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Crise de l’enseignement : L’UGTT souffle le chaud et le froid

Noureddine Taboubi et Youssef Chahed.

Face à l’entêtement du syndicat de l’enseignement secondaire, qui exige la tête du ministre de l’Education, l’UGTT semble hésiter et temporiser, mais jusqu’à quand ?

Par Abderrazek Krimi

Deux réunions importantes ont été tenues hier, mardi 21 mars 2017, à l’Union générale tunisienne des travailleurs (UGTT) : celle du bureau exécutif élargi (BEE) de l’organisation syndicale – une instance composée des membres du bureau exécutif, des secrétaires généraux régionaux et des secrétaires généraux des syndicats sectoriels – et la «rencontre des régions» du syndicat de l’enseignement secondaire.

À l’ordre du jour de la 1ère figurait l’examen de la situation syndicale générale, en relation avec les secteurs publics et privés. Et c’est la crise entre le syndicat de l’enseignement secondaire et le ministre de l’Education Neji Jalloul qui a pris l’essentiel des discussions.

Une position ambiguë

Le BEE a approuvé le communique du bureau exécutif (BE) du 18 mars 2017 relatif au rejet de la décision du syndicat du secondaire de suspendre les cours dans les établissements scolaires secondaires et préparatoires, tout en soulignant «la légitimité de la revendication des enseignants du secondaire à trouver un remplaçant à Neji Jalloul à la tête du ministère de l’Education». Une telle revendication «ne doit pas porter préjudice au droit des élèves de poursuivre leurs cours et de passer leurs examens dans des conditions normales», a cependant ajouté le BEE.

Cette formule ambiguë renvoie dos-à-dos les deux parties en conflit, ne tranche dans aucun sens et laisse la crise en suspens. Ce qui traduit l’embarras de la centrale syndicale, contrainte de suivre Lassaad Yacoubi, le secrétaire général du syndicat de l’enseignement secondaire, dans ses errements, sans être en accord avec lui.

Il est à rappeler que Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’UGTT, a eu un entretien, lundi après-midi, à Dar Dhiafa, à Carthage, avec le chef du gouvernement Youssef Chahed, dont les deux parties n’ont rien laissé filtrer. Aussi l’ambiguïté du communiqué du BEE peut-il être interprétée de plusieurs façons. Il peut signifier un désaccord entre les deux hommes, et notamment à propos de la crise de l’enseignement, qui a eu pour conséquence un léger recul du BE par rapport à la position exprimée par l’organisation le 18 mars et une tentative d’instrumentaliser cette crise pour faire pression sur le gouvernement sur d’autres dossiers.

BE UGTT

Le BE de l’UGTT pris en otage par le syndicat du secondaire. 

On peut aussi comprendre que le communiqué du BEE évite de trancher pour tenter de réduire la tension et la tentation de l’escalade qui ont marqué les dernières réunions de la commission administrative et de la «rencontre des régions» de l’enseignement secondaire, prélude à la reprise en main de la gestion de ce qu’on appelle désormais le «dossier Neji Jalloul».

De toutes les manières, la «réunion des régions» du syndicat du secondaire, tenue mardi, n’a pas abouti à une position claire concernant le conflit, même si la tendance dominante soit demeurée à l’escalade.

Cette réunion a abouti à la décision de convoquer la commission administrative du secondaire à se réunir, mercredi, sous la présidence d’un représentant du bureau exécutif. Cette commission, selon nos sources, restera en session ouverte jusqu’au 15 avril prochain, date butoir à laquelle Noureddine Taboubi s’est, semble-t-il, engagé avec le syndicat du secondaire pour la résolution définitive de la crise.

Lassaad Yaacoubi

Lassaad Yaacoubi impose et l’UGTT dispose. 

Qui pense encore aux élèves et aux parents ?

Dans une déclaration mardi à Shems FM, Lassaad Yaacoubi a déclaré que le syndicat du secondaire n’a pas d’ordres à recevoir du gouvernement. Cette déclaration peut être interprétée comme un refus du diktat que le chef du gouvernement Youssef Chahed tente d’imposer au secrétaire général de l’UGTT. Mais aussi comme une réplique au président de la république Beji Caïd Essebsi qui avait déclaré, lundi soir, dans un entretien sur la chaîne Watania 1, que «Neji Jalloul n’a aucun problème avec le bureau exécutif de l’UGTT» et que «le chef du gouvernement est satisfait du travail de son ministre».

Bref, la crise ne semble pas toucher à sa fin et la balle est, aujourd’hui plus que jamais, dans le camp de M. Chahed qui doit choisir entre deux alternatives : maintenir et confirmer son ministre à son poste avec tout ce que cela peut engendrer comme conséquences dans la relation avec la centrale syndicale, ou bien céder à la pression des syndicats, au risque d’affaiblir davantage son gouvernement qui a encore du mal à prouver son autorité et sa crédibilité.

En tout état de cause, il semble que personne n’est en train de penser à la grosse inquiétude qui a commencé à s’installer depuis un bon moment dans les esprits des élèves et de leurs parents.

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