La Tunisie mise sur le stockage d’électricité par batteries comme nouvel élément de sa transition énergétique, afin de soutenir le développement des énergies renouvelables et de réduire sa dépendance aux sources étrangères. Le marché national du stockage d’électricité par batteries de grande capacité dans les secteurs industriel et commercial est estimé à 3 000 MWh, alors même que le pays a accéléré, après des années de retard, le déploiement de ses capacités solaires et éoliennes, pour atteindre environ 1 000 mégawatts, indique l’agence de presse Tap.
Confrontée à une forte dépendance énergétique qui pèse lourdement sur le budget de l’État et à une demande d’électricité sans cesse croissante, la Tunisie accélère sa transition vers les énergies vertes.
Au cœur de cette transformation, le déploiement généralisé de systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) flexibles et techniquement faciles à installer est considéré comme un levier clé pour stabiliser un réseau national de plus en plus alimenté par l’énergie solaire et éolienne, écrit Tap, notant que le pays importe encore 65 % de ses besoins énergétiques, avec une dépendance particulièrement forte à l’égard de l’Algérie, qui fournit 78 % de ses importations.
Solutions moins coûteuses et plus flexibles
«Le principal défi de cette transition demeure l’intermittence de l’énergie solaire et éolienne», a déclaré Ali Kanzari, président de l’Union nationale des installateurs photovoltaïques, lors d’une table ronde à Rimini, en Italie, sur le thème «Systèmes de stockage d’énergie par batteries (BESS) : une solution clé pour la transition énergétique tunisienne».
Pour garantir la stabilité du réseau, le stockage d’énergie est la solution idéale, selon M. Kanzari, qui a souligné que «si le pays se concentre sur de grands projets hydroélectriques, tels que la centrale hydroélectrique à accumulation par pompage d’El Meleh (600 MW), dont la mise en service est prévue en 2033, l’urgence actuelle exige des solutions moins coûteuses et plus flexibles».
Les systèmes de stockage d’énergie constituent également une solution pour les particuliers et les entreprises qui souhaitent stocker l’énergie produite par leurs panneaux solaires pour une utilisation en soirée, et ainsi réduire leurs factures. Ils peuvent aussi servir de source d’alimentation de secours en cas de coupure de courant, assurant ainsi une alimentation continue aux infrastructures critiques. Les systèmes de stockage d’énergie par batteries (Bess) gagnent donc du terrain grâce à un avantage significatif : leur déploiement rapide.
«Le Battery Energy Storage Systems ou stockage d’énergie par batteries (Bess) est une solution qui peut être mise en œuvre en cinq fois moins de temps que le stockage par pompage-turbinage», a souligné Kanzari lors d’’une table ronde organisée le jeudi 6 mars 2026 à Key, The Transition Expo, le salon international de la transition énergétique, avec le soutien de la Fondation Res4Africa.
Au-delà des aspects techniques, les enjeux sont économiques. Le marché du stockage d’électricité par batteries géantes dans les secteurs industriel et commercial tunisien est estimé à 3 000 MWh. Des études de faisabilité sont déjà en cours pour des projets d’envergure, notamment un complexe photovoltaïque de 400 MWc couplé à un stockage par batteries de 600 MWh à Kebili.
Miser sur les interconnexions régionales
Cette stratégie de stockage vise non seulement à atteindre l’indépendance énergétique nationale, mais aussi à dynamiser les exportations. Dans cette optique, la Tunisie renforce ses interconnexions régionales : tandis qu’une interconnexion de 800 MW avec l’Algérie existe déjà pour gérer les excédents, le projet Elmed, un câble sous-marin de 600 MW reliant le pays à l’Europe, devrait être achevé d’ici 2030. En optimisant la gestion du réseau et en réduisant les coûts de pointe, la Tunisie espère transformer sa vulnérabilité énergétique en une opportunité de devenir un pôle d’énergie verte en Méditerranée.
Dans ce contexte, le recours aux batteries est perçu comme un outil essentiel pour stabiliser le réseau, absorber la production intermittente d’énergies renouvelables et renforcer la sécurité d’approvisionnement.
Les partenaires internationaux contribuent également à consolider cette dynamique. En novembre 2025, la Banque mondiale a approuvé un programme de 430 millions de dollars pour moderniser le secteur électrique tunisien, accélérer le déploiement des énergies renouvelables, renforcer le Steg et attirer les investissements privés. L’Union européenne soutient également le projet d’interconnexion électrique Elmed avec l’Italie grâce à de nouveaux fonds, un projet jugé stratégique pour intégrer davantage d’énergie propre au système tunisien et au marché régional.
Pour Tunis, le défi consiste désormais à transformer les annonces en capacités opérationnelles concrètes. Le stockage par batteries, s’il s’accompagne d’investissements dans le réseau et d’un cadre réglementaire plus stable, pourrait devenir l’un des outils les plus concrets pour maîtriser le coût de la dépendance énergétique et assurer une plus grande continuité dans la croissance des énergies renouvelables.



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