Même si le rythme de l’inflation semble se stabiliser, la hausse des prix continue de peser sur le pouvoir d’achat des Tunisiens. Derrière les chiffres officiels se cachent des facteurs multiples : chocs internationaux, fragilités structurelles et choix de politique économique. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour identifier des réformes capables de contenir durablement les pressions inflationnistes.
Abdelwaheb Ben Moussa *

Depuis plusieurs années, l’économie mondiale traverse des turbulences majeures. La Tunisie n’y échappe pas. La hausse continue des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des biens de consommation met en lumière la fragilité des équilibres économiques nationaux. Certains peuvent penser que l’inflation est seulement le résultat de décisions politiques ponctuelles ou de la spéculation. Pourtant, les chiffres montrent que les pressions extérieures et les contraintes structurelles jouent un rôle déterminant. Identifier les causes réelles est essentiel pour envisager des solutions durables et éviter que la hausse des prix ne devienne un facteur de tension sociale.
Chocs internationaux, moteur initial de l’inflation
L’inflation actuelle puise ses racines dans des perturbations économiques mondiales majeures :
La pandémie de Cocid-19 a désorganisé les chaînes d’approvisionnement, entraînant une hausse des coûts de transport et des matières premières.
La guerre en Ukraine a fait exploser les prix du pétrole, des céréales et des engrais. Le prix du blé a augmenté de plus de 50 % sur les marchés internationaux entre 2021 et 2023, impactant directement la facture alimentaire tunisienne.
Pour un pays importateur net comme la Tunisie, ces tensions se traduisent directement par une inflation importée, pesant sur les coûts de production et sur les prix à la consommation.
Fragilités structurelles, terrain fertile pour la hausse des prix
Plusieurs facteurs internes amplifient la pression sur les prix.
D’abord, la dépendance aux importations : l’énergie, les céréales et les intrants agricoles restent largement importés. La dépréciation du dinar ou la hausse des prix internationaux pèsent directement sur le coût de production.
Ensuite, les chaînes de distribution complexes : le nombre élevé d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs augmente les marges et accentue les hausses de prix.
Enfin, la productivité limitée : certains secteurs agricoles et industriels ne produisent pas assez pour répondre à la demande. Même lors d’une bonne saison, les prix restent élevés en raison de pertes post-récolte et de logistique inefficace.
Subventions entre soutien et distorsion
Les subventions alimentaires et énergétiques jouent un rôle social crucial mais soulèvent aussi des débats. Elles rendent l’inflation officielle moins représentative de la réalité du marché. Leur financement, souvent via création monétaire ou emprunt, peut accroître la pression inflationniste. Entre 2024 et 2025, le gouvernement tunisien a injecté environ 18 milliards de dinars dans le budget de soutien, illustrant le dilemme entre soutien social et maîtrise de l’inflation.

Voies pour stabiliser durablement les prix
Pour maîtriser l’inflation sur le long terme, plusieurs mesures doivent être envisagées. Il convient d’abord de réformer progressivement les subventions. Il s’agit de mieux cibler les ménages vulnérables pour réduire le coût budgétaire et limiter les distorsions.
Il convient ensuite de renforcer la production locale en renforçant l’offre nationale pour réduire la dépendance aux importations et amortir l’effet des chocs extérieurs.
Autre urgence : moderniser les circuits de distribution en simplifiant la chaîne, réduisant les intermédiaires et améliorant la transparence des prix.
Enfin, la stabilisation du cadre macroéconomique aidera à maîtriser les déficits publics, gérer la masse monétaire et renforcer les réserves en devises pour restaurer la confiance dans le dinar.
La maîtrise de l’inflation ne peut donc se limiter à des ajustements monétaires ponctuels. Elle nécessite une approche globale et cohérente, combinant réformes structurelles, stabilisation macroéconomique et renforcement de la production locale.
Pour réduire durablement les tensions sur les prix, la Tunisie doit relancer l’investissement et la production locale, accroître la productivité et l’efficacité des marchés, et restaurer la confiance dans l’économie.
Ces mesures sont essentielles pour protéger le pouvoir d’achat des ménages et garantir une stabilité sociale et économique durable, tout en permettant aux politiques publiques d’anticiper et d’amortir les futurs chocs économiques.
* Ingénieur informatique et cadre d’entreprise publique.
** Cette tribune a été rédigée par l’auteur et structurée avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle pour correction, ajustement du style et recherche de données chiffrées. L’infographie résumant chiffres clés, causes et voies de sortie a été créée pour illustrer visuellement l’analyse et faciliter la compréhension.



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