollars avait été conclu en avril 2016, entre l’institution financière internationale et l’Etat tunisien. Ce montant devait être décaissé, selon les termes de l’accord, sur une durée de 4 ans. Cependant, la deuxième tranche, estimée à 350 millions de dollar, dont le versement était prévu pour le premier trimestre de 2017, a été gelée en raison de la lenteur du processus de mise en route des réformes convenues avec ce bailleur de fonds, qui concernent, notamment, l’allègement de la masse salariale dans la fonction publique et la cession par l’Etat de ses parts dans un certain nombre d’entreprises publiques, notamment les banques publiques.

Malgré les déclarations du gouvernement allant dans ce sens, dont celles faites en février dernier par la ministre des Finances Lamia Zribi ou par le chef du gouvernement Youssef Chahed, le FMI semble vouloir voir des actes concrets succéder aux promesses et aux déclarations d’intentions.

La suspension de la visite de sa délégation du FMI à Tunis est ainsi une manière de rappeler au gouvernement tunisien ses engagements en matière de réformes économiques, seules susceptibles de l’aider à absorber les déficits structurels de ses finances publiques et de lui éviter une faillite annoncée.

Youssef Chahed Christine Lagarde

Poignée de main de Youssef Chahed et Christine Lagarde en janvier 2017, à Davos, en Suisse. 

Des lendemains difficiles

Cette situation peu enviable met le gouvernement Chahed devant un examen sérieux : il aura du mal à tenir les promesses faites aux Tunisiens et à boucler de budget de l’Etat pour l’année 2017. Quant au message d’espoir qu’il leur a lancé dans son discours du 10 mars 2017 devant le parlement, il se trouve brouillé.

La question est, désormais, de savoir jusqu’où Youssef Chahed est en mesure d’aller dans la réalisation des objectifs de l’Accord de Carthage, alors qu’il se trouve coincé entre le marteau des pressions sociales, exercées par certains signataires de cet Accord, notamment l’UGTT, la centrale syndicale, et l’enclume du nécessaire assainissement des finances publiques, qui souffrent de graves déséquilibres que ne cesse de lui rappeler le FMI et les autres bailleurs de fonds, telles que la Banque Mondiale ou l’Union européenne, qui ne manqueront pas d’emboîter le pas au FMI.

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