Boualem Sansal élu à l’Académie française

Boualem Sansal vient d’entrer dans l’histoire : élu à l’Académie française par 25 voix sur 26, il succède à Jean-Denis Bredin et occupera le fauteuil numéro 3, autrefois celui de Marguerite Yourcenar, Georges Clemenceau ou du cardinal de Bernis. Une élection qui dépasse le simple honneur institutionnel : elle consacre une œuvre marquée par l’audace, la lucidité et la critique sans concession.

Djamal Guettala 

Depuis ses premiers romans jusqu’à ses essais les plus récents, Sansal n’a jamais renoncé à questionner l’histoire, la mémoire et les dérives du pouvoir. De ‘‘Le village de l’Allemand’’ à ‘‘2084. La fin du monde’’, il a affronté les silences imposés par la peur et la censure, traçant une écriture où l’engagement intellectuel se mêle à la littérature. Son regard critique sur l’Algérie post-indépendance, mais aussi sur les totalitarismes universels, lui a valu autant d’admiration que de controverses.

Cette élection survient quelques mois après sa libération d’Algérie, où il avait été condamné pour des propos jugés sensibles par les autorités locales. Sa mise en liberté, obtenue grâce à une médiation internationale et une grâce présidentielle, symbolise la valeur de la parole libre et le combat d’un écrivain contre les pressions politiques et l’intimidation. Dans ce contexte, son accession à l’Académie française prend une dimension morale autant que littéraire : elle affirme que la littérature ne se plie ni à la censure ni au silence.

Sous la Coupole, il recevra l’habit vert et l’épée de l’Immortel, symboles d’une institution qui, avec lui, réaffirme que la langue française continue de se nourrir de voix étrangères, critiques et universelles. L’Académie accueille une plume qui traverse les frontières et les générations, et qui rappelle que la littérature engagée, lucide et courageuse a sa place parmi les plus prestigieuses institutions de la francophonie.

Boualem Sansal devient un Immortel. Mais au-delà du titre, il demeure un écrivain qui parle aux consciences de son temps, un passeur de vérités parfois dérangeantes, un témoin de l’histoire et de ses dérives. Sa voix, désormais inscrite dans l’histoire de l’Académie, continuera de résonner comme celle d’un homme qui a choisi de dire, coûte que coûte, ce que beaucoup taisent.

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