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‘‘La fuite’’ aux JTC : Une prostituée donne une leçon de vie à un salafiste

Elle est sans doute l’une des meilleures productions tunisiennes de cette année, ‘‘La fuite’’, un huis-clos improbable, poignant et drôle, entre une prostituée et un extrémiste religieux, a charmé le public de la 20e édition des Journées théâtrales de Carthage (JTC 2018).

Par Fawz Ben Ali

Les JCC 2018 ont connu leur épilogue après une semaine riche en découvertes et en émotions avec des rencontres, des hommages et des pièces tunisiennes, africaines, arabes et européennes.

Le soir du samedi 15 décembre 2018, la salle Le Rio a accueilli la pièce tunisienne ‘‘La fuite’’ de Ghazi Zaghbeni dans le cadre de la section parallèle non compétitive consacrée aux théâtres arabe et africain. Elle a été auréolée du Prix du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) pour la liberté d’expression.

Un huis-clos improbable, poignant et drôle

Adaptée d’un texte en langue française de Hassan Mili dans une mise en scène de Ghazi Zaghbani et une distribution signée Nadia Boussetta, Mohamed Houcine Grayaa et Ghazi Zaghbani, ‘‘La fuite’’ est certainement l’une des plus belles œuvres que le public a pu découvrir lors de cette édition.

Une excellente interprétation de Nadia Boussetta. 

Il s’agit de l’histoire improbable d’un jeune salafiste qui fuit la police et qui se trouve coincé dans une maison close et demande refuge auprès d’une prostituée qui décide de le cacher dans sa chambre. Commence alors un huis-clos fascinant entre deux personnages que tout oppose. Nadia Boussetta, qui marque avec ce rôle son grand retour sur les planches, brille de talent et de justesse, défendant corps et âme ce personnage de prostituée souvent relégué au second plan aussi bien le théâtre que dans le cinéma.

Elle est ici le personnage principal, le pivot de l’intrigue et mène du début à la fin le cours des événements. Elle refuse de se laisser faire face à ce barbu qui vient squatter son espace privé, se trouvant dans une position de force non seulement parce que sa liberté dépend d’elle mais aussi et surtout parce qu’elle mène un discours qui ébranle ses certitudes les plus sacrées.

Ghazi Zaghbani et Nadia Boussetta.

En face de nous, un extrémiste en rupture avec l’Etat et le reste de la société, et qui s’avère être un jeune tunisien ordinaire que le chômage et le manque d’horizons ont plongé dans l’extrémisme religieux, lui le jeune diplômé en informatique qui avait tout pour réussir dans la vie.

Le personnage vivace et fort attachant de la fille de joie, entame un jeu psychologique fort intéressant dans la compréhension de l’autre et dans l’avancement du récit, où s’enchaînent les provocations et les questionnements.

Déstabilisé, le salafiste ne tarde pas à se remettre en question pour enfin se réconcilier avec lui-même, avec son corps et avec l’image qu’il se fait de la femme.

Une implacable mise à nu

‘‘La fuite’’ est un texte puissant, des dialogues vifs, des situations totalement absurdes qui regorgent d’humour intelligents et qui donnent à réfléchir sur les contradictions des sociétés arabo-musulmanes, sur le désir, sur le rapport de la religion à la femme et à la sexualité, et sur un tas de sujets traités avec brio dans une mise à nu de deux personnages marginalisés.

La prostituée devient ici un miroir de la société à travers tous ces hommes qui viennent oublier leurs soucis du quotidien en sa compagnie, elle seule capable d’absorber leurs frustrations.

Née il y a un an dans le cadre intimiste de l’espace L’Artisto, ‘‘La fuite’’, qui est l’une des meilleures productions tunisiennes de cette année, continue de faire sensation auprès du public en allant dans des cadres plus importants comme le Festival international de Hammamet ou encore les JTC, toujours face à des spectateurs conquis et charmés, en attendant la réadaptation de cette perle sur le grand écran comme l’avait promis Ghazi Zaghbani.

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