En Tunisie, les taux d’absentéisme sont plus élevés chez les jeunes que chez les travailleurs plus âgés, pour des raisons objectives, dont les conditions de travail et les bas salaires, qui contraignent les individus à cumuler plusieurs emplois, entraînant ainsi de l’absentéisme dû à la fatigue quotidienne et à la baisse de productivité dans leur activité principale.
C’est ce qu’a indiqué le professeur Lotfi Benour, spécialiste en économie du travail, dans une déclaration à Mosaique FM en marge de sa participation à un forum organisé par l’Association tunisienne des inspecteurs du travail (Atit), le jeudi 23 avril 2026 à Hammamet, sur le thème «Lutter contre l’absentéisme : stratégies juridiques, sociologiques et de gestion des ressources humaines».
L’absentéisme est un phénomène mondial, et non propre à la Tunisie, mais que ses causes et ses indicateurs varient d’un pays à l’autre, a encore souligné M. Bennour, ajoutant que l’on peur remédier à ce phénomène par trois solutions principales : le télétravail, les plateformes technologiques ou l’expérimentation de la semaine de quatre jours, une approche qui a fait ses preuves dans plusieurs pays, et dont on pourrait s’inspirer.
M. Bennour a confirmé que le taux d’absentéisme en Tunisie se situe dans la moyenne mondiale, autour de 4 à 5 % dans le secteur privé, hommes et femmes confondus, contre 6 % dans le secteur privé français. Ce taux ne reflète pas une aversion des Tunisiens pour le travail ; il témoigne au contraire d’une forte éthique professionnelle et d’une culture du travail positive.
M. Bennour a appuyé ses propos en citant des indicateurs d’investissements directs en Tunisie, qui ont augmenté de 30 % en 2025, créant environ 14 000 emplois. Selon lui, cela démontre que les Tunisiens sont travailleurs, c’est pourquoi ils continuent d’attirer des investissements directs étrangers au pays.
Revoir le cadre juridique du travail
De son côté, le professeur d’université Nouri Mzid, également cité par Mosaïque, a indiqué que l’absentéisme en Tunisie est élevé dans le secteur public, atteignant près de 15 %, contre une moyenne mondiale de 5 %. Ce taux est globalement plus faible dans le secteur privé, oscillant entre 6 % et 7 %.
D’après le professeur Mzid, l’absentéisme est fréquent dans les secteurs du textile et de l’industrie manufacturière, et s’accentue pendant l’été, le Ramadan et la saison des récoltes d’olives, les travailleuses préférant profiter de ces périodes pour augmenter leurs revenus.
Concernant les raisons de l’absentéisme, M. Mzid a indiqué qu’elles vont des mauvaises conditions de travail aux difficultés de transport.
M. Mzid, qui a présidé ledit forum, estime que les facteurs contribuant à ce phénomène sont multiples et interdépendants, nécessitant ainsi des solutions diverses. Et dans ce cadre, la prévention reste primordiale, plutôt que les mesures disciplinaires qui, à elles seules, ne suffisent pas.
Si le taux d’absentéisme est plus élevé dans une entreprise que dans d’autres opérant dans le même secteur, cette entreprise devrait examiner les facteurs internes tels que l’environnement de travail, l’équipe et le style de management.
En conclusion, M. Mzid a affirmé que les approches juridiques actuelles, telles que les conventions collectives, dont certaines remontent à 1973, bien qu’elles abordent et légitiment certaines problématiques liées au travail, sont insuffisantes et obsolètes, et doivent être actualisées pour refléter les exigences de nos vies modernes.
I. B.



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