Tunisie | Le rationnement de l’électricité et de l’eau jusqu’à quand ?

Le rationnement de l’électricité est désormais entré dans le quotidien des Tunisiens dans tout le territoire de la république. Cette «excellente innovation», les pouvoirs publics, dont l’incompétence n’a d’égal que l’arrogance, l’inflige aux citoyens qui en sont réduits à accepter le diktat sans broncher et à en supporter les désagréments quotidiens sur leur santé, leur travail et leurs poches. Et pas d’excuses ni d’explications, mais une longue liste quotidienne publiée par la Steg des zones qui seront touchées par des coupures d’électricité intermittentes. «Kool walla tayer garnek !», comme dit le proverbe tunisien (Tu te soumets ou tu te cognes la tête contre le mur !)  

Latif Belhedi

Dans la liste publiée chaque jour par l’entreprise publique, chacun trouve forcément le nom de la ville ou de la région où il réside et qui seront privées d’électricité, et peut-être aussi d’eau potable, d’Internet et de téléphone, à toute heure de la journée. Car avec la Steg et la Sonede, tout est possible, y compris surtout le pire. Une coupure pouvant durer entre une demi- heure ou plusieurs heures, une ou plusieurs fois par jour.

Les coupures surviennnent par intermittence dans différents gouvernorats, explique la société, en précisant que le courant pourrait être rétabli sans préavis. Comme il avait d’ailleurs été coupé. Intempestivement et sans crier gare !

Pour le reste, débrouillez-vous pour faire face à ces interruptions et en limiter les dégâts ! L’Etat s’en lave les mains. Payez vos impôts et bouclez-là ! Vous pouvez bêler, si vous voulez, mais pas aboyer, car il y a le décret-loi n° 54 pour vous en faire passer l’envie, définitivement.

Voilà où nous en sommes en Tunisie en cet été 2026.

Cela dit, certains commentateurs s’en prennent injustement aux dirigeants et aux agents de Steg et de la Sonede pour leur faire porter le chapeau des pannes à répétition et en faire des boucs émissaires d’une situation qu’ils subissent autant que le commun des citoyens.

Aller chercher des complots là où il n’y a qu’une mauvaise gouvernance, un manque de proactivité et une planification insensée et bavarde qui ne se donne pas les moyens de sa réalisation, c’est vouloir prendre les citoyens pour des idiots.

Ces pannes à répétition n’ont rien de surprenant. Elles étaient prévisibles et attendues depuis des années. Car le déficit énergétique a commencé en Tunisie depuis la fin des années 1990. Alors que la consommation de l’électricité a continué à s’accroître, on n’a pas investi suffisamment dans de nouvelles infrastructures susceptibles de mettre la production au niveau de la consommation, l’offre au niveau de la demande. Et puis, on est resté dans le faux confort d’une forte dépendance du gaz algérien pour produire notre électricité.

C’est cette faillite politique générale incarnée par des centaines de ministres, des dizaines de chefs de gouvernements et pas moins de quatre présidents de la république qui est responsable de nos malheurs actuels. Et ce n’est sans doute pas en limogeant quelques directeurs et en les désignant à la vindicte populaire que l’on va régler le problème. Ô que non ! Ne soyons pas dupes !

Alors, quand s’arrêtera le rationnement de l’électricité et de l’eau ? Ce sera le jour où l’Etat cessera de dépenser l’essentiel de son budget en salaires et en frais de fonctionnement, pour le consacrer aux investissements dans l’amélioration des infrastructures publiques. Bref, ce ne sera pas demain la veille !

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