La Tunisie s’apprête à proposer aux boulangeries un nouveau pain subventionné plus riche en fibres, destiné à modifier le profil nutritionnel de la baguette traditionnelle sans en augmenter le prix. Une réforme dictée par des considérations économiques et sanitaires.
Cette initiative, annoncée par Yahia Moussa, président par intérim de la Chambre syndicale des boulangers, sur Mosaïque FM, fait suite à la récente publication au Journal officiel tunisien d’une mesure conjointe des ministères de l’Agriculture et du Commerce, relevant le taux d’extraction de la farine panifiable de 78 % à 85 %.
Il ne s’agit pas, en réalité, d’un pain complet au sens strict, mais d’une baguette fabriquée avec de la farine moins raffinée, donc plus riche en son, en fibres et en nutriments que le pain blanc traditionnel.
Le prix de ce nouveau produit devrait rester aligné sur celui du pain traditionnel subventionné, soit environ 190 millimes la baguette.
La réforme vise également à mieux distinguer la farine destinée au pain courant de celle utilisée pour d’autres produits, facilitant ainsi les contrôles et limitant le détournement de la farine subventionnée.
Vers une meilleure santé publique
Elle s’inscrit dans un contexte de santé publique sensible, où le pain demeure un élément central de l’alimentation quotidienne. Un document de l’Institut national de la consommation indiquait déjà une consommation moyenne d’environ 70 kilogrammes de pain par habitant et par an, tandis qu’une étude de l’OMS pour la Méditerranée orientale a révélé qu’en Tunisie, la teneur moyenne en sel du pain dépasse 1 % et que le pain représente à lui seul environ 33,5 % de l’apport total en sel. L’OMS recommande moins de 5 grammes de sel par jour pour les adultes.
La réforme s’inscrit dans ce déséquilibre : une consommation importante de farine raffinée et un excès de sodium. Augmenter le taux d’extraction de la farine permet de rendre la baguette moins «vide» sur le plan nutritionnel, dans un pays où, selon l’OMS, près de 86 % des décès sont liés à des maladies non transmissibles et où les maladies cardiovasculaires représentent à elles seules plus de 30 % de la mortalité totale.
Ce nouveau pain ne représente donc pas qu’une simple modification technique de la filière céréalière, mais un petit pas vers une meilleure santé publique, visant à s’attaquer à l’un des symboles les plus populaires de l’alimentation : la baguette blanche. Peu coûteuse et largement consommée, elle est cependant souvent pauvre en fibres et trop salée.



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