Depuis les années 1970, les responsables du gouvernement nous bassinent à propos du projet d’aménagement des rives du lac Sijoumi, à la lisière ouest de Tunis, pour en faire un site touristique. A certains moments, on a même parlé d’investisseurs étrangers qui auraient exprimé leur intérêt pour le projet. Un demi-siècle plus tard, on n’a rien vu pousser sur les rives de ce lac intérieur, sauf des bidonvilles et des décharges publiques. Le pire c’est que ces chers responsables gouvernementaux continuent de nous bassiner avec cette histoire à faire dormir debout. Comme si gouverner, en Tunisie, c’est brasser du vent.
Latif Bahri
Ce commentaire nous a été inspiré – qu’on nous pardonne notre irrévérence – par l’annonce qui sera faite, ce mardi 24 février 2026, par le ministère de l’Équipement, aux députés du conseil local de Sijoumi, du projet appelé «Stratégie intégrée pour le développement et l’aménagement des rives du lac de Sijoumi», qui a déjà été présenté à la municipalité de Tunis et aux membres des conseils locaux des circonscriptions municipales qui en relèvent.
Le tapis avant la mosquée
Est-ce à dire que ce projet, toujours reporté jusque-là aux calendes grecques, est cette fois-ci sur le point d’être sorti des cartons pour être concrètement mis en œuvre ? Le gouvernement a-t-il enfin trouvé (et mobilisé) les financements nécessaires pour cette mise en œuvre ?
Nous aimerions bien le croire, sauf que l’expérience nous a appris que ce genre de bulles, si elles nous occupent souvent quelque temps et alimentent nos faux espoirs, finissent toujours par nous renvoyer au fameux proverbe bien de chez nous : «On prépare le tapis, avant la construction de la mosquée».
C’est ce que semble faire le député de Tunis, Hosni Marai, qui, tirant des plans sur la comète, a cru pouvoir demander que l’espace du lac soit transformé en un site touristique et un lieu de détente pour les habitants et les visiteurs. Sacrifiant à une sorte de romantisme de circonstance, M. Marai a également appelé à la création de projets récréatifs, culturels et sportifs dans l’espace de la lagune de Sijoumi.
De son côté, le député du conseil local de Sijoumi, Zied Yahyaoui, a appelé à transformer les programmes, les projets et les promesses concernant la lagune de Sijoumi en réalisations concrètes afin qu’elle passe du statut de problème pour les habitants des quartiers voisins à celui de solution.

Sacrifiant, pour sa part, à une forme d’optimisme militant, M. Yahiaoui a déclaré que la création d’un parc ornithologique, d’espaces sportifs et récréatifs et de parcours de santé ne constituait pas une menace pour la lagune, qui est aujourd’hui une source de préoccupation en raison de la transformation de ses environs en décharges sauvages, selon ses termes.
La «Stratégie intégrée de développement et d’aménagement des rives du lac Sijoumi», en cours de réalisation par un bureau d’études en partenariat avec le ministère de l’Équipement et de l’Habitat, vise à transformer la zone en un espace urbain intégré et moderne qui concilie la préservation du caractère écologique de la zone humide, sa protection et son assainissement des déchets et des résidus de construction, tout en renforçant les liens urbains positifs avec les quartiers voisins, avec la possibilité de créer des espaces verts et des zones de vie durables.
Poumon naturel pour Tunis
Le projet vise également à transformer la lagune de Sijoumi d’un point de pollution en un poumon naturel pour le gouvernorat de Tunis, à l’instar de l’expérience du lac Tunis Nord.
Fin juin dernier, le ministère de l’Équipement avait annoncé qu’une subvention de 3 millions de dinars serait accordée par le Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades) pour la réalisation de ce projet.
L’étude en cours permettra de définir la nature des projets urbains intégrés pouvant être réalisés dans les quartiers adjacents au lac, d’en estimer le coût et de présenter une vision globale de la possibilité de mise en œuvre du projet dans le cadre d’un partenariat entre les secteurs public et privé.
Le projet comprend la création d’installations de traitement des eaux usées et l’augmentation de la capacité d’évacuation des eaux pluviales afin de protéger les zones résidentielles voisines, l’élimination des déversoirs sauvages qui polluent les environs du lac, la création de nouvelles installations hydrauliques pour garantir la propreté des eaux provenant du drainage des eaux pluviales, ainsi que l’aménagement des rives du lac sur une superficie estimée à 700 hectares pour en faire un espace urbain intégré, doté d’espaces verts, de zones de vie durables et d’équipements de loisirs, ce qui permettra un véritable développement pour les habitants des quartiers voisins.
Voilà ce que rapporte Mosaïque FM, se faisant l’écho des déclarations officielles à ce sujet. Mais nous restons, quant à nous, très sceptiques. Car, tel que défini ci-haut, le projet va coûter beaucoup plus que les 3 millions de dinars promis par le Fades (qui risquent d’être en partie dépensés pour financer les études). En outre, les difficultés financières actuelles du pays ne lui permettent pas de rêver de projets aussi délirants.
Mais attendons voir et donnons-nous rendez-vous dans cinq ou dix ans pour voir l’état d’avancement de ce projet, si avancement il y aurait.



Donnez votre avis