Souveraineté énergétique | Epargne citoyenne pour une Tunisie souveraine

Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que l’approvisionnement extérieur de la Tunisie, qui doit importer plus de la moitié de ses besoins énergétiques, commence à prendre l’allure d’une hypothèque sur sa souveraineté nationale, il est temps pour les Tunisiens de briser les chaînes de leur asservissement en faisant preuve de patriotisme financier. (Photo : Centrale solaire photovoltaïque de Metbasta, Kairouan).

Elyes Kasri *

La Tunisie traverse une heure de vérité. Son indépendance, acquise au prix de sacrifices historiques, fait face aujourd’hui à une menace silencieuse mais implacable : la dépendance énergétique avec ses facettes économique, politique et diplomatique.

Les récents accords avec des investisseurs étrangers soulignent douloureusement l’incapacité de la Tunisie de mobiliser les ressources nécessaires pour assurer sa souveraineté énergétique et la pleine exploitation de son soleil sans avoir à dépendre d’investisseurs étrangers selon des modalités sujettes à polémique, à tort ou à raison.

Alors que le marché mondial des hydrocarbures bascule dans une ère d’incertitudes majeures et que notre approvisionnement extérieur commence à prendre à prendre l’allure d’une hypothèque sur la souveraineté nationale, la Tunisie ne peut plus se permettre d’être la spectatrice passive de son asservissement.

Il est temps de briser les chaînes en mobilisant la ressource la plus précieuse de notre pays : le patriotisme financier des Tunisiens.

L’hypothèque de la dépendance

Aujourd’hui, l’électricité qui éclaire nos foyers et fait tourner nos usines dépend en grande partie d’un gaz que nous ne maîtrisons pas.

Cette vulnérabilité n’est pas seulement un fardeau budgétaire ou un gouffre pour nos réserves de devises ; elle est une érosion de notre dignité, notre souveraineté et notre droit de choisir notre gouvernance et nos partenaires.

Il faut avoir le courage de nommer la réalité : notre dépendance massive nous place dans un tête-à-tête asymétrique et inconfortable avec nos fournisseurs.

L’énergie tend à devenir un levier de «domestication» politique. Dépendre du gaz d’autrui, c’est accepter que notre souveraineté s’arrête là où commence le robinet du voisin.

Un acte de libération nationale

Face à l’essoufflement du financement public et du coût prohibitif des crédits bancaires, il serait judicieux d’envisager la création du Plan d’épargne pour la souveraineté énergétique (Pese).

Contrairement aux outils classiques de placement, le Pese n’est pas une spéculation, c’est une construction. Il propose de transformer l’épargne des citoyens résidents, des entreprises et de notre diaspora (TRE) en un bouclier contre la dépendance.

L’idée est simple : substituer le gaz importé par le soleil tunisien. Chaque dinar investi dans le Pese est un millimètre de liberté regagné. Chaque panneau solaire installé sur notre sol est un maillon brisé de la chaîne de notre subordination.

Transformer l’épargne en bouclier

Le Pese répond à l’épuisement des capacités de financement de l’État et des entreprises :

– Défense du Dinar : en produisant notre énergie, nous cessons de brûler nos réserves de devises. Le Pese est une machine à stabiliser notre monnaie.

– Énergie contre inflation : contrairement au Pea (Plan d’épargne actions), tourné vers la spéculation boursière, le Pese investit dans le réel. Il offre un rendement indexé sur l’efficacité énergétique, protégeant l’épargnant contre la hausse inéluctable du coût de la vie.

– Survie industrielle : face aux futures taxes carbones européennes, le Pese garantit à nos entreprises une énergie propre, condition de leur survie à l’export.

Mécanismes et incitations

Pour mobiliser l’épargne des résidents, des entreprises et de la diaspora (TRE), le Pese pourrait proposer des avantages inédits :

– Le bouclier fiscal total : déduction d’impôt (IRPP/IS) allant jusqu’à 100% des sommes investies. L’État préfère voir l’impôt financer nos centrales solaires plutôt que le gouffre de la dette.

– La garantie diaspora ou bonus TRE : souscription en devises avec garantie de rapatriement au cours initial pour protéger nos concitoyens contre le risque de change.

– Le dividende énergétique : possibilité de lier l’investissement à des tarifs préférentiels sur la facture Steg personnelle.

Gouvernance et transparence

Pour garantir que chaque dinar sert exclusivement à l’autonomie énergétique :

– Conseil de gouvernance citoyen : composé d’experts indépendants, à l’abri de toute instrumentalisation bureaucratique ou politicienne, pour superviser l’allocation des fonds.

– Traçabilité numérique : une plateforme Open Data permettant de suivre en temps réel les projets financés et le «Compteur de Souveraineté» (gaz économisé).

– Sanctuarisation légale : une loi de programmation érigeant les actifs du Pese en Patrimoine national intouchable, juridiquement séparé du budget de l’État.

Le contrat de fierté

Le Pese est la réponse tunisienne aux crises du siècle. Il propose de passer d’une économie de soumission à une économie de production.

La souveraineté de la Tunisie commence là où finit sa dépendance au gaz et au bon vouloir d’autrui.

Le Pese est la réponse d’un peuple qui refuse la fatalité et le chantage énergétique.

En unissant leurs forces financières, les Tunisiens ne feront pas qu’installer des mégawatts : ils rachètent, pièce par pièce, panneau par panneau, leur droit de choisir leur destin.

Le soleil tunisien est une mine d’or à ciel ouvert. Il est temps de lui donner les moyens d’éclairer la voie de la souveraineté du progrès et de l’invulnérabilité de la Tunisie et de tous les tunisiens sans exception.

* Ancien ambassadeur.

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