Près de deux douzaines d’avocats, d’universitaires et d’anciens responsables américains appellent le président Joe Biden à suspendre l’aide des Etats-Unis à la Tunisie et à imposer des sanctions à ses dirigeants pour mettre un terme à ce qu’ils ont appelé le «virage dramatique» du pays nord-africain vers un régime autoritaire.
Dans une lettre adressée à Biden plus tôt cette semaine, plus d’une vingtaine de signataires ont averti que la démocratie en Tunisie était «en train de mourir» alors que le président Kaïs Saïed continue de consolider son pouvoir et de réprimer la dissidence.
«Si les États-Unis sont vraiment sérieux quant à la consolidation des démocraties dans le monde, ils doivent envoyer un signal indiquant que le recul démocratique a un coût réel», lit-on dans la lettre de datée du mercredi 3 mai 2023.
«Les États-Unis devraient suspendre immédiatement toute aide américaine au gouvernement tunisien, comme ils sont légalement tenus de le faire après des coups d’État militaires ou civils dans lesquels l’armée joue un rôle décisif», ajoute-t-elle.
La lettre a été signée, entre autres, par l’ancien ambassadeur américain en Russie Michael McFaul; Jeffrey Feltman, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient; Jake Walles, ex-ambassadeur en Tunisie; et Sarah Leah Whitson, responsable de Democracy for the Arab World Now (DAWN).
Élu en 2019, Saïed a gelé le parlement tunisien en 2021 et a ensuite dissous l’assemblée législative pour gouverner par décret. La Tunisie a organisé des élections législatives en deux tours à la fin de 2022 et au début de cette année, marquées par un faible taux de participation au milieu d’un boycott de l’opposition.
Le mois dernier, les autorités tunisiennes ont arrêté Rached Ghannouchi, le président du parti Ennahdha, ayant gouverné le pays à la tête de coalitions entre 20011 et 2021. Il est accusé de complot contre la sécurité de l’État.
D’autres personnalités de l’opposition, dont Chaima Issa, Ghazi Chaouachi, Issam Chebbi, Ridha Belhadj et Jaouhar Ben Mbarek, ont également été arrêtées.
«Depuis son coup d’État en juillet 2021, le président Kaïs Saïed a démantelé toutes les institutions démocratiques du pays, faisant passer un système hyper-présidentiel sans contrôle de son pouvoir», indique la lettre de mercredi, et d’ajouter : «Il a intensifié sa répression contre les dissidents, les qualifiant avec désinvolture de ‘‘cancers’’ et de ‘‘traîtres’’ et les traînant devant les tribunaux militaires.»
La lettre exhortait Biden à imposer des sanctions à Saïed et à «ses facilitateurs, y compris les ministres de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice», ainsi qu’à cesser de fournir «des fonds, une formation ou des équipements à ces ministères pendant qu’ils persécutent les journalistes, les militants et les dissidents».
Elle a également appelé Washington à s’opposer à un prêt de 1,9 milliard de dollars du Fonds monétaire international (FMI) au gouvernement tunisien jusqu’à ce qu’il libère les prisonniers politiques et entame un dialogue national «inclusif».
Les critiques ont dénoncé la prise de pouvoir de Saïed comme un «coup d’État» qui risquait de ramener le pays à l’autoritarisme d’avant le soulèvement de 2011 qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali. Mais les partisans du président disent que ses actions sont des «réformes» nécessaires visant à lutter contre la corruption.
Saïed a également suscité l’indignation internationale plus tôt cette année lorsqu’il a suggéré que ce qu’il a appelé «l’immigration illégale» en provenance des pays d’Afrique subsaharienne visait à changer les caractéristiques démographiques de la Tunisie en tant que nation arabe et musulmane. La lettre de mercredi accuse le président tunisien d’épouser les thèses des «complots racistes» contre les migrants. «Nous pensons qu’une pression soutenue représente le meilleur moyen possible de mettre fin à la dérive autoritaire de la Tunisie», ont écrit les auteurs de la lettre à Biden.
I. B.



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