CRLDHT | A travers Boughalleb, c’est la liberté de la presse qui est condamnée

La condamnation du journaliste Mohamed Boughaleb par la chambre criminelle de la Cour d’appel de Tunis à deux ans de prison avec sursis «constitue un acte grave, révélateur de l’état de délabrement avancé de la justice tunisienne et de sa soumission assumée au pouvoir exécutif», estime le Centre pour le respect des libertés et des droits de l’homme (CRLDHT), dans un communiqué publié samedi 3 janvier 2026.

En confirmant, vendredi 2 janvier, le principe même de la condamnation, la Cour d’appel «entérine une logique de criminalisation de la parole journalistique et valide l’usage politique du décret‑loi 54 comme instrument de mise au pas des voix critiques», ajoute l’Ong tunisienne basée à Paris, estimant que «le sursis ne change rien à la nature de la décision : il ne s’agit ni d’un acquittement, ni d’une correction d’une injustice manifeste, mais d’un message de menace permanente adressé à Mohamed Boughalleb et, à travers lui, à l’ensemble des journalistes, intellectuel·les et citoyen·nes qui refusent le silence.»

L’affaire a été déclenchée en avril 2023 par une plainte déposée par une enseignante universitaire, accusant le journaliste de diffamation et de menaces à partir d’une publication sur les réseaux sociaux. Elle a été «instruite sans expertise numérique sérieuse, sans démonstration rigoureuse de l’imputabilité des propos, et au mépris des principes les plus élémentaires du droit pénal et de la liberté d’expression», souligne le CRLDHT dans son communiqué.

En confirmant la condamnation prononcée en première instance, malgré les failles procédurales soulignées, tout en en suspendant l’exécution, la justice maintient le journaliste sous la menace constante d’une incarcération à tout moment.

Rappelons que Mohamed Boughalleb a déjà été condamné en avril 2024 à six mois de prison dans une affaire liée au ministère des Affaires religieuses — peine alourdie à huit mois en appel — et qu’il a intégralement purgé cette condamnation. «Il a passé près de onze mois en détention, dans des conditions éprouvantes, qui ont durablement affecté sa santé physique et psychologique», rappelle le CRLDHT, ajoutant que, «depuis sa mise en liberté conditionnelle, le 20 février 2025, il restait soumis à des mesures restrictives lourdes : interdiction de quitter le territoire, contrôle judiciaire permanent, obligation de comparution.»

Outre Mohamed Boughalleb, plusieurs autres journalistes sont poursuivis en justice dont Chadha Haj Mbarek, Borhen Bsaies, Mourad Zeghidi (en détention) et Sonia Dahmani (en liberté conditionnelle).

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