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Soutenons la Tunisie, l’unique success story du Printemps arabe

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Une opportunité s’offre aux Etats-Unis de soutenir la démocratie tunisienne, prometteuse mais encore fragile, estime le sénateur américain auteur de cette tribune.

Par Christopher Coons*

Il y a près de cinq ans, le vent du Printemps arabe a balayé les villes de Tunis, le Caire, Tripoli et Sanaa, menaçant et mettant à terre de nombreux dictateurs et des gouvernements répressifs à travers le monde arabe.

Depuis ces jours enthousiasmants et pleins d’espoir, nous avons assisté à la descente aux enfers en Syrie et au Yémen et leurs sanglantes guerres civiles, et à la chute des régimes autoritaires de Mouammar Kadhafi, en Libye, et de Hosni Moubarak, en Egypte, qui a cédé la place à l’instabilité et aux luttes intestines.

Acceptation des résultats des urnes

En dépit de ces nombreuses désillusions du Printemps arabe, il est resté une seule nation qui a tenu bon, qui s’est accrochée avec grande conviction à cet élan et qui a continué à défendre les principes qui ont inspiré et poussé des millions d’Arabes à revendiquer que leurs gouvernements soient légitimes et transparents.

Cette unique success story, c’est la Tunisie, là où a pris naissance, dans cette région du monde, ce combat pour la démocratie, la liberté et l’Etat de droit. A un moment où le Congrès des Etats-Unis va décider, dans les prochaines semaines, de la manière dont notre pays va investir l’argent du contribuable américain dans l’œuvre de la promotion de la paix et de la stabilité à travers le monde, nous ne pouvons pas nous permettre de négliger l’importance qui existe à soutenir comme il se doit les progrès que le peuple tunisien a déjà réalisés.

Depuis le jour où la Révolution du Jasmin a déposé le président Zine El Abidine Ben Ali et mis fin à plus de deux décennies de son régime autoritaire, la Tunisie a réussi à éviter la guerre civile, l’autoritarisme et l’instabilité qui minent nombre de pays de la région. Au lieu de succomber à la querelle politique et au sectarisme, le peuple tunisien a opté pour la résolution de ces différends par l’acceptation des résultats des urnes. Durant l’été 2013, le gouvernement islamiste de la Tunisie post-révolutionnaire a accepté d’œuvrer avec les partis de l’opposition pour la promotion d’un processus politique pacifique se fondant sur le consensus, l’Etat de droits et le respect des droits de l’Homme.

le Quartet félicité par Hollande Tunisie3

Le Quartet du Dialogue national tunisien a joué un grand rôle dans la réussite de la transition démocratique.

Ces négociations pacifiques avaient été menées par le Quartet du Dialogue national tunisien, une coalition d’organisations de la société civile qui avait offert au pays l’alternative viable à la violence, l’assassinat politique et la guerre civile. Le processus pluraliste que le Quartet avait piloté a débouché sur l’adoption d’une nouvelle Constitution progressiste, au début de 2014, suivie au courant de la même année par la tenue d’élections libres et justes qui ont mis fin à l’interminable succession de gouvernements provisoires. En octobre 2015, la communauté internationale a honoré l’œuvre grandiose accomplie par le Quartet du Dialogue national tunisien en lui décernant le Prix Nobel de la paix.

Entre un Sénat qui lésine…

A présent, grâce à l’accord sur le budget de l’Etat auquel sont parvenus la Maison Blanche et les dirigeants des deux partis au Congrès, une opportunité s’offre aux Etats-Unis de soutenir la démocratie tunisienne, prometteuse mais encore fragile, en apportant à la Tunisie l’aide financière dont elle a le plus grand besoin.

Dans son projet de budget de l’Etat pour l’année fiscale 2016, le président Obama avait requis une enveloppe d’aide bilatérale de 134 millions de dollars pour la Tunisie. Les dirigeants de la Chambre des représentants ont cautionné cette requête du chef de l’exécutif, alors que le Sénat a choisi de rogner sur cet engagement, n’allouant que 87 millions dollars – soit moins des 2/3 du montant proposé par le président.

Le mois dernier, un groupe de 114 experts en affaires étrangères – notamment un groupe bipartisan comprenant les anciens sénateurs Richard Lugar (Républicain, de l’Indiana), Tom Daschle (Démocrate, de la Dakota du sud) et Joe Lieberman (Indépendant, du Connecticut) – ont appelé les deux chambres du Congrès américain à ce qu’elles appuient sans réserve la proposition présidentielle d’aide à la Tunisie et averti les ordonnateurs des dépenses au Sénat que leur marchandage risque d’être légitimement interprété par les Tunisiens comme étant un affaiblissement de l’engament américain.

Attentat-de-Sousse-Une-touriste-pleure

Le pays doit faire face à une crise économique aggravée par les menaces terroristes.

… et une sérieuse urgence  

En ces temps d’instabilité et de grand danger en Afrique du nord et dans la région du Moyen Orient, nous ne devrions pas sacrifier la moindre chance de renforcer les fondements d’une jeune démocratie tunisienne qui a besoin de soutien pour se maintenir à flot et se développer. Les Etats-Unis assisteront la Tunisie à garantir la sécurité de son peuple à un moment où les institutions établies par le Quartet sont menacées. Malgré ses réussites, le peuple tunisien est encore confronté à de sérieux défis. Ses dirigeants sont appelés à mettre en œuvre d’importantes réformes économiques pour combattre une inflation élevée et un chômage généralisé, dont souffre particulièrement la jeunesse tunisienne. Ils doivent également faire face aux menaces extrémistes qui opèrent à l’intérieur du pays et en Libye voisine.

J’ai eu l’occasion de me rendre en Tunisie, en avril dernier, au lendemain de l’attentat du musée national du Bardo, qui a coûté la vie à 22 personnes (le 18 mars 2015, Ndlr). En juin suivant, les terroristes de l’Etat islamique (Daech) ont frappé une nouvelle fois, à Sousse, et tué 38 autres personnes. Ces attaques terroristes ont non seulement porté un coup très dur à l’activité touristique tunisienne, une industrie sur laquelle l’économie du pays compte beaucoup, mais elles ont aussi sérieusement ébranlé la stabilité que le peuple de Tunisie mérite.

Cette violence démontre clairement que les menaces politiques et économiques qui accablent les autres pays de la région peuvent également saper la transition démocratique en Tunisie. (…)

La Tunisie a accompli des progrès extraordinaires et donné raison à un dicton tunisien ancien selon lequel «la multitude est plus forte que le roi.» Les Etats-Unis d’Amérique a été fondée sur cette même conviction. Aujourd’hui, il nous incombe, nous autres Américains, de donner la preuve que ce principe demeure valable.

Texte traduit de l’anglais par Marwan Chahla

Source: ‘‘The Hill’’.

* Christopher Coons, sénateur démocrate du Delaware depuis 2010, est membre de la commission des Affaires étrangères et de celle de l’Affectation des dépenses au Sénat américain. Il a publié cette tribune, hier mercredi 18 novembre,  dans les colonnes du ‘The Hill’, site politique de la capitale fédérale américaine spécialisé dans la couverture des activités du Congrès des Etats-Unis.

**Le titre de cette tribune est de l’auteur et les intertitres sont de la rédaction.

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