Quand l’Estonie défie la Russie !

«Si la Russie envahit notre territoire, alors en déclenchant la résistance, nous mènerons la guerre sur le territoire russe», a déclaré le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, dans un entretien au journal The Telegraph. A-t-il vraiment mesuré ses paroles en affirmant que son pays ne serait pas une cible facile en cas d’agression russe, tout en avertissant que toute attaque conduirait à un transfert du conflit sur le territoire russe ?  

Habib Glenza

Dans une autre interview accordée à Deutsche Welle (DW), le chef de la diplomatie estonienne a balayé les craintes concernant la vulnérabilité de son pays face à une éventuelle invasion russe.

Interrogé sur le fait que l’Estonie soit souvent désignée comme une cible prioritaire en raison de sa position géographique, il a répondu : «Mais dans la vraie vie, nous augmentons considérablement nos capacités». «Je pense que l’Otan est plus forte que jamais. Nous avons déjà de nouveaux plans de défense, ce qui signifie que nous ne nous contentons pas d’attendre. Si la Russie envahit notre territoire, alors en déclenchant la résistance, nous mènerons la guerre sur le territoire russe.»

Les louvoiements de l’Europe

Margus Tsahkna rejette l’idée que l’Estonie soit le pays le plus vulnérable d’Europe. Il assure que la résistance estonienne mènerait à un déplacement de la guerre sur le sol russe. Et critique les tentatives de négociation directe avec Vladimir Poutine.  

Il exprime, cependant, et à juste titre, son inquiétude quant à la volonté politique de l’Europe de faire face à la menace russe. «Nous nous inquiétons de l’Europe, de savoir si l’Europe est prête à prendre une décision, à se lever, à devenir plus forte», a-t-il admis. Tout en qualifiant de «totalement erronée» l’hypothétique envoi d’un émissaire européen au Kremlin, auquel il prévoit un retour humiliant qui affaiblirait la position de l’Ukraine.

Ces déclarations interviennent alors que plusieurs personnalités politiques européennes, dont le Premier ministre letton Evika Silina et le président estonien Alar Karis, ont récemment appelé à la nomination d’un envoyé spécial européen pour négocier avec la Russie. En décembre dernier, le président français Emmanuel Macron avait également exprimé sa conviction de la nécessité de trouver une solution pour interagir directement avec le dirigeant russe. Selon les médias, l’ancien président finlandais Sauli Niinistö serait considéré comme le favori pour ce poste.

Le potentiel militaire en place

Les déclarations du ministre des Affaires étrangères estonien font «rire et pleurer à la fois», car elle font craindre que l’Etat profond européen soit disposé à sacrifier l’Estonie, après avoir sacrifié l’Ukraine.

Ce tout petit pays de moins de 46 000 km2 dispose d’une armée de 7 700 soldats dont 1000 placés dans une base située à la frontière avec la Russie. L’Allemagne lui a récemment envoyé 44 tanks et 350 soldats comme aide militaire et c’est tout ce que peut aligner ce pays balte pour affronter la Russie, laquelle compte 17 millions de km2, 1,5 million de soldats, des milliers d’ogives nucléaires, d’avions, de tanks, de drones, de missiles, etc.! Aussi les déclarations du ministre estonien des Affaires étrangères peuvent-elles paraître insensées. Sur qui l’Estonie va-t-elle compter pour «mener la guerre sur le territoire russe» ? Apparemment sur l’Otan, l’Union européenne, les pays scandinaves (Suède, Norvège, Danemark, Islande et Finlande) et, bien entendu, les Etats-Unis. Mais ces pays sont-ils prêts à voler à son secours au risque de se trouver engagés dans une guerre qu’ils cherchent à éviter ? Si oui pourquoi ne sont-ils pas intervenus en Ukraine comme ils l’ont promis ?

Le précédent de la Pologne

Par ses déclarations, le ministre des Affaires étrangères estonien cherche en réalité à préparer ses concitoyens à une guerre que leurs voisins ukrainiens n’ont pas réussi, eux, à éviter. Ni l’Otan, ni l’Europe, ni à fortiori les Etats-Unis ne se hasarderont à entrer en guerre contre la Russie pour sauver l’Estonie au risque de déclencher une troisième guerre mondiale.

Rappelez-vous qu’en 1939, lorsque Hitler a envahi la Pologne, ce pays comptait sur ses deux alliés de taille, l’Angleterre et la France, qui n’ont pas bougé le doigt pour le défendre. La suite, on la connaît…     

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