Les chiffres officiels communiqués par le gouvernement marocain à l’issue de l’organisation de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football mettent en lumière des retombées financières dépassant le milliard d’euros, ravivant le débat sur l’importance des retombées économiques attendues de la Coupe du monde Fifa 2030, que le Royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.
Habib Glenza
Selon Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, l’accueil de la CAN au Maroc a généré des revenus directs supérieurs à 1,5 milliard d’euros soit environ 4,8 milliards de dinars tunisiens. Ce chiffre représente un peu moins que la totalité des recettes touristiques de l’exercice 2025 en Tunisie.
Dans une déclaration accordée à l’agence espagnole Efe, le responsable marocain a souligné que l’événement a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs étrangers, dynamisant de manière significative des secteurs clés tels que l’hôtellerie, le transport, le tourisme, et les services de manière générale, tout en favorisant la création de dizaines de milliers d’emplois.
Mezzour a également insisté sur la dimension stratégique des investissements réalisés dans les infrastructures sportives et logistiques, estimant qu’ils s’inscrivent dans une vision de long terme dépassant largement le cadre ponctuel de la compétition panafricaine.
Développement des services touristiques
Pour l’économiste marocain Khalid Hams, l’intérêt de tels événements mondiaux ne se limite pas à des gains financiers immédiats. Il considère que l’organisation de grandes manifestations sportives contribue avant tout à renforcer l’image du Maroc sur la scène internationale. C’est un facteur déterminant dans l’attractivité du pays auprès des investisseurs et des touristes, a-t-il expliqué, ajoutant que la visibilité offerte par ces compétitions stimule l’investissement dans les infrastructures structurantes, notamment les réseaux routiers, les aéroports et les capacités hôtelières.
Ces événements internationaux contribuent au développement des services touristiques et à la montée en compétence des ressources humaines dans les métiers de l’hôtellerie et du tourisme. L’expert anticipe des retombées durables, à moyen et long terme, dans les secteurs du transport et du tourisme, mais aussi dans l’artisanat, un domaine qui fait vivre près de cinq millions de Marocains. Cette dynamique devrait, selon lui, renforcer la croissance économique et générer une activité soutenue dans l’ensemble des secteurs connexes.
Concernant les infrastructures sportives, Hams plaide pour une gestion durable des stades et des équipements, en encourageant leur exploitation tout au long de l’année à travers la diversification des disciplines et des événements, afin de garantir leur rentabilité et de limiter les coûts d’entretien.
Il faut également mettre en exergue non seulement les superbes stades mis à la disposition des équipes participantes à cette CAN, mais surtout à la praticabilité des pelouses qui ont absorbé des quantités exceptionnelles d’eau, grâce à un système de drainage très efficace, rarement constaté sur des pelouses européennes
Une vision économique à l’horizon 2035
De son côté, l’économiste Mohamed Jadri estime que le Maroc aborde l’organisation la Coupe du monde comme un instrument stratégique au service d’un projet économique global, et non comme une finalité sportive. Il explique que cette approche s’inscrit dans une ambition de transformation économique à l’horizon 2035, visant notamment à doubler le produit intérieur brut (PIB) pour dépasser les 260 milliards de dollars, contre environ 130 milliards actuellement. Cette vision prévoit également l’augmentation du taux d’activité des femmes à 45 %, la réduction des disparités territoriales et l’amélioration du revenu moyen des ménages, avec un objectif de croissance annuelle pouvant atteindre 8 %.
Parmi les autres objectifs figurent l’accueil de 26 millions de touristes par an, le développement de l’industrie automobile avec une production cible de 2 millions de véhicules, ainsi que le renforcement de la souveraineté alimentaire, énergétique et pharmaceutique du pays. Selon Jadri, l’organisation de la CAN a généré des centaines de milliers d’emplois dans les secteurs de la communication, de l’événementiel et des infrastructures. L’activité intense observée dans l’hôtellerie, la restauration et le transport aérien durant la compétition illustre, à ses yeux, le rôle de catalyseur économique joué par ce genre d’événements.
L’économiste conclut en soulignant que les retombées économiques positives du Mondial 2023 dépasseront largement la période de la tenue de la compétition, grâce au renforcement de la visibilité du Maroc dans plus de 180 pays, attirant de nouveaux investissements étrangers. Les principaux bénéficiaires resteront, selon lui, les citoyens marocains, à travers les projets structurants tels que le train à grande vitesse, les autoroutes et les infrastructures génératrices de richesse et d’emplois.



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