Le tabagisme chez les jeunes est une urgence sanitaire en Tunisie

Le tabagisme chez les jeunes : 14 % des mineurs âgés de 13 à 15 ans fument. Parallèlement à cette épidémie de tabagisme, le pays connaît une chute vertigineuse de l’activité physique. Ce qui, à terme, risque d’aggraver les problèmes de la santé publique dans le pays : recrudescence des maladies chroniques, pénuries de certaines spécialités médicales en raison de l’exode des médecins, crise financière structurelle de l’assurance maladie, vétusté des infrastructures médicales publiques, etc.   

Parmi les défis auxquels est confronté le système de santé tunisien, celui, structurel, lié à la prévalence précoce du tabagisme chez les jeunes générations. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 14 % des mineurs tunisiens âgés de 13 à 15 ans fument régulièrement des cigarettes, un chiffre qui s’inscrit dans une dégradation générale des modes de vie dans le pays.

Le Dr Olfa Saidi, chef du bureau de l’OMS à Tunis, a souligné que l’expérimentation du tabac touche désormais plus d’un tiers des adolescents scolarisés (35 %), avec des pics de dépendance extrêmement précoce, certaines personnes commençant à fumer dès l’âge de sept ans. Ce phénomène constitue non seulement une urgence sanitaire, mais reflète également de profondes dynamiques socio-économiques.

Le marché du tabac en Tunisie a historiquement été un monopole d’État (Régie nationale des tabacs et des alumettes – RNTA), faisant du secteur une source cruciale de recettes fiscales pour les caisses publiques, mais créant en même temps un paradoxe pour les politiques de prévention.

Parallèlement à l’épidémie de tabagisme, la Tunisie connaît un effondrement de l’activité physique. Les données de l’Observatoire national du sport indiquent que la part de la population active est passée de 35 % en 2009 à 12 % en 2021.

Cette combinaison de tabagisme précoce et de sédentarité risque de compromettre l’avenir du système de santé publique tunisien, en augmentant l’incidence des maladies non transmissibles (MNT), telles que les maladies cardiovasculaires et respiratoires, qui représentent déjà un fardeau insoutenable pour la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnam). Les analystes soulignent que, sans une réforme radicale de la loi sur la vente de tabac aux mineurs et un investissement massif dans les infrastructures sportives scolaires, la Tunisie pourrait se retrouver, au cours de la prochaine décennie, confrontée à une crise sanitaire chronique susceptible de freiner davantage la productivité et la croissance économique d’un pays déjà fragilisé par une transition politique complexe et une fragilité financière persistante.

L. B.

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