Chantal Delsol est philosophe et écrivain. Professeur émérite en philosophie politique, elle a fondé en 1993 et dirigé l’Institut Hannah-Arendt. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, elle vient de publier ‘‘La tragédie migratoire et la chute des empires, Saint Augustin et nous’’ , un essai fort savant et très accessible, où elle aborde notre époque en la comparant à celle du théologien et philosophe, Saint Augustin d’Hippone (354-430).
Tahar Bekri
La chute de Rome et sa destruction par Alaric en 410, la défaite d’un monde jusque-là civilisé, mais devenu trop puissant et orgueilleux, le démantèlement d’une culture brillante, tant de situations que l’auteur analyse, dans un parallélisme avec précision historique. Elle donne les raisons du délitement : la démesure et la violence, les manquements graves aux valeurs, le non respect des autochtones, l’obscurité qui s’installe dans la société. Les nouvelles valeurs chrétiennes qui succèdent au paganisme sont attaquées par les «Barbares», les rustres, les envahisseurs et autres révoltés de l’intérieur que l’empire ne peut repousser.
Ni domination ni arrogance
Il n’est pas difficile de remarquer la similitude avec l’actualité et à laquelle renvoie l’essai. Ancrée comme dans un miroir dans l’Histoire du Ve siècle de la latinité, il est absurde de ne pas y voir des vérités et des leçons à tirer. Pour cela l’auteure fait appel à la sagesse philosophique de Saint Augustin, l’auteur des ‘‘Confessions’’ et de ‘‘La Cité de Dieu’’, dont il est question ici.
Saint Augustin, né à Tagaste/Souk Ahras et mort à Hippone/Annaba, qui a enseigné à Carthage, Rome, Hippone, prône l’équilibre entre foi et raison, l’attachement à la paix dans la croyance, le christianisme n’est ni domination ni arrogance. Et Chantal Delsol de rappeler la volonté hégémonique des empires où la règle est «Tout est à moi, parce que je suis moi» ou comme l’écrit Virgile dans ‘‘L’Eneide’’ à propos de Jupiter : «Moi, je n’impose de terme ni à leur puissance ni à leur durée. Je leur ai accordé un empire sans fin.»
La tragédie des civilisations ne peut être résolue qu’avec humanisme, respect des autres populations et leurs cultures, l’apprentissage et la connaissance de l’Autre.
‘‘La tragédie migratoire et la chute des empires, Saint Augustin et nous’’, Ed. Odile Jacob, Paris, 2 janvier 2026, 208 pages.



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