Israël | La doctrine Smotrich pour étrangler l’Autorité Palestinienne

La stratégie de Bezalel Smotrich, véritable chef du gouvernement israélien actuel, pour faire s’effondrer l’Autorité palestinienne (AP), combine l’étranglement économique avec l’expansion du contrôle des colonies sur les terres palestiniennes en Cisjordanie.

Amira Hass

Un média israélien de droite religieuse célèbre le gel des fonds palestiniens et la propagation du chaos en Cisjordanie comme des succès politiques.

Avec la franchise qui caractérise son sujet, Hagit Rosenbaum, écrivant pour le site d’information religieux de droite Besheva, décrit la politique du ministre Bezalel Smotrich envers les Palestiniens comme un «mouvement en tenaille» visant à «faire s’effondrer l’Autorité palestinienne». La stratégie combine l’étranglement économique avec l’expansion du contrôle des colonies sur les terres palestiniennes.

L’étranglement économique de l’Autorité palestinienne

L’article du 14 mai, intitulé «Oslo, la fin : le plan qui sauvera Israël du prochain 7 octobre», démontre une fois de plus qu’au sein du gouvernement Netanyahou, le ministre des Finances, qui est également ministre de la Défense, est l’opérateur le plus efficace du gouvernement.

L’étranglement économique est mis en œuvre par la retenue des revenus de l’AP provenant des droits de douane qu’Israël perçoit pour le compte de l’AP – même si j’évite la formulation exacte de Rosenbaum concernant la nature de ces fonds, de peur de publier par inadvertance une fausse déclaration – ainsi que par le maintien de l’interdiction pour les travailleurs palestiniens d’entrer en Israël et dans de nombreuses colonies pour y travailler.

Il s’agit d’un sévère coup économique porté à l’AP, précise Rosenbaum, tout en créditant à la fois Smotrich et la ministre des Colonies et des Missions nationales, Orit Strock, de sa mise en œuvre.

«Tout cela contribue à briser l’AP, ce qui conduira au démantèlement de facto des accords d’Oslo», explique-t-elle. «La mesure critique, et peut-être moins discutée, pour l’annulation de facto [des accords d’Oslo] est précisément la mesure économique», écrit Rosenbaum.

Le contexte immédiat de l’article est l’annonce faite la semaine dernière par Smotrich qu’il avait préparé un plan pour transférer des zones stratégiques des zones A et B vers la zone C en réponse aux sanctions imposées par l’Union européenne contre des individus et organisations israéliennes de colons.

Il est bon de se souvenir que Smotrich, et plus généralement le camp idéologique qu’il représente, excellent dans la planification à long terme et la mise en œuvre disciplinée. Je suppose qu’un tel plan était déjà dans un tiroir, attendant le moment opportun.

Pousser à l’émigration de Cisjordanie vers l’étranger

Rosenbaum détaille les succès de Smotrich. Il «gèle le transfert de fonds à l’AP à hauteur de sommes astronomiques, étranglant ainsi lentement sa capacité à exister». Parmi les résultats : les écoles palestiniennes ne fonctionnent plus correctement en raison de pénuries budgétaires, les ingénieurs employés par l’État se sont mis en grève, et, plus généralement, «l’érosion économique de l’AP, provoquée par Smotrich… crée le chaos dans la rue palestinienne et paralyse d’autres initiatives», y compris les projets de construction.

Ignorant l’appauvrissement de millions de personnes et les dommages causés à leur santé (un autre succès !), Rosenbaum note «un autre effet important» des mesures d’étranglement : les gouverneurs locaux sont désormais «plus préoccupés par leur survie et moins attentifs à la lutte contre les mécanismes terroristes».

Selon elle, tout cela pourrait évoluer dans «deux directions positives : soit le chaos dans la rue palestinienne et la rébellion contre la direction de Mahmoud Abbas et ses successeurs, soit un mécontentement populaire généralisé et une tendance à l’émigration de Cisjordanie vers l’étranger».

On ne saurait le dire plus ouvertement. L’étranglement économique est la méthode, le chaos est le stade intermédiaire, et le résultat final souhaité est le vidage de la Cisjordanie de ses Palestiniens. Tout s’aligne parfaitement avec le «Plan décisif» de Smotrich de 2017. Je suppose que Rosenbaum est en contact direct avec le ministre des Finances, ce qui suggère qu’il ne s’agit pas d’une interprétation mais d’un compte rendu factuel des plans et objectifs.

Ceux qui sont décrits comme «proches du ministre» lui ont dit, écrit-elle, qu’«appuyer sur le bouton et accomplir un acte politique d’annulation des accords d’Oslo est plus compliqué. Mais le démantèlement économique, associé à l’érosion des zones A et B, permettra de démanteler l’accord de facto lorsque les circonstances le permettront – par exemple, au lendemain de la disparition de Mahmoud Abbas.»

Des fonds palestiniens pour financer le Conseil de la paix de Trump

Pendant ce temps, l’argent qu’Israël retient aux Palestiniens a peut-être déjà trouvé un nouveau but. Reuters a rapporté ce week-end que les USA envisagent de demander à Israël de transférer une partie de ces fonds, estimés à environ 4,7 milliards de dollars début mai, au Conseil de la paix (Board of Peace), qui est en difficulté et n’a pas réussi à lever le budget qu’il s’était initialement fixé : 17 milliards de dollars. Les estimations actuelles placent les coûts de reconstruction à 70 milliards de dollars, et ce chiffre ne fera certainement qu’augmenter.

Plusieurs sources diplomatiques m’ont également dit au début de la semaine dernière que ce qui a commencé comme une proposition israélienne en début d’année, selon un rapport du Times of Israel, semble maintenant avoir été adopté par le Conseil de la paix lui-même : utiliser une partie des fonds palestiniens retenus pour financer ses activités.

Il est bon de rappeler qu’une partie de l’argent confisqué par le ministère israélien des Finances correspond aux sommes décroissantes que l’AP transfère comme allocations, pensions et salaires aux résidents de Gaza qui lui sont affiliés plutôt qu’au Hamas, ainsi que pour des traitements médicaux hors de la bande de Gaza.

J’ai également envoyé des questions au Conseil de la paix. Parmi elles : Le transfert de fonds a-t-il été discuté lors des réunions de Benjamin Netanyahou avec le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov ? Un montant spécifique a-t-il été déterminé ? Et combien de hauts fonctionnaires reçoivent actuellement des salaires du Conseil ?

Je n’ai reçu aucune réponse, à part une réponse générique, également donnée à d’autres médias : toutes les parties sont invitées à contribuer à l’effort, y compris Israël et l’Autorité palestinienne, et «l’argent déposé dans une banque ne fait rien pour faire avancer le plan en 20 points du président».

Cela ne me semble pas être une critique d’Israël, mais plutôt une indication que l’intention est bien d’utiliser une partie de l’argent volé, effectivement dévalisé par Israël, à des fins pour lesquelles il n’a jamais été destiné. L’AP va s’effondrer et le chaos va se propager dans la société palestinienne, mais le Conseil, affichant «la paix» et la bénédiction du Conseil de sécurité de l’Onu, pourra ainsi remplir une de ses missions.

Source : Haaretz. Traduit par Tlaxcala

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