CRLDHT | «Saadia Mosbah n’est pas une criminelle»  

Dans un communiqué publié le 24 juin 2026, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) commente la condamnation en appel de la militante antiraciste Saadia Mosbah, à 8 ans de prison et à une lourde amende et dénonce ce qu’il qualifie de «criminalisation de l’antiracisme», qui  «franchit un nouveau seuil en Tunisie », selon ses termes.

Tout en exprimant sa «profonde indignation» à la suite de la confirmation en appel de la condamnation de Mme Mosbah, présidente de l’association Mnemty, à 8 ans d’emprisonnement et à une amende de plus de 120 000 dinars, le CRLDHT affirme que «cette décision intervient après plus de deux années de détention, de stigmatisation et de campagnes de diffamation» et qu’«elle constitue une nouvelle étape dans une affaire devenue emblématique des reculs que connaît la Tunisie en matière d’État de droit, d’indépendance de la justice et de protection des défenseurs des droits humains.»

L’Ong rappelle que Saadia Mosbah, incarcérée depuis le 6 mai 2024, est une femme noire qui a elle-même subi les discriminations et les préjugés qui touchent encore de nombreux Tunisiens noirs, et ajoute que cette figure importante de la lutte contre le racisme en Tunisie a choisi de transformer sa douloureuse expérience personnelle en un combat pour l’égalité, la dignité et la justice.

«Son engagement a contribué à faire reconnaître l’existence du racisme en Tunisie et à l’adoption de la loi de 2018 contre les discriminations raciales», rappelle l’Ong tunisienne basée à Paris, qui considère que «cette affaire porte toutes les marques d’un ciblage politique.»

«La solidarité est criminalisée, les défenseurs des droits humains sont poursuivis et les discours les actes et crimes racistes (impunis) se banalisent», dénoncent le CRLDHT, qui s’en prend, également, aux autorités européennes. «En faisant de la Tunisie un partenaire privilégié dans le contrôle des migrations et un gardien des frontières européennes (un pays sûr), l’Union européenne et ses États membres ont trop souvent fermé les yeux sur la régression des libertés publiques, la répression de la société civile et la montée du racisme», note l’Ong, qui dénonce, également, «le silence et la complaisance de nombreux responsables européens face à la criminalisation de la solidarité contribuent à renforcer l’impunité de ceux qui portent atteinte aux droits fondamentaux.»

Enfin, le CRLDHT demande la libération de Saadia Mosbah  et appelle à mettre fin à la criminalisation du travail citoyen, de l’humanisme et de la solidarité.

I. B.

Les détails des jugements en appel :

Saadia Mosbah : condamnée à 8 ans de prison et à une amende de plus de 120 000 dinars.

Ghofrane Binous : condamnée par contumace à 3 ans de prison.

Zied Rouine, Amina Boukamcha, Farès Gueblaoui et Hiba Abassi ont bénéficié d’un sursis à l’exécution des peines d’emprisonnement prononcées en première instance (3 ans de prison).

Zied Rouine a été condamné à une amende de 34 113 dinars et 500 millimes.

Farès Gueblaoui a été condamné à une amende de 23 665 dinars.

Les non-lieux totaux prononcés en faveur d’Ilhem Kaâouachi, Slim Soukni et Rabii Al-Garfi ont été confirmés.

Les non-lieux partiels accordés à Hiba Abassi et Amina Boukamcha ont également été maintenus.

Cette décision confirme la peine prononcée contre Saadia Mosbah tout en aménageant ou en allégeant certaines condamnations prononcées à l’encontre des autres prévenus..

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