Service minimum ne doit pas renvoyer obligatoirement à une philosophie minimaliste, laquelle excuserait les résultats des Aigles de Carthage à la Coupe d’Afrique des Nations de football (Maroc 2025). L’expressivité tunisienne est allée en se désagrégeant, avec comme point d’orgue une élimination à partir des huitièmes de finale. (Ph. Les Tunisiens étrillés par les Nigérians, 0-3, avant de revenir de loin, 2-3. Trop tard, trop peu).
Jean-Guillaume Lozato *

Bien partie avec une victoire 3-1 méritée face à l’Ouganda, l’équipe nationale tunisienne avait affiché quelques certitudes à défaut de pouvoir lancer de grandes promesses. Avec la confirmation d’un côté, par un but d’Ellyes Skhiri. Et la nouveauté de l’autre avec la performance d’Elias Achouri auteur d’un doublé, dont l’un des deux buts a célébré à la fois son talent individuel en agissant en renard des surfaces et une force collective portée par les habituels Hannibal Mejbri et Ali Abdi.
On croyait la machine tunisienne lancée, mais des leçons auraient dû être assimilées après la réduction du score en fin de match par les Ougandais. Un but presque anecdotique qui n’en était pas moins annonciateur du ralentissement constaté lors de la défaite 2-3 contre le Nigeria. Une défaite courte mais qui aurait pu se transformer en catastrophe. Le troisième et dernier match de poule, lui, a offert le spectacle de quatre-vingt-dix minutes laborieuses terminées sur un score de parité 1-1 avec la Tanzanie qui a donné à réfléchir.
Élimination avant les quarts de finales
Pour les huitièmes, le passage à forcer était la citadelle érigée par le Mali, sous la forme d’une muraille physique conséquente. Comme un serrurier attelé à son ouvrage, les Tunisiens ont cherché patiemment à forcer l’entrée d’abord en en observant les angles dans une stratégie qui a visé à longer la ligne de touche ou bien en décalant sur les ailes systématiquement depuis l’axe. Mais le jeu tunisien s’en est trouvé plus stéréotypé en seconde période et là encore le résultat n’a pu qu’être 1-1 après une ouverture du score par Firas Chaouat.
Bien que les Aigles de Carthage eussent cadenassé les abords de la défense ainsi que leur axe en général, la sensation de flottement a effectué son grand retour. Ce quatrième match a été le théâtre d’une accumulation de calculs et de limites, pour une formation, il est vrai, handicapée par moments par l’arbitrage.
En général, une léthargie apparaît dès que les Tunisiens ouvrent le score. Ceux-ci doivent comprendre qu’un cadenas ne suffit pas, que pour libérer le jeu penser un verrou plus amovible serait profitable. Ceci pour éviter la tentation de la passivité.
Une identité à préserver en vue du Mondial
Un style de jeu tunisien existe. Il est à préserver globalement. La première raison est de ne pas risquer de gâcher certains points forts ou idées assimilées. L’autre raison principale est de ne pas brusquer les choses à quelques mois seulement de l’échéance capitale incarnée par la Coupe du Monde. Il convient donc de respecter un ordre du jour qui inclurait les éléments suivants :
– le dispositif défensif qui a fait ses preuves pendant les éliminatoires de la Coupe du monde est à préserver impérativement ;
– pour ce qui a trait à la conservation de balle, les Tunisiens étaient jusqu’à présent plus rapides qu’il y a cinq ou six ans, mais ils sont retombés dans certains travers de lenteur, renforcer le point fort de la conservation qui existait au départ est un programme qui s’impose ;
– des progrès au niveau du jeu de tête offensif ont été notables ces deux dernières années ;
– continuer à s’appuyer sur Abdi et Mejbri pour tirer les corners.
En route pour le Mondial
En tenant compte de ces données, la sélection nationale se devra d’aborder son Groupe F de Coupe du Monde avec circonspection, avec une humilité non dépourvue de fierté afin d’éviter tout défaitisme. Une sorte de programme à la carte risque de s’imposer au vu des adversaires du premier tour.
Bien que les Pays-Bas se présentent comme l’épouvantail de la poule, les Tunisiens pourront espérer plus de facilités contre les hommes au maillot orange. Et pourraient même ouvrir le score, par exemple sur corner, à condition qu’Ali Abdi soit aidé par ses coéquipiers pour faire barrage à Denzel Dumfries sur son aile.
Le match le plus difficile sera contre le Japon de par la discipline et la vigilance draconienne sur coups de pied arrêtés adverses que les joueurs japonais démontrent. Pour les défier, incorporer d’entrée de jeu des techniciens très vifs comme Sebastian Tounekti, Elias Achouri et Ismael Gharbi est une idée séduisante.
L’autre match les opposera soit à la Suède, soit à l’Ukraine, soit à l’Albanie, ou à la Pologne. Pour un éventuel 0-0 dans le meilleur des cas.
Même si la CAN 2025 n’a pas été formidable pour l’équipe tunisienne, le fait de ne pas affronter immédiatement d’équipe africaine à la World Cup sera le premier avantage dont il faudra profiter. Sans se contenter de verrouiller le jeu, les Aigles pourraient passer d’un statut de serruriers à celui de ferronniers, d’artisans à artistes. Pour basculer du blindage massif à l’ouverture subtile de coffre. De la métallurgie grossière à l’orfèvrerie ciselée.
L’équipe de Tunisie actuelle apparaîtrait-elle comme moins forte que celle de Qatar 2022 ? Il semblerait qu’une réponse par l’affirmative s’impose. Et l’absence d’Aissa Laïdouni est difficilement palliée. Son retour est à souhaiter au plus vite.
Débarrassée de la pression, elle pourrait figurer comme outsider au prochain Mondial sous certaines conditions strictement précises. Soyons déjà réalistes en tenant compte que le changement de sélectionneur débouche sur l’inconnu. Cela avait réussi au Maroc à quelques mois du Mondial qatari. Mais le cas de figure tunisien diffère de celui marocain.
Visionner de nouveau le très bon match nul de cet automne contre le Brésil tout en analysant les erreurs commises contre le Nigeria définirait le canevas idéal pour les révisions en vue du grand oral nord-américain. Pour un plan d’attaque et pas seulement de défense.
Ainsi, les serruriers tunisiens pourront passer de l’édification d’une forteresse de type «ribat» à l’élaboration d’un château-fort dont le pont-levis les incitera à plus de mobilité. Sinon, le monopole du «riyad» marocain continuera de s’exercer en s’amplifiant pour ce qui est de la représentativité africaine en Coupe du Monde.



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